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3 MINUTES DE SAGESSE

 

CLES vous propose 3 minutes de sagesse en vidéo :

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LES STADES DE LA MATURATION

 

Sociétés et individus passent par les mêmes stades de maturation. C’est la théorie de la Spirale dynamique, une façon de figurer l’évolution de la conscience, personnelle ou collective.

Tous les individus passent par les mêmes étapes, mais pas à la même vitesse.

Comprendre ce décalage permet de trouver une certaine harmonie, en soi mais aussi avec le monde.

Ouverte aux autres et adaptable, la nouvelle génération semble partie pour être jaune.

Inventée dans les années 1960 par le psychosociologue américain Clare W. Graves, elle a été popularisée trente ans plus tard par son élève Don Beck, autant en psychothérapie que dans le management ou la diplomatie. Elle découpe l’évolution de la conscience en stades successifs, symbolisés par des couleurs et représentant les étapes par lesquelles tout le monde passe nécessairement. Le nourrisson est entièrement mû par ses pulsions vitales – comme les hordes primitives. Le petit enfant découvre la magie du monde – comme les tribus chamaniques. Il affirme ensuite son ego avec agressivité – comme les royaumes guerriers. Puis viennent l’âge de raison et le besoin d’ordre – qui correspondent à l’âge des Etats et des grandes religions. Etc.

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Bien des problèmes, personnels ou collectifs, viennent de ce que les humains n’en sont pas aux mêmes stades et qu’il est impossible de brûler les étapes. Le comprendre permet d’aider des personnes ou des collectivités de « couleurs » différentes à communiquer malgré tout, en évitant d’innombrables malentendus. Ainsi, comment faire dialoguer une collectivité « bleue » (par exemple une théocratie ou un Etat communiste) et une collectivité « orange » (une multinationale ou une ligue de marchands) ? Le modèle de Graves et Beck montre que cette question bute sur des obstacles comparables à ceux que connaîtrait un enfant de 8 ans, campé sur son besoin d’ordre et obligé de négocier avec un adolescent de 18 ans, affirmant sa créativité et son indépendance. 

Mais cet arc-en-ciel se retrouve aussi à l’intérieur de chacun de nous. Car les stades successifs de l’évolution ne s’éliminent pas, ils s’empilent. De même que vous avez un cerveau reptilien, siège de vos pulsions vitales, qu’il s’agit de faire collaborer avec un cerveau limbique, siège de vos émotions, et un néocortex, siège de votre raison, les couleurs de la spirale coexistent en vous. Et pas toujours de façon harmonieuse ! Le reconnaître représente un grand pas vers la pacification. 
 

Le jaune, pour sortir de l’impasse 
 

Cognitiviste travaillant sur l’intelligence collective à l’université de Montpellier, Jacques Ferber enseigne la Spirale dynamique à ses étudiants. « Les lecteurs d’un magazine comme CLES, dit-il, ont des chances d’être orange (parce qu’entrepreneurs ou en quête de leur moi) ou verts (soucieux de l’intérêt collectif). L’individu orange prend des décisions individualistes et intéressées, alors que son congénère vert aime le partage et les assemblées où l’on débat de tout… Mais gare aux confusions : les écolos de Greenpeace, par exemple, fonctionnent surtout avec l’énergie rouge des guerriers, alors qu’un business coopératif marche à l’énergie verte.  
 

Dans les pays développés, on voit s’affronter aujourd’hui trois couleurs : des bleus (étatistes et nationalistes), des orange (libéraux et businessmen) et des verts (sociaux-démocrates et écologistes). Trois logiques incompatibles. Pour sortir de l’impasse, l’humanité doit passer à une nouvelle couleur, le jaune. L’individu jaune comprend que, dans un monde complexe, chaque couleur a son rôle à jouer. Surfant sur les réseaux, c’est un “intégrateur” fluide qui se sent à l’aise partout : chez les chamanes aussi bien que dans un laboratoire de recherche, dansune synagogue, une mosquée ou une église autant qu’avec des libres penseurs, en ville comme en pleine nature, etc. Les Américains disent que c’est “l’alliance de l’iPhone et du bambou”. » 
Le jaune peut intégrer

• Le beige, en reconnaissant les besoins vitaux de tout humain ; 

• Le violet, en s’ouvrant au réenchantement du monde ; 

• Le rouge, en canalisant l’esprit guerrier à la façon du judoka ; 

• Le bleu, en admettant la nécessité d’un cadre organisationnel et éthique ; 

• L’orange, en stimulant toutes les créativités et entreprises ; 

• Le vert, en liant l’intelligence collective à la solidarité.

