Archives pour la catégorie Livre des Sagesses

La Torah compare l’homme à un arbre

 

La Torah est un arbre de vie pour ceux qui s’y attachent. (Proverbes 3:18)

Peut-être avez-vous un vague souvenir du Talmud-Torah… une fois par an, vous receviez un petit sachet contenant des raisins secs, des dattes et de la caroube (le fruit dur et brun que l’on appelle parfois carouge). Et vous ramassiez de l’argent pour planter des arbres en Israël. C’était cela Tou Bichevat.

Il y a bien entendu un sens plus profond à cette fête, au-delà de cette vision enfantine du Judaïsme !

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À LA SOURCE

La source de Tou Bichevat est la phrase d’ouverture du Traité talmudique de Roch Hachana : l’académie de Hillel enseigne que le 15 Chevat est le Nouvel An des Arbres.

Que faut-il entendre par « Nouvel An des arbres » ? Tous les cèdres et les pins se réunissent-ils pour prendre la résolution de s’améliorer et pour tremper des pommes dans le miel ?!

Bien entendu que non. Tou Bichevat est techniquement le jour où les arbres cessent d’absorber l’eau du sol, et au lieu de cela, tirent leur subsistance de leur sève. Dans la Loi juive, cela signifie que des fruits qui ont poussé avant le 15 Chevat ne pouvaient être employés comme dîme pour des fruits ayant poussé après cette date.

Alors quel rapport avec nous qui vivons au 21e siècle ?

En différents endroits, la Torah compare l’homme à un arbre :

- Un homme est comme un arbre des champs… (Deut. 20:19)

- Comme les jours des arbres seront les jours de mon peuple… (Isaïe 65:22)

- Il sera tel un arbre planté au bord de l’eau… (Jérémie 17:8)

Pourquoi cette comparaison ?

Pour survivre, un arbre a besoin des quatre éléments de base : le sol, l’eau, l’air et le feu (le soleil). Les êtres humains ont également besoin de ces quatre éléments de base. Examinons-les, l’un après l’autre :

LE SOL

Un arbre doit être solidement planté dans la terre. Le sol n’est pas seulement la source par laquelle la nourriture est absorbée, il procure aussi de la place aux racines qui doivent pousser.

Ce principe s’applique également à l’homme. Le Talmud explique :

Une personne dont la sagesse dépasse ses bonnes actions est comparée à un arbre dont les branches sont nombreuses, mais les racines clairsemées. Le vent souffle, le déracine et le retourne.   

Mais une personne dont les bonnes actions dépassent sa sagesse est comparée à un arbre dont les branches sont peu nombreuses, mais dont les racines sont nombreuses. Même si tous les vents du monde venaient à souffler, ils ne seraient pas en mesure de le faire chuter. (Avot 3:22). 

Un homme peut sembler avoir du succès en apparence, tel un arbre aux branches bien fournies : il possède une voiture de luxe, etc. Mais si les racines sont peu nombreuses – s’il entretient un lien ténu avec sa communauté et son héritage – la vie peut alors lui présenter des défis qu’il lui sera impossible de relever. Un vent fort peut renverser les arbres à terre. Une personne seule est vulnérable aux tendances et à la mode qui sont susceptibles de conduire au désespoir et à la destruction.

Mais si un individu – indépendamment de sa richesse et de son statut – est lié à sa communauté et à son héritage, même si tous les vents du monde venaient à souffler contre lui, ils ne réussiraient pas à l’ébranler.  

Les êtres humains ont besoin d’une solide base de départ, où les valeurs et les principes moraux sont assimilés, et qui procure un environnement sûr dans un monde empli de négativité. Il nous faut un abri, un havre où il nous est possible de revenir pour nous régénérer. Une communauté procure une armure solide : un « sol » où nous pouvons être nous-mêmes, commettre des erreurs, et être tout de même acceptés, aimés et nourris. 

L’EAU

La pluie : l’eau est absorbée dans le sol et, grâce à un système sophistiqué de racines, est acheminée à travers le tronc, les branches et les feuilles de l’arbre. Sans eau, l’arbre va flétrir et mourir.

