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Symboliques traditionnelles du FEU dans les religions antiques

Symboliques traditionnelles du FEU dans les religions antiques dans Le Monde du FEU de-maatDans beaucoup de traditions, on distingue trois feux :
le feu du monde terrestre : le feu ordinaire, qui correspond au cœur, aux passions et à la colère ;
le feu du monde intermédiaire : les éclairs, la foudre, correspondant aux puissances intermédiaires ;
le feu du monde céleste : le soleil, symbole du monde suprême ;
Le feu est purificateur et régénérateur. Le feu de brousse permet aux champs de reverdir à neuf.
 » Symboliquement, le feu purificateur permet un passage à l’éternité. Les taoïstes entrent dans le feu (sans se brûler) pour se libérer du conditionnement humain. Elie monte au ciel dans un char de feu.  » L’homme est feu « , dit saint Martin : sa loi comme celle de tous les feux est de dissoudre (son enveloppe) et de s’unir à la source dont il est séparé. Le bouddhisme indique une conception plus intérieure : j’attise une flamme en moi, mon cœur est l’âtre, la flamme est le soi dompté.
L’aspect destructeur du feu a évidemment un aspect négatif. La maîtrise de ce feu est souvent considérée comme diabolique (Lucifer, caste des forgerons). C’est le feu dévorant des passions, le feu ravageur de la guerre et des incendies.
Le feu, dans les rites initiatiques de mort et de renaissance, s’associe à son principe antagoniste l’Eau. Feu et eau assurent une purification complémentaire. La liturgie de la veillée pascale utilise cette dynamique. Dans certaines crémations, le feu est considéré comme véhicule, ou messager du monde des vivants vers le monde des morts.
Le feu du monde intermédiaire, l’éclair ou la flèche, étant le prolongement de la lumière, possède une valeur de purification et d’illumination. Cette conception marque une étape importante de l’intellectualisation du cosmos et de l’éloignement de l’homme de la seule condition animale. Le feu serait ce dieu vivant et pensant qui prendra le nom d’Agni, d’Hathor, de Christ suivant les traditions religieuses. Le feu est considéré comme la meilleure image du divin, de l’essence des êtres célestes, intermédiaires ou suprêmes.
Le feu symbolise la purification par la compréhension, jusqu’à sa forme la plus spirituelle, par la lumière et la vérité. L’eau symbolise la purification du désir jusqu’en sa forme la plus sublime, la bonté « .
(extrait du Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant  » Bouquins, Lafont-Jupiter)

La Symbolique du Feu

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 La Symbolique du Feu dans Le Monde du FEU images-17

La réflexion sur le symbolisme du feu a été décisive pour les travaux de la poétique, de la symbologie et même de l’épistémologie contemporaine. Par son ouvrage, paru juste avant la guerre, La Psychanalyse du feu (1938), Gaston Bachelard esquissait pour la première fois une étude « refusant le plan historique » et se référant aux structures permanentes de la rêverie du feu. Dénonçant les valorisations scientifiques du feu, il faisait d’une pierre deux coups : d’une part il ruinait toute théorie pseudo scientifique des « quatre éléments », (alchimiques), d’autre part il montrait que, derrière un élément en apparence homogène à la conceptualisation et même à la sensation, le feu, se cachaient des intentions structurales divergentes. 

Faisant effort pour séparer le « concept scientifique » des « arrière images » de la subjectivité, la psychanalyse objective - c’est-à-dire celle qui purifie l’objet de son terroir psychanalytique - a tôt fait de dénoncer la mensongère unité de l’élémentarisme du feu. 

Aux intentions purement naturelles qui déjà viennent grever les trois autres éléments de la théorie classique, l’eau, la terre, l’air, de polarisations, symboliques divergentes, s’ajoute, en ce qui concerne le feu, une intention technologique majeure. C’est à juste titre que la « découverte » de ce dernier passe légendairement pour être l’invention primordiale. Aussi, tandis que les symboles des trois autres éléments étaient plutôt du ressort du psychologue, voire du psychanalyste travaillant à l’écart des implications sociales et culturelles, la symbolique du feu intéresse surtout l’anthropologie sociale et culturelle.   