Un outil géopolitique 
 

« Le passage d’une couleur à l’autre demande toujours du temps, poursuit Jacques Ferber. Ceux qui l’ont le mieux compris sont les Chinois. En soi, le Parti communiste est bleu. Mais en trente ans, il a su planifier un passage progressif à l’orange sur le plan économique, ce qui va avec la nature de cette couleur. Les Occidentaux protestent contre le non-respect des droits de l’homme par Pékin, mais les Chinois répondent que ce passage au vert ne pourra se faire qu’ensuite, d’ici à dix ans. Par contre, les révolutions arabes sont coincées entre des blocs bleus (islam et armée) en régression vers le rouge, du fait de la corruption et du jihadisme. Seule la Tunisie semble pouvoir éviter cette régresion (lire l’encadré ci-dessus). 
 

Faire dialoguer les couleurs n’est jamais facile. Sur YouTube, vous pouvez suivre une mission diplomatique de Don Beck entre Israéliens et Palestiniens : aux premiers, il sert des arguments très orange (l’intérêt, la logique causale, les bénéfices) ; aux seconds, des arguments rouges et bleus, voire violets (valeurs familiales, préceptes moraux de l’islam, magie du cœur). Pour mener pareille mission, il faut faire preuve de qualités très « jaunes » ! Les théoriciens de la Spirale dynamique se plaisent parfois à imaginer une humanité turquoise, dont les individus seraient à la fois libres et entièrement au service de la collectivité. Mais pour l’instant, passer au jaune serait déjà formidable. La toute nouvelle génération, qui a 20 ans aujourd’hui et qu’on appelle « génération Z », semble bien partie pour ça : elle est multitâche, ouverte aux autres et d’une extraordinaire adaptabilité. Typiquement jaune.

couleurs

article de  par Patrice van Eersel sur Psycho.com

 

4 règles pour ETRE

 

C’est l’histoire d’un livre devenu culte. Quatre règles de vie à appliquer pour une promesse « de liberté, de bonheur et d’amour ». Philosophie à bon marché ou méthode efficace pour mieux se connaître et s’aimer ?

Enquête chez les Toltèques.

images (4)Le livre

Si vous avez réussi à passer à côté jusqu’ici, cela ne devrait pas durer. Les Quatre Accords toltèques (titre original, The Four Agreements), livre d’une centaine de pages publié en 1997 aux États-Unis, se sont déjà écoulés à plus de quatre millions d’exemplaires dans le monde. Outre-Atlantique, c’est l’animatrice de télévision Oprah Winfrey, considérée comme la femme la plus influente de son pays, qui l’a sorti de l’ombre en 2000 en disant tout le bien qu’elle en pensait dans son talk-show.

Succès immédiat : depuis, l’auteur de l’ouvrage, le chaman mexicain Miguel Ruiz, a pris soin de faire de ses « accords » une marque déposée… En France, c’est Maud Séjournant, une proche de Miguel Ruiz labellisée « enseignante certifiée », qui est à l’origine de sa publication. Traduit en 1999, l’ouvrage a vite trouvé ses aficionados. Il a inspiré le romancier Bernard Werber et nombre de thérapeutes français. « Quand j’ai découvert le livre, j’ai eu le sentiment que l’auteur y avait retranscrit les observations issues de ma propre expérience », confie Olivier Perrot, psychologue clinicien et président de l’Association française de la nouvelle hypnose (AFNH). Sur Internet, blogs et forums ont amplifié le succès de Miguel Ruiz. À ce jour, plus de cent mille exemplaires de son ouvrage ont été vendus dans l’Hexagone.

De quoi s’agit-il ?