La Torah est comparée à de l’eau, comme Moïse le proclame : « Que mon enseignement s’épande comme la pluie » (Deut. 32:2). La pluie et la Torah descendent du Ciel et procurent un soulagement aux assoiffés. La Torah découle de D.ieu et a été absorbée par les Juifs à chaque génération. La Torah confère de l’entrain et de la vitalité à l’esprit humain. Celui qui mène une vie de Torah s’épanouira en déployant de la sagesse et des bonnes actions. 

Privée d’eau, une personne va se déshydrater et se retrouver finalement désorientée, au point où elle ne sera peut-être plus capable de reconnaître son propre père. De même, sans la Torah, une personne est désorientée – au point qu’elle ne reconnait même pas son Père céleste, le D.ieu Tout-Puissant d’Israël.

L’AIR

Un arbre a besoin d’air pour survivre. L’air contient de l’oxygène nécessaire à la respiration de l’arbre, et du dioxyde de carbone pour la photosynthèse. Dans une atmosphère déséquilibrée, l’arbre suffoquerait et mourrait.

La Torah (Genèse 2:7) établit que D.ieu a insufflé la vie en l’Homme. Le terme hébraïque désignant la respiration – néchima – est le même que celui désignant l’âme – néchama. Notre force de vie spirituelle provient, métaphoriquement, de l’air et de la respiration.

Nous employons nos sens du goût, du toucher et de la vue pour percevoir des éléments physiques. (Même l’écoute nécessite la perception d’ondes sonores.) Mais l’odeur est le sens le plus spirituel, en ce que la dimension physique est la moins présente. Comme le souligne le Talmud (Berakhot 43b) : l’odorat profite à l’âme, et non au corps.

Dans le Saint Temple, l’offrande d’encens (le sens de l’odorat) était élevée au statut d’offrande une fois par an à Yom Kippour, dans le Saint des Saints. Le Talmud (Sanhédrin 93a) dit également que lorsque le Messie viendra, il sentira et jugera – à savoir qu’il emploiera sa sensibilité spirituelle pour discerner la vérité dans des cas complexes.

LE FEU

Un arbre a également besoin de feu – la lumière du soleil – pour survivre. L’absorption d’énergie par la lumière active le processus de photosynthèse, une réaction chimique essentielle à la croissance et à la santé de l’arbre. 

Les hommes ont également besoin de feu – de chaleur – pour survivre. C’est la chaleur de l’amitié et de la communauté. Les êtres humains absorbent l’énergie de leurs semblables, de leurs amis, familles, voisins et associés – pour se forger une identité et la traduire en actes. Tous les rites et cérémonies du judaïsme reposent sur la famille et la communauté – depuis la célébration de la naissance, en passant par l’accès à la maturité, le mariage, l’éducation, et jusqu’à la mort.

Le pouvoir de la communauté est illustré dans l’histoire talmudique suivante :

Un vieil homme plantait un arbre. Un jeune homme passa par là et l’interrogea :

- Que plantez-vous ?

- Un caroubier, répondit le vieil homme.

- Imbécile, répliqua le jeune homme. Ne savez-vous pas qu’il faut soixante-dix ans avant que le caroubier ne produise de fruits ?

- Cela ne me dérange pas, répondit le vieil homme. De même que d’autres ont planté des arbres pour moi, j’en plante pour les générations futures.

UN MOMENT PROPICE AU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL

Cette année, à Tou Bichevat, alors que vous grignotez un morceau de caroube, interrogez-vous :

Ai-je à ma disposition la nourriture et l’abri spirituels dont j’ai besoin pour survivre, ou mon être est-il menacé par la surcharge accablante d’informations et le matérialisme ambiant ?

Fais-je partie d’une communauté juive solide, qui me procure un environnement chaleureux et bénéfique ? Ou suis-je confiné à l’anonymat pâle et sombre de la vie urbaine et du cyberespace ?

Mon regard est-il tourné vers les générations futures, sachant que je leur procure les fondations adéquates pour leur future existence ?

Source : http://www.aish.fr

Ne jamais éclipser le maître

 

 bouddha-japonais

Cette loi part du principe qu’il faut toujours faire en sorte que les gens au-dessus de nous se sentent confortablement supérieurs. Il ne faut pas trop démontrer ses talents sous peine d’inspirer la peur et l’insécurité. Faire en sorte que nos maîtres apparaissent plus brillants que nous et nous atteindrons les hauteurs du pouvoir.