Pour en témoigné la lignée continue des ouvrages consacrés par les anthropologues à ce thème, depuis le livre classique de J. G. Frazer, Mythes sur l’origine du feu (Myths of the Origin of Fire, 1930), jusqu’à la série des Mythologiques de Claude Lévi-Strauss (Le Cru et le Cuit, 1964 ; Du miel aux cendres, 1966), en passant par Forgerons et alchimistes (1956) de Mircea Eliade. 

Plus que celui de tout autre élément, le symbolisme du feu est « symbolisme pluriel ». Il ne cadre pratiquement jamais avec la définition simpliste qu’en donne la théorie des éléments. Ses symboles ne sont nullement la résultante de la combinaison du « chaud » et du « sec ». C’est au contraire à un essaim d’images des plus concrets qu’il renvoie : flamme, braise, étincelle, foudre, éclair, incendie, foyer, etc. 

Mais, également, le symbolisme du feu est esquissé par toute la série des qualificatifs, mal reliés entre eux, que met bien en évidence l’alchimie (cf. dom A. J. Pernety, Dictionnaire mytho hermétique, 1758) : lumineux, doux, chaud, ardent, digérant, sec, brûlant, et même humide. Si l’on examine ensuite les compléments indirects du feu, on retrouve la même pluralité diversifiant : forge, cuisine, incinération, coction, fusion, crémation, briquets à piston, à friction, à percussion, etc. C’est l’alchimiste, le « philosophe par le feu », qui tentera de coordonner opératoirement - et non selon une logique des éléments - tous ces accents symboliques disparates. 

Toutefois, puisqu’il faut bien donner ici une classification des symboles du feu, il semble que l’on peut distinguer deux axes principaux qui orientent le champ du symbolisme pyrologique : l’axe des symboles calorifiques et celui des symboles fulgurants.                                           

-      1. Le feu réchauffant

Le feu calorifique est celui que l’alchimiste assimile aux « bains » de différents degrés (feu de cendre, feu de sable, feu de fumier, feu de limaille, feu de Perse, feu d’Égypte) ; il renvoie à deux grandes polarisations symboliques : le symbolisme érotique et le symbolisme filial.

-      Éros et le feu           

Le symbolisme érotique est donné par toutes les images et métaphores qui font coïncider le feu et l’acte sexuel, la passion amoureuse ou simplement l’amour et l’affectivité. C’est la signification la plus vulgarisée, spécialement par l’iconographie et la littérature de l’Occident chrétien. Cependant, déjà dans la tradition gréco-latine, Éros-Cupidon, le dieu de l’Amour, est représenté très souvent porteur d’une torche en plus de son arc, ces deux instruments suggérant tous deux la blessure amoureuse. À ce symbolisme érotique - dont les structures semblent obéir au régime nocturne de l’image (cf. Gilbert Durand, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire) - on peut découvrir des motivations psychophysiologiques, et surtout technologiques, étroitement imbriquées. 

La motivation psychophysiologique naît de la variation concomitante entre l’augmentation thermique, l’« échauffement » du corps et l’émotion amoureuse, puis l’acte sexuel qui, chez les mammifères et l’homme, s’accompagne d’un frottement rythmique (caresses, coït, danses nuptiales, etc.). 

Bachelard, qui consacre les deux tiers de sa Psychanalyse du feu à cette expérience érotique de la « chaleur partagée » - qu’il dénomme « complexe de Novalis », « synthèse de l’impulsion vers le feu provoquée par le frottement, le besoin d’une chaleur partagée » -, se demande même si les briquets à friction (par lesquels le feu est engendré par frottement d’une lame de bois dur sur une planchette rainurée de bois tendre, les deux objets suggérant directement l’image du coït) ne seraient pas nés de la réflexion rêveuse sur le frottement érotique. L’amour serait alors « la première hypothèse scientifique pour la production objective du feu ». En témoigne encore le très curieux Cours d’électricité expérimentale, publié en 1753, dans lequel Charles Rabiqueau relie le « feu électrique » et les complaisants phénomènes électrostatiques à l’image du couple. Par là, Bachelard, très proche des théories d’Eugène Minkowski, place le sens figuré à égalité, sinon en priorité, avec le sens propre, montrant combien les mots et les productions humaines, même les plus objectives en apparence, sont filtrées et surdéterminées par la subjectivité transcendantale de l’imagination de l’espèce humaine. 