 « Miguel Ruiz propose de passer avec soi quatre accords visant à briser nos croyances limitatives, précise Maud Séjournant. Celles que nous développons depuis l’enfance, qui distordent la réalité et nous maintiennent dans la souffrance. » À force de conditionnements culturels et éducatifs (sur ce qui est juste ou faux, bon ou mauvais, beau ou laid) et de projections personnelles (« Je dois être gentil », « Je dois réussir »…), nous avons intégré une image fausse de nous-même et du monde.

Ces idées ne sont pas nouvelles. « Elles reprennent les principes de la thérapie cognitive, qui démontrent à quel point le manque de distance ou la généralisation abusive sont des pièges», remarque le psychiatre François Thioly. Pourquoi alors cet engouement ? D’après Maud Séjournant, le talent de l’auteur est d’expliquer ces quatre accords avec des mots simples et des cas concrets. « Il n’est pas nécessaire d’être initié pour les mettre en pratique, poursuit Thierry Cros, coach et auteur de Maîtriser les projets avec l’extreme programming (Cépaduès, 2004). Miguel Ruiz n’ordonne rien. Il laisse entendre que s’il a pu s’approprier ces accords, tout le monde peut le faire. » 

Ajoutez à cela la formulation même des préceptes, « qui tiennent en quelques mots, faciles à retenir », selon Jacques Maire, directeur des éditions Jouvence, auxquelles on doit la version française de l’ouvrage, et vous détenez le secret de ce best-seller. 

Que votre parole soit impeccable

Parlez avec intégrité, ne dites que ce que vous pensez. N’utilisez pas la parole contre vous ni pour médire d’autrui. 

« Miguel Ruiz rappelle le pouvoir du verbe sur le psychisme, explique Olivier Perrot. Qui n’a pas gardé en mémoire une phrase blessante d’un parent ? Et ne la fait pas encore résonner une fois adulte ? » La parole est un outil qui peut détruire. Ou construire. Contrairement à ce que nous croyons souvent, les mots ont du poids : ils agissent sur la réalité. « Dites à un enfant qu’il est enrobé et il se sentira gros toute sa vie », assure Olivier Perrot.

Comment s’y prendre ? En cultivant la modération dans ses propos : ne pas en dire trop, ni trop vite. Et, d’après le chaman Miguel Ruiz, cela commence dans le discours que l’on se tient à soi-même : « La clé, c’est l’attention à notre discours intérieur », renchérit Thierry Cros, coach. Les critiques et les jugements que nous cultivons sur autrui, mais aussi les sempiternels « Je suis nul », « Je suis incapable » ou « Je ne suis pas beau » que nous entretenons à notre sujet sont des paroles négatives qui polluent notre mental. Or, elles ne sont que projections, images faussées en réponse à ce que nous croyons que l’autre ou le monde attend de nous. Conclusion : parlons peu, mais parlons vrai, en valorisant aussi nos atouts et ceux d’autrui.

N’en faites jamais une affaire personnelle

Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité. Lorsque vous êtes immunisé contre cela, vous n’êtes plus victime de souffrances inutiles. 

Les paroles et les actes de l’autre ne nous concernent pas en propre. « Ils lui appartiennent, estime Olivier Perrot, parce qu’ils sont l’expression de ses propres croyances. » Vous êtes critiqué ? Ou encensé ? « C’est l’image que l’autre se fait de vous, analyse Thierry Cros. Ce n’est pas vous. »

De même, les événements qui surviennent ne sont pas toujours des réponses à notre comportement. Selon Miguel Ruiz, nous devons sortir de cet égocentrisme qui nous fait croire que tout ce qui arrive autour de nous est une conséquence de notre attitude. Le « moi je » nous maintient dans l’illusion. Donc dans la souffrance.

Comment s’y prendre ? « Il s’agit moins de rester stoïque que de prendre du recul », conseille Thierry Cros. Ramener à soi ce qui appartient à l’autre déclenche inévitablement de la peur, de la colère ou de la tristesse, et une réaction de défense. L’objectif : laisser à l’autre la responsabilité de sa parole ou de ses actes et ne pas s’en mêler. Cela suffit souvent à calmer le jeu.

Ne faites aucune supposition

Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.