La transgression de cette loi a été incarnée par Fouquet, le ministre des finances de Louis XIV dans ses premières années de règne. Sa fête en l’honneur du roi (en réalité pour montrer à toute la cour la splendeur de son château de Vaux-le-Vicomte) amena sa perte : elle fut tellement sublime que Louis XIV en fut terriblement vexé. Il fut arrêté le jour suivant et emprisonné pour le reste de sa vie.

L’observation de cette loi a été incarnée par Galilée, qui à la découverte des lunes de Jupiter, décida de dédier cette avancée à Cosimo de Médicis, alors l’un des plus riches banquiers italiens, qui le prit financièrement sous son aile.

Il faut comprendre que tout le monde est inquiet. Quand on montre notre talent, on nourrit le ressentiment et l’envie. Rien n’a changé depuis l’époque de Louis XIV et les Médicis. Il est commun de croire qu’en démontrant nos talents nous allons pouvoir gagner l’affection de nos maîtres, mais c’est une erreur. Il faut éviter d’apparaître charmant et supérieur. De plus, ce n’est pas parce que le maître nous apprécie que nous pouvons faire tout ce que nous voulons : notre position n’est jamais garantie.

Cette loi peut être tournée à notre avantage : nous pouvons flatter notre maître, de préférence discrètement, en faisant semblant d’être plus stupide que lui ou en expliquant que nos meilleures idées sont les siennes.

Cette loi n’est plus vraie quand notre supérieur est sur le déclin : dans ce cas, il n’y a rien à craindre à le surpasser.

Lecture n°15 : The 48 Laws of Power par Robert Greene

La sagesse des sentiments

 

sagesse des sentimentsCombien d’entre vous sortent vitement du lit le matin et, suivant leur nature humaine, se précipitent vers le miroir, allument la lumière et se regardent en se disant: « Je suis Dieu »? On peut présumer que nul ne le fait. La dualité est puissante. Le miroir vous renvoie plutôt un visage défait, vieillissant, différent aujourd’hui de celui d’il y a un an. Certaines énergies, même en vous-mêmes, vous réveilleront au milieu de la nuit en chuchotant que vous n’êtes rien du tout. Cela alimente l’ancien leadership religieux sur terre qui vous affirme la même chose. Ainsi, comme à une paire de vieilles chaussures, vous vous êtes accoutumés à la situation. Plusieurs se sont habitués à vivre le drame au quotidien, à vivre même dans la terreur. Nous vous affirmons aujourd’hui que vous pouvez évincer la réalité de toutes ces choses hors du sillon qu’elle occupe et la placer dans un autre appelé « changement ».

Tout cela doit débuter sur le plan cellulaire de l’être humain. Vous savez déjà que la grille magnétique terrestre est responsable du positionnement de la dualité dans la nature humaine. La grille cristalline (de même caractère que le champ cristallin entourant votre ADN) qui se superpose actuellement à la grille magnétique infuse celle-ci d’instructions depuis le noyau de mémoire de l’univers. Bien que vous ne puissiez saisir cela facilement, nous sommes venus vous dire que tout cela se fait afin de pouvoir communiquer avec les codes de votre ADN susceptibles d’y réagir et pour vous permettre de passer de la quatrième à la septième dimension…

Il existe un potentiel que nous pouvons percevoir non loin dans l’avenir lorsque les humains, qui se seront élevés et qui auront illuminé cette planète, l’auront transformée et infusée d’une énergie que nous appellerons la Nouvelle Jérusalem. Même si vous savez déjà ce que cela signifie, je vous le répète, car je souhaite que vous l’entendiez encore une fois: cela veut dire le paradis sur terre.