La motivation technologique du briquet ne fait donc que renforcer la première et tendre rêverie des chaudes caresses. Comme l’écrit Frazer, « l’idée que le feu jaillit du corps d’une femme, et en particulier de ses organes génitaux, trouve une explication certaine dans l’analogie que beaucoup de primitifs voient entre le fonctionnement du foret-à-feu, d’une part, et les rapports des sexes de l’autre ». Le briquet à friction, lointain ancêtre de nos allumettes frottées sur le grattoir (le parler populaire dit aussi bien d’une chienne amoureuse qu’elle est « en chaleur » que d’une fille trop excitante qu’elle est une « allumeuse »), est, sinon le procédé le plus primitif pour produire le feu, du moins, selon A. Leroi-Gourhan, le procédé du « plus primitif des peuples vivants », les Mélanésiens. 

Le briquet rotatif procède d’un perfectionnement du précédent par l’acquisition du mouvement circulaire continu.   

Ce primitif ancêtre de nos briquets relie, ainsi que E. L. Burnouf puis Frazer l’ont montré, le symbolisme sexuel du feu calorifique aux puissantes images technologiques de la croix (svastika : l’étymologie de ce mot serait liée à l’arâni, grand briquet à rotation dont les deux éléments sont placés l’un sur l’autre en forme de croix) et de la roue. La production du feu par le briquet à rotation du rituel védique (arâni) revêt la signification d’une véritable hiérogamie cosmogonique, telle que l’on pourra la retrouver dans l’alchimie. Dans l’un et l’autre cas, le feu et ses procédures de production se trouvent au cœur d’un symbolisme de l’accouplement générateur. Ainsi, dans sa première acception calorifique, on voit que le remplissement culturel - ici technologique - vient encore renforcer l’appartenance structurale des images de la chaleur ignée à un schème rythmique, voire cyclique, que nous classions sous la rubrique « structures synthétiques » de l’imaginaire. Sous ce régime nocturne de l’image où les schèmes de l’intimité sont survalorisés, on glisse de la production du feu aux « produits » calorifiques, c’est-à-dire de la sexualité à la cuisine ou à l’obstétrique.  

-      Le feu et la table 

On n’insistera pas sur la production culinaire et la symbolique des « contenants-conte-nus » qui y est jointe. Frazer a bien souligné tout au cours de son livre le caractère de contenu (dans le ventre, les organes féminins, l’oiseau, le bois, etc.) que revêtait le feu. Le parler populaire dénomme d’ailleurs les organes génitaux féminins par des termes empruntés aux contenants culinaires (pot, marmite, panier, etc.). Par ailleurs, les Mythologiques de Claude Lévi-Strauss débouchent tout naturellement sur Les Manières de table. 

Le symbolisme du foyer s’entend aussi bien pour l’intimité de la chambre nuptiale que pour la féminité quasi constante de l’âtre où chauffe la marmite. Le régime nocturne de l’image du feu se referme en quelque sorte sur les thèmes intimistes et les structures mystiques de l’imaginaire. Et, par une étrange métamorphose qualitative et élémentaire, comme si le symbole était absorbé et remodelé par sa structure, le feu devient eau : eau de vie, eau de feu. 

Comme le dit Bachelard, le « complexe de Novalis » laisse alors place au « complexe d’Hoffmann », celui de l’eau qui flambe, du punch cher à l’auteur des Contes : « Quand la flamme a couru sur l’alcool, quand le feu a apporté son témoignage et son signe, quand l’eau de feu primitive s’est clairement enrichie de flammes qui brillent et qui brûlent, on la boit. 