« C’est un travers banal, admet Olivier Perrot. Nous supposons, nous élaborons des hypothèses et nous finissons par y croire. » Un ami ne nous a pas dit bonjour ce matin, et nous imaginons qu’il nous en veut ! Selon Miguel Ruiz, c’est un « poison émotionnel ». Pour s’en libérer, il propose d’apprendre à mettre les choses à plat, par exemple en exprimant ses doutes. « Ce qui implique d’apprendre à écouter et d’être capable d’entendre », remarque Thierry Cros.

Comment s’y prendre ? Il s’agit de prendre conscience que nos suppositions sont des créations de notre pensée. Dès lors qu’une hypothèse devient une croyance (« Cet ami est fâché contre moi »), nous élaborons un comportement de pression (« Je ne l’aime plus non plus » ou « Je dois le convaincre de m’aimer à nouveau »), source d’angoisse et de stress.

Faites toujours de votre mieux

Votre “mieux” change d’instant en instant. Quelles que soient les circonstances, faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger.

« Cet accord découle des trois premiers, constate Olivier Perrot. Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous finissez par agir contre vous. Mais si vous en faites moins, vous vous exposez à la frustration, à la culpabilité et au regret. » Le but est de trouver le juste équilibre.

Comment s’y prendre ? Ce qui est juste pour soi ne dépend en aucun cas d’une norme. Pour Miguel Ruiz, certains jours, faire ce qu’il y a de mieux pour soi, c’est rester au lit. Dans tous les cas, souligne Thierry Cros, « le pire piège est la course à la perfection ». L’un des moyens d’éviter ce travers est de remplacer nos « Je dois faire ceci » par des « Je peux faire ceci ». Comme l’affirme Olivier Perrot, « cela permet de s’approprier pleinement l’objectif à atteindre, sans se soucier du jugement et des attentes des autres ».

images (5)L’auteur : Miguel Ruiz

Né en 1952 dans une famille de guérisseurs au Mexique, Miguel Ruiz devient neurochirurgien, avant qu’une NDE (near death experience, « expérience de mort imminente ») dans les années 1970 ne transforme sa vie. Il décide alors de retrouver le savoir de ses ancêtres toltèques, devient chaman et se donne pour mission de transmettre cette sagesse au plus grand nombre. Après des années d’enseignement et d’écriture, il est victime d’une attaque cardiaque en 2002, et passe le relais à son fils, José Luis Ruiz. Les Quatre Accords toltèques restent son livre phare.

Les technologies ne modifieront pas l’espèce humaine

 

par Henri Atlan- Extrait du livre « HUMAIN » de Roger Pol-Droit et Monique Atlan

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Chercheur en biologie et philosophe d’envergure, Henri Atlan voit en l’homme un assemblage de molécules doué de questionnement moral. Il est catégorique : les biotechnologies auront une influence mineure sur notre espèce. Il n’y a pas de néohumains en vue.

Henri Atlan est d’abord un grand chercheur dans le domaine de la biologie médicale, où il a contribué en particulier à renouveler profondément l’approche des mécanismes du vivant par sa théorie de l’« auto-organisation ». Professeur à l’Hôtel-Dieu et directeur d’un centre de recherche au Hadassah Medical Center de Jérusalem, il a également été directeur d’étude à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Mais cet homme de laboratoire, inventeur de modèles mathématiques pour la recherche en biologie, est également un philosophe d’envergure, lecteur assidu et intense de Spinoza, mais aussi de Wittgenstein, de Russell ou de Quine.

L’homme est aussi passionnant et aussi paradoxal que les thèses qu’il défend. A la fois rêveur et dialecticien, raisonnable et provocant, il porte sur les questions scientifiques et éthiques de notre époque un regard tour à tour – ou tout ensemble – ironique, lucide, rieur et aigu. Ce- lui qu’on retrouve dans une bonne quinzaine de livres où se conjuguent travaux de biologie et analyses philosophiques. Car Henri Atlan ne cesse de tisser toutes ces données.