Les choses ne semblent peut-être pas évoluer de cette façon à l’heure actuelle, la grange n’est encore qu’à moitié repeinte. Cependant, l’information est de plus en plus reconnue, n’est-ce pas? L’humanité parachevée se met à récupérer son pouvoir et s’élève graduellement vers la septième dimension pour enfin employer les portions des chaînes d’ADN présentes de tout temps et qui s’éveillent à l’heure actuelle. Voilà le mécanisme du processus. Un jour viendra où la science reconnaîtra ce dont je parle maintenant. La physique admettra ce que j’énonce ici. Le temps est proche où les expériences scientifiques révéleront la réalité du temps présent dans l’espace entre le noyau et les électrons, là où le temps linéaire n’existe pas. Les scientifiques apercevront peu à peu la divinité au sein même de la science physique et comprendront cette divinité qui vous habite. Ils pénétreront l’ADN en transformation et étudieront les phénomènes qui permettent un prolongement de la vie, qui engendrent des êtres humains plus sages et, éventuellement, la paix sur terre. Tout cela est vrai…

Kryeon SOURCE: Extraits de Messages de notre Famille, Tome V, p. 378-392. Editions Ariane

Fragments de sagesse dans un monde fou

 

Leçon de sagesse

Fondateur du magazine « Nouvelles Clés », l’ancêtre de CLES, Marc de Smedt fait partie des premiers de cordée qui, à la fin du siècle dernier, ont dépoussiéré le mot « spiritualité ». En acteur et témoin ardent du changement de conscience – comme journaliste, auteur, éditeur, instructeur de méditation – il a multiplié les rencontres avec les sages et les penseurs, accumulé les lectures et pratiqué intensément le bouddhisme zen (bien que de façon toujours laïque). 

Dans « Une journée, une vie », il nous offre les meilleurs fruits de sa quête, à travers une cinquantaine de textes courts et denses sur les réflexions que lui inspire l’air du temps. Pour lui, l’essentiel est de parvenir à « vivre mieux et en pleine conscience chaque jour ».Vie professionnelle active et recherche spirituelle ne sont donc pas incompatibles. Pour enrichir notre vie, il nous incite même à les mélanger « comme le ciel que nous respirons se mêle à la terre que nous foulons ». Déplorant le pessimisme qui ronge la France, il fait sienne la formule de Montaigne : « Ni je ne plains le passé, ni je ne crains l’avenir. » 

Ses réflexions de bon sens sont autant de leçons d’optimisme pour nous aider à vivre mieux au quotidien et à relever ce qu’il appelle « l’éternel défi ‘humanisation ». Son objectif premier : nous apprendre à nous apaiser, pour ensuite apaiser le monde autour de nous. En fin d’ouvrage, il propose des exercices de méditation zen ou de yoga dont, après 40 ans d’expérience, il garantit la simplicité et l’efficacité.

“Une journée, une vie. Fragments de sagesse dans un monde fou”, de Marc de Smedt, coédition CLES-Albin Michel, 222 p., 18 €.

EXTRAIT
 « Il est enjoint à chacun de quitter le mode d’existence passif pour entrer dans le mode voir large, sortir de la posture charlatanesque qui consiste à penser qu’une seule idéologie ou pratique résoudra tout, entrer dans la pensée complexe chère à Edgar Morin, se mettre les conditions psychologiques de l’action juste, Il s’agit de créer aujourd’hui la “psychologie des hauteurs” dont parle Max Scheler, qui sera apte à verticaliser notre esprit et notre être. »

 

Trouver le divin dans le rien

 

colombes-2Christian Bobin : Tout est une question d’air et de respiration. C’est l’encombrement qui nous rend malhabile, et qui nous fait parfois, suffoquer. On a besoin de connaître des choses telles que l’ennui, le manque, l’absence, pour connaître la présence, la joie et l’attention pure. On a besoin d’une chose pour aller vers une autre. Par exemple, j’aime beaucoup les livres, mais j’ai remarqué que je trouvais les plus intéressants dans les toutes petites librairies perdues, qui n’en vendent que très peu ; comme si c’était là que certains livres m’attendaient depuis très longtemps. Alors que je ne les aurais pas vu dans un grand étalage, parmi mille autres choses. Cette pensée va dans le sens exactement inverse de celui qui a créé Internet. À la racine d’Internet, il y a le désir qu’on ait tout, tout de suite. Que surtout nul ne souffre plus d’un manque. Or, je pense que c’est une souffrance que d’avoir tout à sa disposition, sans intervalles. On devient soi-même comme une chose au milieu des choses. Alors qu’on a besoin que certaines vitres de la maison soient cassées. Et que le vent entre ! Besoin de certains défauts, de certains manques, de certaines brisures, pour pouvoir respirer.