Seule de toutes les matières du monde, l’eau de vie est aussi près de la matière du feu. » On pourrait ajouter qu’elle est déjà née du feu, du feu quasi alchimique qui couve sous l’alambic. 

Par une autre sorte de production, le symbolisme du feu calorifique peut se maintenir dans les structures synthétiques : le feu sexualisé entraîne, en effet, les symboles de la fécondité, et plus particulièrement le symbolisme filial. Tout logiquement, le thème du contenu igné glisse vers la thématique du fils, du « fruit » du ventre de la mère. Le feu est fils, il est produit naturel ou industriel, il produit à son tour, homéopathiquement, naissance, renaissance ou régénération. 

Là encore, on retrouve d’abord des motivations technologiques et mécaniques qui imprègnent ce symbole et le dérivent vers son acception filiale. Engendré par la croix-roue de l’arâni, le feu devient le prototype symbolique de tout produit technologiquement fourni par un couplage, un tournoiement, un frottement : moulin, baratte, pressoir. Jung remarque que la racine math ou manth est celle que l’on relève à la fois dans le mot sanscrit qui signifie baratte (manthasa) et dans le nom de Pramatha, le Prométhée hindou, le héros qui apporta le feu civilisateur sur la terre. Il en résulte une confusion entre le feu et les produits de la baratte, du moulin, du pressoir. 

Et spécialement ce qui sert à son tour à alimenter le feu : l’huile essentielle. Chez les Latins, Vesta, la déesse du feu, du foyer (focus) est également protectrice du moulin à huile (pistrinum) [cf. G. Dumézil, Tarpeïa]. De même, le lutin prométhéen des L’Ela, Nékili, apporte aux hommes la recette pour extraire l’huile de la plante karité (cf. F. J. Nicolas, Mythes et êtres mythiques des L’Ela de la Haute-Volta). L’autel védique du feu est flanqué de l’indispensable pressoir à Soma, et Agni, le dieu du feu, signifie l’oint, tout comme le Fils par excellence de la tradition chrétienne (khristos, de khrio, j’oins, j’enduis, je frotte).-       

À cette occasion, il faut signaler une « gullivérisation » du symbolisme du feu, et plus spécialement du symbolisme métallurgique, lorsque à l’image du fils se substitue celle de l’enfant ou du petit en général. Les lutins, les kobolds, les gnomes, les poucets appartiennent à ce genre de « gullivérisation ». Ainsi encore, fadets, fadettes et farfadets sont des réductions des génies du feu et sont liés à l’étincelle, au feu follet. Il y a là un infléchissement supplémentaire de la symbolique du feu vers ses acceptions mystiques. Dans l’œuf philosophique de la manipulation alchimique, le symbole du fils se conjugue d’ailleurs - sous l’aspect de l’homunculus - avec le symbole du poucet. Dans de nombreuses légendes relatives à l’origine du feu (cf. Frazer, op. cit.), ce dernier est contenu dans le corps, ou même dans la queue, d’un petit animal : pic, rouge-gorge, corbeau, chien, lapin, castor, etc., ou encore dans une modeste plante tel le fenouil sauvage dans lequel Prométhée cacha le feu volé. À moins que Prométhée lui-même ne fût tout simplement un aigle, comme le suggérait Salomon Reinach. Quoi qu’il en soit, toutes ces légendes« gullivérisent » l’être ou l’objet qui porte le feu et assimilent la puissance de ce dernier à la toute-puissance de l’infiniment petit. 

Viennent surdéterminer cette inflexion symbolique, où se conjuguent fils, production et alimentation, des motivations agricoles ou simplement végétales. La signification érotique du feu conduit à des acceptions xyliques, le feu étant techniquement lié au bois d’allumage. La pratique quasi universelle, dans les civilisations agraires, des brûlis vient encore accentuer le triple syndrome bois-feu-fécondité.   