Le lieu où il nous reçoit symbolise cette interdisciplinarité. Nous sommes non loin de Jérusalem, au Hadassah Medical Center, le plus important hôpital d’Israël. [...] Quand on lui demande, tout de go, si les biotechnologies peuvent changer l’humain, il commence par proposer de changer de terrain de réflexion : « J’ai envie de vous répondre par une autre question :

L’invention de la roue, de l’agriculture, de l’élevage a-t-elle modifié l’homme ?” Evidemment oui, mais seulement du point de vue des relations de l’homme avec son environnement. Les biotechnologies, à mon avis, vont probablement avoir des conséquences similaires, mais pas plus. Bien sûr, je n’ignore pas que ces inventions techniques anciennes portaient sur l’environnement, et pas sur la nature biologique de l’homme. Cette fois, il s’agirait d’intervenir directement sur le vivant, de modifier l’homme dans sa nature biologique, de le faire passer à une autre espèce, plus développée ou moins développée, plus évoluée ou moins évoluée, etc. Je suis très sceptique envers ces possibilités. Depuis deux siècles, la nature biologique de l’homme a effectivement évolué, grâce simplement à l’hygiène et à la médecine, le résultat en est un allongement considérable de la durée de vie, aussi bien que l’apparition de nouvelles maladies…

En fait, toutes les innovations technologiques – y compris les lunettes ou l’imprimerie – entraînent des bouleversements profonds dans les conditions de vie. Faudrait-il cette fois y ajouter une modification de l’espèce humaine proprement dite ? Je n’y crois vraiment pas. A mes yeux, ceux qui annoncent ces changements radicaux sont encore sous l’influence du “tout-génétique” qui a dominé pendant les trente ou quarante dernières années. » [...]

Il faudrait donc se dire que la brave vieille humanité ne risque pas de laisser place de sitôt à ces cohortes de néohumains qu’annonce une futurologie fantastique. Pourrait-on alors en conclure qu’il existe une nature immuable de l’homme, une essence, et que toutes les techniques du monde ne sauraient l’altérer ? [...] N’existe-t-il pas des traits spécifiques de l’espèce humaine ? [...] La réponse d’Henri Atlan méritela plus grande attention, car elle évite de tomber dans des malentendus fréquents, qui consistent à penser que si l’homme est une partie de la nature, alors rien ne l’en distingue : «J e soutiens pour ma part qu’il n’y a pas d’essence de l’homme, mais bien une place particulière de l’homme, de la même façon d’ailleurs que n’im porte quelle espèce a sa place particulière. » [...]

 

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Notre interlocuteur est un biologiste mondialement connu, il a souvent écrit et affirmé que la différence entre l’inerte et le vivant est sans pertinence. Il a maintes fois souligné que toute la biologie

moderne est résolument mécaniste, au sens où les « lois de la vie » sont rigoureusement les mêmes que celles de la physique et de la chimie. Du coup, il paraît difficile de comprendre comment les humains peuvent revendiquer la moindre spécificité, alors qu’ils ne sont, comme tout le reste, que des amas de molécules..«Je ne dis pas que nous ne sommes que des molécules ! Je dis que nous sommes bien des assemblages de molécules, mais avec plusieurs niveaux d’organisation. Et ces niveaux d’organisation créent des propriétés irréductibles à celles des constituants. La propriété d’une cellule, qui est un assemblage de molécules, c’est d’avoir quantité de capacités que justement n’a pas chacune des molécules. Il y a plus dans l’assemblage que dans les parties ! » [...]

Il serait donc possible de soutenir qu’il n’y a dans le monde, dans nos corps et dans nos cerveaux, que des atomes et du vide, comme le disaient Epicure ou Lucrèce, et en même temps de se soucier d’éthique, de valeurs morales, de règles politiques. N’être fait que de molécules ne supprime en rien la question de la responsabilité [...] : « Une des propriétés de l’espèce humaine, dont on voit mal comment on pourrait penser qu’elle ne lui est pas spécifique, c’est ce que nous faisons en ce moment : se poser des questions sur ce qu’il faut faire et ne pas faire, envisager le problème moral. Le fait de se poser des problèmes moraux, de chercher comment organiser la société de la meilleure façon possible en fonction de nos critères, c’est quand même spécifique de l’espèce humaine, ne trouvez-vous pas ? »

 

Le voyage au Népal

 

images (16)Il est facile à ce voyageur de rester anonyme, mais il a bien fallu qu’il existe pour que la Légende renaisse et que l’histoire soit racontée. Hasard ? Circonstances ? Destin ? Qui sait ! La vie est un grand jeu.