N.C. : Qu’est-ce qui vous conduit vers la toute petite librairie où, justement, vous allez trouver le livre rare et important ? Le hasard ? La grâce ?

C.B. : Comment préciser sans trahir ? (parce qu’il faut que je reste dans ma langue, que je parle avec mes mots). Vous avez plusieurs façons de voir le soleil. La voie scientifique vous met entre les mains des documents extrêmement nombreux, de plus en plus précis, qu’il vous faudra plus qu’une vie pour lire. Et puis, vous avez l’autre voie. Vous regardez autour de vous, vous voyez un pissenlit, et là, vous savez ce qu’il en est du soleil. Parce que la structure est la même. Le pissenlit, à mon sens, est comme un petit frère égaré du soleil. Il aime tellement son grand frère, qu’il s’est mis à lui ressembler. Dans l’infime, vous avez l’immense. La contemplation vous donne ce que l’information ne vous donnera jamais. La contemplation a besoin de s’appuyer sur du très peu, du très simple. Elle est semblable à ce royaume dont parle le Christ, qui est tout entier contenu dans un grain de sénevé.

N.C. : Autre cohabitation des contraires, vous dites qu’il faut « écrire, pour réparer l’irréparable »…

C.B. : Oui, d’abord l’accepter l’irréparable. Le regarder. Le contempler en tant que tel. Ne pas chercher de consolations illusoires. Ne pas se précipiter pour venir en aide. Mais, d’abord, regarder, et si l’on est devant un mur, le voir. S’il est aussi haut que le ciel, le reconnaître. C’est quelque chose qui amène un profond changement intérieur. Cette « acceptation » n’est pas une résignation, mais une vue. C’est la vue qui guérit, la vision vraie. Pas l’illusion, même si parfois la vérité est que nous n’avons pas de solution. Mais le reconnaître, le formuler, change tout. Comme si savoir que la porte est fermée, et l’accepter, vous la faisait traverser ! Or, la racine de la vue, c’est la contemplation. Et la racine de la contemplation, c’est l’attention.

L’écriture évidemment a à voir avec ça. Les livres, je les aime depuis toujours. Ce qui est beau, c’est que les livres sont bâtis à la hauteur des mains. Un livre, c’est comme une porte qui ne serait pas plus grande qu’une main. Et, de l’autre côté de cette porte, il y a les anges. Voilà ce que sont les livres, en gros, je m’en suis aperçu très tôt. Mais ce n’est pas le cas de tous les livres, loin de là ! Certains livres, qualifions-les de « vrais », viennent en secours au lecteur. Ils viennent vers lui et ont la vertu de l’écouter. Pourquoi ? Il y a quelque chose dans une page qui est en train de me déchiffrer. Je crois la lire, et c’est elle qui me lit ! Les « vrais » livres sont toujours des livres de médecine, au fond. Ils sont guérisseurs. Parce que ce qui nous rend malade, ce sont souvent les mots. Soit que ces mots qui nous aient manqué. Soit qu’ils aient été d’une dureté insupportable. Mais ce que des mots ont fait, d’autres mots peuvent le défaire. C’est le langage qui souffre en nous, et qui nous fait souffrir. Et la matière des livres est un langage qui est, ou devrait toujours être profondément réparateur.

N.C. : Quels livres jalonnent votre parcours ?

C.B. : Je peux citer quelques plus jamais. Ce sont des « livres expériences ». Apparemment, ce sont des récits qui captent le charme même de la vie, ce que la vie a d’imprévisible et de malicieux par rapport à nos projets, nos volontés. Je crois que c’est Giacometti qui disait : « Le malheur, quand on cherche, c’est qu’on ne trouve que ce qu’on cherche. » Dans les livres de Dhôtel, comme dans la vie, les gens cherchent quelque chose, et puis oublient à un moment ce qu’ils cherchent, et c’est là qu’ils trouvent des merveilles. Ce sont des livres de vagabonds, qui ont la consistance des nuages. Leur forme change, au fur et à mesure des relectures. C’est ça, les livres vagabonds. Dhôtel dit : « Je n’aime pas rêver. J’aime que les rêves viennent vers moi ».