De nombreuses peuplades, spécialement en Afrique, ne connaissent comme engrais que la crémation périodique. Vénus, déesse de l’amour, mère de Cupidon, épouse du dieu forgeron Vulcain, a un nom qui renvoie soit à l’image du bois (uen en germain), soit à celle du labourage ( germain veneti, goth uinga, irlandais uin ). 

En résumé, dans cette symbolisation calorique, fortement motivée par les rêveries technologiques, le feu est symbole majeur de l’acte d’amour comme de son « produit », ce produit étant lui-même surdéterminé en fils, emblème de la fécondité, mais aussi en produit agricole et alimentaire. Cette liaison laisse entrevoir un passage entre ce que les psychanalystes appellent le « buccal » et le « génital », qui ne serait pas passible, comme pour ces derniers, d’une mystérieuse maturation ontogénétique, mais serait relié à la phylogenèse technologique de l’espèce humaine. On voit sur ce point comment l’analyse structurale à la fois anthropologique et symptomatique permet d’aborder la symbolique du feu de façon beaucoup plus fine, plus motivante, donc plus explicite que le formel élémentarisme pseudo-scientifique ou que le schéma trop biologique de la psychanalyse freudienne. 

2. Le feu fulgurant

-      Il en va de même lorsque l’on parcourt l’autre grand axe des images induites par le feu : celui du feu fulgurant. Ce dernier se situe dans un tout autre univers structural, celui des structures héroïques (ou schizomorphes), et est le symbole de la purification, du changement radical, du baptême. L’on passe facilement de l’une à l’autre de ces deux constellations divergentes, la calorifique et la fulgurante, grâce au symbolisme intermédiaire de la naissance. La naissance à la lumière devient ici la renaissance, le baptême par le feu. L’emblème du Phénix assure cette continuité entre la cendre chaude et féconde et la flamme fulgurante et ressuscitée.-       

Le feu, non seulement possède les qualités tactiles et cœnesthésiques qui lui donnent son accent symbolique thermique, mais se rattache, par la sensibilité oculaire, au grand archétype de la lumière. Aussi constelle-t-il fréquemment avec l’accent de masculinité que la lumière apporte à tout ce qu’elle éclaire. Le feu se sexualise en mâle ; c’est ainsi qu’en Chine il est le support du principe yang, le principe mâle, et que la flamme est l’érection. La fulguration de la foudre renforce encore ce dernier caractère. Briquet semi naturel, la foudre est technologiquement remplacée soit par le briquet à piston de l’Indonésie (où c’est une percussion brutale qui produit l’échauffement d’un piston dans sa chemise de bambou), soit par les briquets à pierre, les « pierres à feu » que l’on bat virilement avec un acier dur pour en faire jaillir l’étincelle. Il apparaît alors sous la modalité de l’éclair, de la foudre, du coup de foudre, de l’étincelle qui met le feu aux poudres, de la batterie. 

Tout un symbolisme guerrier, héroïque, vient relayer la virilité du feu. L’épée flamboyante des anges justiciers, les foudres de Jupiter ou l’emblème de la grenade flambante sur les uniformes militaires sont les produits des inductions pyrotechniques de la rêverie du feu fulgurant. Au silence du foyer se substituent les grondements du tonnerre, ou du canon, les crépitements et les ronflements de l’incendie, de la forge, du volcan. 

De nombreuses sociétés, enfin, utilisent l’incinération comme base du rituel funéraire. André Piganiol a montré que, dans les sociétés indo-européennes, l’incinération est toujours accompagnée par un culte solaire ou ouranien lié à la notion de transcendance. Le feu de Vulcain serait à Rome l’antithèse du Saturne chthonien. Incinération et sacrifices par crémation impliquent mort à la vie ordinaire, impure, et renaissance à la vie spirituelle. Chez les Indiens Matako, le feu joue un rôle analogue - séparateur et purificateur - au couteau de circoncision chez d’autres peuples. Encore dans cette série cathartique, la spéculation des anciens Grecs, puis celle des alchimistes attribue au feu le principe de toute volatilité, de toute raréfaction : l’éther, matière même du feu (en alchimie dénommé « feu de lion ») ; chez les Modernes, comme le note Littré, l’éther signifie l’air le plus pur : le symbolisme du feu se résorbe alors tout à fait en celui du volatil, de l’élévation.