À l’époque, il ne pensait pas ainsi et, à vrai dire, ne s’intéressait pas aux choses de l’esprit. Vagabond seulement assoiffé de rencontres et de nouveauté, il parcourait le monde pour le photographier. Un ami lui proposait d’illustrer un livre sur le Népal ? Pour le Népal, il s’embarquait.

Très vite, pourtant, ce voyage-là fut spécial. Après l’escale d’Athènes, un réacteur prit feu. Ils s’en sortirent sans dommage et ce qui le troubla le plus ne fut pas l’incident, mais l’impression étrange qu’il avait ressentie un peu auparavant. Regardant l’aile par le hublot, il avait pressenti qu’ils allaient avoir un problème avec ce réacteur, alors que rien n’était visible. Un bref état d’hyper-éveil, comme en connaissent les aventuriers, avait donné à sa conscience une acuité qui lui permettait de savoir également qu’ils allaient en réchapper.

Peut-être le choc sensoriel que l’on éprouve en découvrant le Népal a-t-il joué aussi ?

Mais c’est à Pokara que tout a commencé.

Il s’y retrouvait seul, coincé par la mousson, sans même ses affaires déjà parties avec l’avion qu’il avait raté. Il ne lui restait rien : les vêtements qu’il portait sur le dos, un paquet de cigarettes, son briquet et pas un sou en poche. S’aventurant en ville, il rencontra tout d’abord un petit garçon. Surprise : ce fut l’enfant qui, de lui-même, proposa de lui acheter son briquet. Puis tout ce qu’il possédait : cigarettes, chapeau, blouson… Il faisait si chaud, pourquoi ne pas acheter un costume indien plus léger et vendre aussi chemise et pantalon ?

Il croyait ne plus rien avoir et il se retrouvait riche ! Dans ce trou perdu du monde pauvre, il avait largement de quoi passer les trois jours avant le prochain avion. Il décida même de s’offrir une excursion. Il rencontra un guide, un réfugié tibétain parlant anglais, et ils s’entendirent sur un prix pour une visite des environs.
Ils mangèrent d’abord dans une petite gargotte, puis son guide le fit monter, monter, monter… Il était hors de souffle quand la pluie se mit à tomber. Il se voyait déjà coincé et se demanda quelle idée l’avait pris de s’aventurer ainsi au milieu de nulle part.

“ Mais qu’est-ce que tu cherches ? ” s’enquit une voix en lui-même. “ Et de quoi as-tu peur ? ” semblait ajouter le guide, silencieux et calme.

Ils redescendirent jusqu’à une cahute faisant office d’auberge. Le guide n’avait rien demandé, sinon quelques roupies. Il émanait de lui une force étonnamment calme. Dans son anglais simple, il raconta l’invasion chinoise, la fuite du Tibet, l’arrivée au Népal, les problèmes que les Tibétains, plus riches que les Népalais, y rencontraient. Tout lui semblait naturel et sans importance. Puis il fit visiter au voyageur un camp de refugiés tibétains. Ensuite, ils visitèrent les temples de la ville. Leur syncrétisme était frappant : bouddhisme et hindouisme semblaient y cohabiter sans problème. Non-croyant, le voyageur trouvait ce mélange drôle, presque cocasse. Aussi cocasse que son propre sort : échapper de justesse à la mort, se voir pauvre et se retrouver riche, vivre trois jours hors du temps, et maintenant, tous ces symboles. Dans un temple, il trouva même les deux triangles croisés de l’étoile de David, dont il apprit qu’aux yeux des hindouistes ils représentent l’alliance entre le feu et l’eau.

Au fil des heures, le voyageur éprouvait une sympathie grandissante pour son guide. Cet homme avait été gentil, courageux et plein d’idées. Le dernier jour, le voyageur lui donna tout l’argent qui lui restait. Ce fut pour retrouver le guide peu après, au bord d’une rivière où des enfants pêchaient : il était en train de rejeter à l’eau tous leurs poissons, qui jubilaient de s’enfuir, autant que les enfants d’être payés sans avoir eu à marchander. Les coups de queue des uns cliquetaient dans le soleil au rythme exact des éclats de rire des autres. Au voyageur surpris, le guide expliqua comment, enfant, il avait été très malade et comment, pour prix de sa guérison, son père avait promis de racheter tous les animaux condamnés qu’il pourrait, qu’ils soient destinés au sacrifice ou à la nourriture. Lui-même, devenu adulte, perpétuait ce serment.