Grojean, c’est tout à fait autre chose. Mais finalement, il arrive au même point source. Grojean, son grand amour, ce sont les Évangiles. L’un de ces maîtres-livres, c’est L’ironie christique, paru chez Gallimard, qui est un commentaire, pas à pas, de chaque verset de l’évangile de Saint-Jean, qu’il a traduit lui-même. C’est époustouflant de vie, de vivacité, de malice, de songes. Comme son camarade André Dhôtel, ses phrases bougent alors que le livre est fermé. Et, quand vous revenez, elles ne sont plus à la même place. Peut-être que c’est ça, les vrais livres. Ils poursuivent leur vie, indépendamment de vous. Et donc, quand vous les retrouvez, vous aussi, vous êtes neufs. Parce qu’on est toujours en miroir, dans cette vie. On est, au fond, comme l’autre est, en face de nous. Ce sont des livres où la pensée a la fluidité des rivières, ou plus rare, de la lumière sur la rivière. C’est cette chose presque indicible, et toujours mouvante, que ces deux écrivains ont su capter dans leurs mots, dans leur intuition de la vie.

Il y a une veine taoïste dans les Évangiles, qui a été très bien saisie par Grojean. Son Christ est comme désencrassé de toutes les Églises, de toutes les institutions. Il est comme rendu à lui-même. Propre, comme un caillou, comme un sou neuf, un brin d’herbe. Et, il est à proprement parlé « inouï ». Quand on voit ce Christ-là, on comprend que l’on n’a pas encore commencé à vraiment réfléchir à la merveille de toute cette histoire. Si simple, et pourtant si mystérieuse.

Extrait de l’interview par Patrice van Eersel paru au magazine CLE

DE QUELLE COULEUR ETES-VOUS

 

Sociétés et individus passent par les mêmes stades de maturation. C’est la théorie de la Spirale dynamique, une façon de figurer l’évolution de la conscience, personnelle ou collective.

Inventée dans les années 1960 par le psychosociologue américain Clare W. Graves, elle a été popularisée trente ans plus tard par son élève Don Beck, autant en psychothérapie que dans le management ou la diplomatie. Elle découpe l’évolution de la conscience en stades successifs, symbolisés par des couleurs et représentant les étapes par lesquelles tout le monde passe nécessairement. Le nourrisson est entièrement mû par ses pulsions vitales – comme les hordes primitives. Le petit enfant découvre la magie du monde – comme les tribus chamaniques. Il affirme ensuite son ego avec agressivité – comme les royaumes guerriers. Puis viennent l’âge de raison et le besoin d’ordre – qui correspondent à l’âge des Etats et des grandes religions. Etc.

QUELLE COULEUR

Bien des problèmes, personnels ou collectifs, viennent de ce que les humains n’en sont pas aux mêmes stades et qu’il est impossible de brûler les étapes. Le comprendre permet d’aider des personnes ou des collectivités de « couleurs » différentes à communiquer malgré tout, en évitant d’innombrables malentendus. Ainsi, comment faire dialoguer une collectivité « bleue » (par exemple une théocratie ou un Etat communiste) et une collectivité « orange » (une multinationale ou une ligue de marchands) ? Le modèle de Graves et Beck montre que cette question bute sur des obstacles comparables à ceux que connaîtrait un enfant de 8 ans, campé sur son besoin d’ordre et obligé de négocier avec un adolescent de 18 ans, affirmant sa créativité et son indépendance. 

Mais cet arc-en-ciel se retrouve aussi à l’intérieur de chacun de nous. Car les stades successifs de l’évolution ne s’éliminent pas, ils s’empilent. De même que vous avez un cerveau reptilien, siège de vos pulsions vitales, qu’il s’agit de faire collaborer avec un cerveau limbique, siège de vos émotions, et un néocortex, siège de votre raison, les couleurs de la spirale coexistent en vous. Et pas toujours de façon harmonieuse ! Le reconnaître représente un grand pas vers la pacification. 
 