 

On pourrait également, en se plaçant sur le plan des valeurs, distinguer un feu céleste et un feu infernal, mais ces acceptions sont flottantes, et ce domaine relève de structures imaginaires plutôt que de structures axiologiques : le feu « nocturne » pourra tour à tour être valorisé négativement ou positivement, selon qu’il s’agit de la cuisine des sorcières, des reflets sataniques du feu « hoffmannien » ou bien des chaleurs rassurantes de l’intimité « novalisienne » ; pareillement, le feu fulgurant peut être le comble luciférien de la lucidité, l’éclairement brutal de la foudre ou, au contraire, la lueur rassurante de la torche prométhéenne. Bien plus que les valeurs, ce qui différencie les divers symboles du feu, ce sont ces deux axes sémantiques divergents qui conjuguent le symbolisme du feu aux trois structures polaires de l’imaginaire : feu intime des rêveries mystiques, feu dramatique du rituel agraire ou des procédures alchimiques, feu purificateur associé aux distillations baptismales et au grand symbole de la lumière. 

Le feu, comme l’eau et la terre, dément donc par son symbolisme même une simpliste théorie des images élémentaires. Ce qui polarise et anime la symbolique du feu, ainsi que le pressentait Bachelard, c’est moins les substances objectives que ces importants dynamismes des gestes humains qui constituent les « métaphores axiomatiques » de l’imagination. On voit par là que les symboles « ne doivent pas être jugés au point de vue de la forme… mais de leur force » (G. Bachelard, La Terre et les rêveries du repos). C’est bien à une substitution de la notion psychologique de schème à celle, pseudo-physique, d’objet élémentaire qu’aboutit la critique bachelardienne de l’élémentarisme objectif. Le feu est l’emblème d’une fausse science, certes, mais aussi d’une poétique véritable tout aux ordres de la créativité imaginale de l’homme.

-       SOURCES :

Encyclopædia Universalis
Encyclopédie du Grand LAROUSSE
Dictionnaire philosophique LAROUSSE
Alexandre von SAENGER

FEU SACRE


FEU SACRE dans Le Monde des Eléments images-8-300x139Cet élément qui semble habité d’une vie autonome, réchauffe et éclaire, mais il peut aussi dévorer dans l’incen­die et tout brûler sur son passage, ce qui le lie étroitement à la souffrance et à la mort. Il possède donc une double signi­fication, d’où découle l’ ambivalence dont il a toujours été marqué dans l’ imagina­tion humaine. 
Du côté positif, il est avant tout le symbole sacré du foyer domes­tique (ainsi, dans la Rome antique, le culte du feu était-il entretenu par de jeunes vierges, les vestales et la Déesse du Foyer était Vesta, sa correspondante en mythologie grecque étant Hestia ), celui de l’inspiration et l’ Esprit-Saint qui s’est manifesté aux apôtres à la première fête de la Pentecôte sous la forme de langues de feu ; de même, dans le Mexique ancien, allumer le nouveau feu, au début de la nouvelle année, était un acte sacré. 
Du côté négatif, le feu est associé aux images des flammes de l’ enfer, de l’incendie ravageur, des destructions entraînées par le « feu du ciel » , c’est-à-dire par l’éclair, et par le feu du volcan issu de l’intérieur de la terre. Donc nous voyons bien l’ arrivée, ou même l’ invasion du feu destructif , soit d’ en haut c.a.d. du ciel des Dieux, soit d’ en bas c.a.d. des Ténèbres de la Terre.
Donc, déja sans heurter contre l’ eau qui est l’ élément  neutralisant, voire destructeur du feu, le feu peut etre désormais contradictoire c.a.d. utile ou au contraire nuisible.
Le feu est de façon générale un élément masculin (par opposition à l’eau qui est féminine), associé à l’énergie vitale, au coeur, à la procréation, à l’illumination spi­rituelle et au soleil (voir Phénix) : ainsi étant positif il peut nous illuminer spirituellement.
Alors que négativement parlant dans les villes antiques, dès que quelqu’un prononçait le mot ignis (feu), on versait de l’eau pour conjurer la menace de façon à la fois magique et symbolique.