Puis le jeune homme, soudain grave, déclara au voyageur (dont il semblait percevoir les pensées) : “ Renonce à l’illusion de ce que tu crois être le sens des choses. Je ne paye pas pour régler une dette, mais pour abandonner quelque chose de moi, afin d’aller plus loin. On ignore l’invisible pour affirmer : “Ceci est moi”. Il faut savoir se détacher de l’emprise de ce moi. Alors, parfois, l’invisible vous lance un clin d’œil. ”

Le voyageur fut troublé par ce discours, cette finesse, cette maîtrise. Qui était donc cet homme ? “ C’est bizarre, lui avoua-t-il, depuis que j’ai quitté Paris, j’ai l’impression d’être entré dans un jeu, un jeu de piste ou je ne sais quoi, comprends-tu ?

- Ta vie, répondit le guide, est telle que tu la vois.

- Mais comment distinguer ce que je vois de ce que je crois voir ? Il y a quelques semaines, dans un avion qui menaçait de s’enflammer, j’ai eu l’impression de “voir l’invisible” – et je n’ai pas eu peur. Comme si l’univers acceptait que je devienne un peu plus un “acteur” de ma vie… Mais comment faire pour que nos actes deviennent vraiment nos actes et non des actes ?

- Il faut faire le vide pour trouver le plein (le guide eut un petit rire). La prière, la méditation, la marche, toutes les occasions de faire silence et d’écouter ce silence te donneront une plus grande conscience de l’invisible. Et plus tu en sauras sur tes ténèbres, plus tu seras éclairé dans ta vie.

- Prier, méditer, marcher ?

- Aligner son souffle sur celui de la nature. Tu sais, toutes les dualités ont une même origine : le souffle.

- Et les religions ? Servent-elles à approcher l’invisible parce que nous n’avons pas d’accès direct au divin ?

- C’est de toute façon une spirale divine : l’esprit vient dans un corps pour évoluer et rejoindre l’esprit. Vide, plein, dualité, c’est ainsi que tout fonctionne. ”
Le voyageur eut un instant de perplexité – ce guide prenait décidément de sacrés raccourcis. Il s’essaya lui-même à une ellipse :

“ Voyons, si je me place en position de joueur, en me distanciant de moi-même, j’appréhenderai les événements à la fois plus facilement (il n’y aura pas de danger) et plus profondément (avec le sérieux d’un enfant qui joue), non ?

- Très juste ! approuva le Tibétain, l’enfant joue, l’adulte crée. Dans le vrai jeu seulement (je ne parle pas du poker, ni du casino), peut s’épanouir la vraie joie, qui est sans raison, sans mobile, désintéressée. Du coup, tu cesses d’être un petit moi tout plein de soi-même et de sa relation au monde, tu deviens “celui qui va vers lui-même”, dans un monde où tu peux interpréter ce qui t’arrive autant de signes faisant partie d’un jeu ? Un jeu dont la grande règle est l’alternance des contraires…

- Tu sais quoi ? l’interrompit le voyageur, on devrait vraiment inventer un jeu pour intégrer tout ça, un jeu qui permettrait de s’éveiller en s’amusant ! ”

Il était tout content de sa découverte. Jamais il n’avait eu une conversation aussi intéressante, et c’était avec un homme qu’il aurait quasiment pris, quelques jours plus tôt, pour un demi-ignorant ! Ce dernier poursuivit : “ Il n’y a qu’une seule différence entre l’homme qui vit sans connaître la règle et le joueur : le second sait qu’il joue.

- Tu veux dire qu’il existe une règle ?

- Il en existe une multitude.

- Mais penses-tu qu’un jeu, un vrai jeu, pourrait les résumer toutes ?

- Chez nous, une légende parle d’un jeu très ancien, qui servait à aider les sages. Je pense qu’il y en a d’autres, ailleurs. C’est peut-être là ta quête, ami étranger qui a accès à tous les livres.

- Quoi donc ? De retrouver cette Légende ou de faire renaître ce jeu ?

- Les deux ! (il rit de nouveau d’une voix pointue).