Le jaune, pour sortir de l’impasse 
 

Cognitiviste travaillant sur l’intelligence collective à l’université de Montpellier, Jacques Ferber enseigne la Spirale dynamique à ses étudiants. « Les lecteurs d’un magazine comme CLES, dit-il, ont des chances d’être orange (parce qu’entrepreneurs ou en quête de leur moi) ou verts (soucieux de l’intérêt collectif). L’individu orange prend des décisions individualistes et intéressées, alors que son congénère vert aime le partage et les assemblées où l’on débat de tout… Mais gare aux confusions : les écolos de Greenpeace, par exemple, fonctionnent surtout avec l’énergie rouge des guerriers, alors qu’un business coopératif marche à l’énergie verte.  
 

Dans les pays développés, on voit s’affronter aujourd’hui trois couleurs : des bleus (étatistes et nationalistes), des orange (libéraux et businessmen) et des verts (sociaux-démocrates et écologistes). Trois logiques incompatibles. Pour sortir de l’impasse, l’humanité doit passer à une nouvelle couleur, le jaune. L’individu jaune comprend que, dans un monde complexe, chaque couleur a son rôle à jouer. 
Surfant sur les réseaux, c’est un “intégrateur” fluide qui se sent à l’aise partout : chez les chamanes aussi bien que dans un laboratoire de recherche, dans une synagogue, une mosquée ou une église autant qu’avec des libres penseurs, en ville comme en pleine nature, etc. Les Américains disent que c’est “l’alliance de l’iPhone et du bambou”. » 
Le jaune peut intégrer : 

• Le beige, en reconnaissant les besoins vitaux de tout humain ; 

• Le violet, en s’ouvrant au réenchantement du monde ; 

• Le rouge, en canalisant l’esprit guerrier à la façon du judoka ; 

• Le bleu, en admettant la nécessité d’un cadre organisationnel et éthique ; 

• L’orange, en stimulant toutes les créativités et entreprises ; 

• Le vert, en liant l’intelligence collective à la solidarité.

Un outil géopolitique 
 

« Le passage d’une couleur à l’autre demande toujours du temps, poursuit Jacques Ferber. Ceux qui l’ont le mieux compris sont les Chinois. En soi, le Parti communiste est bleu. Mais en trente ans, il a su planifier un passage progressif à l’orange sur le plan économique, ce qui va avec la nature de cette couleur. Les Occidentaux protestent contre le non-respect des droits de l’homme par Pékin, mais les Chinois répondent que ce passage au vert ne pourra se faire qu’ensuite, d’ici à dix ans. Par contre, les révolutions arabes sont coincées entre des blocs bleus (islam et armée) en régression vers le rouge, du fait de la corruption et du jihadisme. Seule la Tunisie semble pouvoir éviter cette régresion (lire l’encadré ci-dessus). 
 

Faire dialoguer les couleurs n’est jamais facile. Sur YouTube, vous pouvez suivre une mission diplomatique de Don Beck entre Israéliens et Palestiniens : aux premiers, il sert des arguments très orange (l’intérêt, la logique causale, les bénéfices) ; aux seconds, des arguments rouges et bleus, voire violets (valeurs familiales, préceptes moraux de l’islam, magie du cœur). Pour mener pareille mission, il faut faire preuve de qualités très « jaunes » ! Les théoriciens de la Spirale dynamique se plaisent parfois à imaginer une humanité turquoise, dont les individus seraient à la fois libres et entièrement au service de la collectivité. Mais pour l’instant, passer au jaune serait déjà formidable. La toute nouvelle génération, qui a 20 ans aujourd’hui et qu’on appelle « génération Z », semble bien partie pour ça : elle est multitâche, ouverte aux autres et d’une extraordinaire adaptabilité. Typiquement jaune.

 

INTINCT DE SAGESSE

 

À lire

« Le monde change… et nous ? », de Véronique Guérin et Jacques Ferber (Chronique Sociale, 2009, 252 p., 17,80 €). Développer ses compétences relationnelles et sa relation à soi, notamment par la Spirale dynamique.

« Le Livre de la vision intégrale », de Ken Wilber (Dunod, 2008, 230 p., 24,40 €). Elargir ses perspectives pour mieux comprendre la réalité et en approfondir le sens.

 Source : par Patrice van Eersel 

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