Qui peut nier l’ effet a la rigueur positif du feu destructeur et mener ainsi les gens a essayer de reconstruire  ce qui a été détruit ? 

Il est important de noter à ce propos que c’est la domestication du feu aux origines de l’ histoire de l’humanité, il y a des millions d’années, qui a marqué le début de la civilisation, et que contrairement à ce qu’ affirment certaines doctrines peu scientifiques, il n’existe aucune tribu primitive qui ne connaisse pas le feu.

 Dans Les Structures anthropologiques de l ‘imaginaire, Gilbert Durand a distingué les techniques de pro­duction humaine du feu:

soit il naît de la percussion de deux pierres (mouvement vertical), auquel cas il renvoie à la notion d’illumination ;

soit il jaillit du frottement de morceaux de bois (et souvent, par enfoncement circulaire de l’ un dans l’autre), affirmant alors sa nature sexuelle et fécondatrice (le feu était supposé pouvoir fertiliser filles, d’où sa fonction de phallus)

En générale, la relation sexuelle causera la fécondation de la femme qui aboutira a la formation du foetus ; ces deux modes peuvent d’ailleurs se rejoindre et même fusionner dans les techniques sexuelles comme celles du tantrisme de la main gauche ou de l’alchimie taoïste qui mènent à la libération suprême par la voie de l’énergie que l’extase sexuelle rend à son essence.

La psychologie symbolique souligne la relation étroite qui existe entre le feu et le fourneau (le centre de la maison et de la famille), la préparation des repas et la fonte des métaux; le feu apparaît également dans l’image poétique de « la flamme de l’amour ». « Lorsqu’un individu s’ap­proche en rêve d’un grand feu, regarde une flamme s’ élever vers le ciel, il se trouve à proximité des forces divines » ; cependant, « on peut aussi se bruler en jouant avec le feu de la passion et celui de l’amour des idées » (Aeppli).

Et ceci n’ est – il pas une autre façon de se renouveler pour l’ âme de l’ être humain par le feu de la passion ?

Le feu est le seul élément que l’homme puisse « produire », et c’est pour­quoi, il est pour lui la marque de sa res­semblance avec la divinité. Divers mythes de la Grèce antique racontent que le feu était àl’origine, la pro­priété des dieux, que l’homme est venu leur dérober.

Le feu peut aussi avoir une action purificatrice en détruisant le mal, en faisant disparaître le corps des sor­cières et autres étres démoniaques, et en effaçant la trace des péchés dans le purgatoire des chrétiens. Cette flamme purificatrice est sacrée en particulier dans la religion parsie (doctrine religieuse de Zoroastre) et la croyance dans l’ac­tion du feu pour détruire les mauvais sorts est ici particulièrement nette. La coutume que l’ on retrouve sur plusieurs continents et qui consiste à marcher pieds nus, sans se blesser, sur des char­bons ardents , était sans doute à l’origine un rituel de purifi­cation à l’aube de la nouvelle année, et il était accompli encore récemment au Tibet (le quinzième jour du premier mois). Ainsi les Tibétains n’ essayent-ils pas de se purifier et de se renouveler par le feu ?

Certaines formules incan­tatoires anciennes s’ adressaient au feu comme à un ètre surnaturel. On accomplissait autre­fois des rondes de flambeaux autour des malades mentaux et des pêcheurs. D’après la mythologie grecque, la déesse Déméter aurait placé le héros Démophon dans les flammes d’un four pour le laver des impuretés terrestres et le rendre immortel.