- Oh, mais tu me donnes des idées. J’ai bien envie de suivre ton conseil. Je donnerai à ce jeu un nom tibétain, en souvenir de toi.

- Suis plutôt la loi des contraires, puisque c’est un jeu. Donne-lui donc un nom chinois !

Ce sera en souvenir de moi, mais comme un cadeau à ceux qui se disent mes ennemis. ”

S’ouvrit alors au voyageur une quête pour laquelle, ignorant et néophyte, il n’était certes pas le mieux armé. Mais qu’importe ! Loin de perdre son enthousiasme, il trouva grand enseignement à repenser à tout ce qu’il avait vécu, senti, pensé et ressenti pendant cette aventure. À peine rentré en Europe, il se lança dans les études les plus diverses. De l’universalité de certains symboles à l’histoire des civilisations, très vite, il découvrit des points communs.

images (17)La dualité, par exemple. Est-il possible de penser autrement qu’en binaire ? Planètes, peuples, êtres humains, atomes, tout est soumis à des forces qui à la fois attirent et repoussent. Il lui semblait que cette dynamique des contraires devrait être modélisée dans ce jeu mystérieux qu’il se sentait à présent en devoir de retrouver. Il faudrait aussi que ce jeu intègre les découvertes modernes des sciences de l’homme. Et qu’il sache relier des pensées disparates, tout en reposant – forcément – sur des éléments universels. Certains récits qu’il avait rapportés de ses voyages antérieurs venaient à présent étonnamment confirmer cette intuition.

Bref, la quête du Jeu invisible devint la grande affaire de sa vie. Il entreprit des recherches systématiques dans toutes les grandes traditions. Recherches marginales, difficiles, dérangeantes, qui ne pouvaient, ici ou là, que soulever le voile, mais toujours enrichissantes pour la Légende – et la révélant aux esprits curieux… Tout convergeait vers le jeu. Bientôt, son déroulement s’agença de lui-même : ses principes se mettaient spontanément en ordre et, quand le voyageur eut le sentiment que pour aller plus loin il aurait besoin des autres, ses rencontres lui confirmèrent que, déjà, il avait beaucoup à donner. Autour de lui, dans toutes les professions et dans tous les milieux, ils étaient des milliers, comme lui, à chercher.

 

Issu La Légende du Jeu du Tao Par Patrice van Eersel

ABOMINABLE LISTE Des innombrables peurs et le Tao

ABOMINABLE LISTE Des innombrables peurs et le Tao dans Livre des Sagesses a5-150x150

 

Par Patrice Levallois et Daniel Boublil

LIVRE 4

ABOMINABLE LISTE DES INNOMBRABLES PEURS

L’Abandon. Le Changement. Le Chômage. Les Autres. L’Ennui. Les Araignées. Les Grands Espaces. Les Petits. La Foule. La Faim. L’Humiliation. L’Hypocrisie. La Nature. Le Noir. La Souffrance. Grossir. Maigrir. Vieillir. Manquer. Le Mensonge. Les Microbes. La Guerre. La Soif. La Solitude. Le Travail. La Vie. La Violence. L’Avion. Les Grands Animaux. Les petits. Les Oiseaux. La Police. La Pollution. Etre en Retard. En Avance. Entendre « sa » Voix. Etre Filmé. Les Patrons. La Famille. L’Un de ses Membres. La Fin du Monde. L’Eau. Le Feu. Les Chefs de Service. Les Chauffards. Les Jeunes des « Quartiers ». L’Orage. Le Vide. Les Ghettos. L’Uniforme. L’Alcool. Les Drogues. Le Réchauffement climatique. Les Miroirs.  La Pauvreté. La Manipulation génétique. La Mort. L’Echec. La Réussite. N’importe Quoi. Tout… « La seule chose que nous devons craindre est la peur elle-même », disait cependant Francklin D. Roosevelt.

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Issu du Livre du JEU du TAO – Comment DEVENIR le Héros de Sa Propre Légende créé par Daniel Boublil et Patrice Levallois

Le Livre du Jeu du Tao a été conçu sur une idée originale de Marc de Smedt et réalisé sous la direction de Patrice Van Eersel, Patrice Levallois et Sylvain Michelet

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