De façon générale, les dieux du feu ou les êtres surnaturels associés à cet élément sont, en raison de la nature ambiguë de la flamme, des figures « fourbes » aux­quelles l’ homme ne peut jamais vraiment faire confiance.

L’ alchimie correspondait a la transformation du plomb qui est un élément facile a obtenir de la nature, en or qui est un élément emblème de la richesse de l’ Antiquité, même de nos jours. Les alchimistes utilisait les feux ardents pour essayer donc de transformer le plomb en or…

İci rappelons-nous brièvement la fameuse grotte de Platon :

İmaginez une grotte a l’ intérieur de laquelle se trouvent des esclaves enchaînés qui ne peuvent voir que les ombres formées par la lumiere pénétrant par une seule issue derrière eux : ces gens ne connaissent que les flammes ou ombres fourbes formés par le plus grand feu de leur univers : le soleil. Ces esclaves pensent obligatoirement que ces ombres dansants sont le monde, la vie, la vérité…

Et imaginez qu’ un jour un de ces esclaves casse ses chaînes, se libère et sorte de cette caverne : qu’est-ce qu’ il va voir ?

le soleil aveuglant ses yeux par ses vrais rayons flamboyants et il se rendra compte que les ombres qu’ ils s’ apercevaient a l’ intérieur de la grotte n’ étaient que des reflets de la Vérité c.a.d. la simple réalité et que nous tous, en tant que maçons, nous essayons d’ atteindre tant bien que mal.   

Pendant sa conférence du 13 mai 2001 notre cher frère Bernard Moreau avait dit :

« Peut-être y-a-t-il plusieurs vérités, ces vérités sont peut-être interactives, hiérarchisées comme l’ est Univers. »

et lors d’ une de mes conférences quelqu’ un  m’ avait demandé :

« S’ il existait un miroir dans la grotte et que les esclaves voyait les reflets des flammes reflechies par ce miroir, qu’ est-ce qu’ on pouvait en conclure pour les relations réalités / vérité ?

Si voulez bien gardons le mot Vérité ( Hakikat ) pour la Vérité immuable que nous ne pouvons pas atteindre et la ou les réalités (Gerçek(ler)) celles que nous pouvons atteindre au fur et a mesure de nos connaissances :

Les reflets sur les murs pouvaient être appelés : Réalité no : 1

Les reflets du miroir : Réalité no : 2

et s’ il existait d’ autres miroirs , leurs reflets s’ appéleraient Réalités no :2,3,..etc..

La « flamme vivante» est cependant le plus souvent perçue de façon positive, sur­tout après que les conquêtes de la civilisation aient permis de la maîtriser quel­que peu, comme en témoignent les coutumes antiques des marches aux flambeaux; on peut citer aussi l’ usage qui persiste encore de nos jours de disposer sur la table des bougies en guise de décoration. Les bou­gies de l’ autel, celles du baptême, des communions, etc., jouent également un grand rôle symbolique au sein de l’Eglise comme porteuses de la lumière divine.

Au milieu de nos loges, nous voyons bien les mêmes bougies dont les flammes répandent de la lumière fraternelle et spirituelle aux quatre coins de la Terre….

En Extrême-Orient, mais plus encore dans l’ Inde védique, le feu était considéré comme un symbole central : il renvoyait aussi bien à Agni, le dieu du Feu lui-même, qu’ à lndra, dieu de la Foudre (vajra) et des Éclairs, et à Surya, le Soleil. Il est le grand élément purificateur et c’est sur lui que s’appuient les rituels de sacri­fices. Assimilé à la force de l’esprit et à la lumière, il en devient tout naturelle­ment le signifiant majeur de l’illumina­tion que cherche le mystique ou l’adepte du yoga. Dans ce dernier, d’ailleurs, le serpent de la Kundalini est assimilé au feu intérieur qui monte à travers le corps, notion que l’on retrouve à l’identique dans le tantrisme tibétain et, d’une façon générale, dans le bouddhisme qui insiste particulièrement sur cette action spiri­tuelle du feu.

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