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Séduire, c’est manipuler

 

Ne pas créer de conflits, ne pas entraver l’épanouissement de l’enfant, ne pas prendre le risque du désamour. Autant de freins qui conduisent les parents à remplacer l’autorité par la séduction. Une stratégie dont le pédopsychiatre Daniel Marcelli dénonce les dangers dans son dernier livre, « Le règne de la séduction ».

Dans votre ouvrage, vous dites de la séduction que c’est un « pouvoir sans autorité » et une « méthode de soumission ». N’est-elle vraiment que cela ?

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Je ne diabolise pas la séduction, elle fait partie intrinsèque des rapports humains et elle procure des agréments considérables. Cela dit, l’utilisation de la séduction dans les rapports hiérarchisés, en famille ou au travail, est une stratégie de possession de l’autre. On le manipule de manière à supprimer sa part de liberté, tout en lui laissant l’illusion de sa liberté puisqu’il n’y a pas de rapport de force direct. Il existe deux moyens d’exercer l’autorité : soit par la contrainte (morale ou physique), soit par la séduction. Notre société démocratique et notre culture individualiste, réfutant toute contrainte par la force, ont privilégié la séduction qui est devenue l’instrument de gouvernance généralisé. Dans l’entreprise, l’école et la famille, elle est devenue LA méthode de soumission de l’autre.

 

Justement, vous affirmez que la séduction est devenue le rouage central de la dynamique familiale. Pourquoi et comment ? 

 

La fragilité du couple parental fait que les adultes sont aujourd’hui confrontés à ce que j’appelle une segmentation de leur histoire de vie. On vit plusieurs couples, plusieurs familles, on change de travail, de lieux de résidence… Or, les êtres humains trouvent leur force et leur équilibre dans une continuité narrative. Et la seule continuité narrative qui soit désormais garantie aux humains, ce sont leurs enfants. Ils sont ceux dont on ne divorce pas, et à ce titre ils assurent la continuité existentielle des adultes. D’où la revendication impérieuse d’avoir des enfants et le désir largement partagé de ne pas prendre avec eux le risque du désamour.

 

Autre élément important : le regard nouveau qui est porté sur l’enfant. Jusque dans les années 1960-70, il était défini par ce qu’il ne savait pas faire : marcher, manger, etc. La tâche des parents était de lui faire acquérir des compétences en reprenant le rôle de leurs propres parents, l’éducation était transmise « clés en main », il s’agissait d’en faire un enfant « bien élevé ». A la fin des années 1970, on a découvert les compétences du bébé, sa singularité. A partir de là, en moins de dix ans, l’objectif parental a changé : il s’agissait désormais de l’épanouir dans ses affects, son corps et son intelligence. 

Bien sûr, cela a eu des effets positifs car, en tant que pédopsychiatre, je constate que les enfants entre 8 mois et 5 ans sont beaucoup plus épanouis que ceux d’hier. Mais tout excès dans l’éducation produit ses propres toxines. Il y a quarante ans, l’éducation fonctionnait sur la base de l’interdit : on autorisait le minimum. Aujourd’hui, c’est le principe inverse : on permet un maximum et on interdit un minimum. Pourquoi ? Parce que l’interdiction fait prendre aux parents deux risques majeurs : celui du désamour de l’enfant et celui de l’entrave de son potentiel. En interdisant tel ou tel comportement, ne suis-je pas en train de museler sa créativité, de fragiliser sa confiance en soi ou sa capacité à s’affirmer ? D’où le recours à la séduction pour contourner tous ces risques.

Dans la famille, comment la relation de séduction se manifeste-t-elle ? 

Dans un premier temps, l’utilisation privilégiée d’un rapport de séduction avec le petit enfant est très épanouissante pour lui : il vit dans un monde qui est à son service ; il est stimulé de manière personnalisée ; on prend en compte son rythme, ses goûts, sa personnalité. C’est ce que j’appelle « la séduction éducative ». L’enfant, confronté à l’objectif d’épanouissement qu’ont pour lui ses parents, répond très vite aux diverses sollicitations et devient lui-même fantastiquement séducteur. Mais le jour où il rencontre des cadres, des limites, des interdits (dès l’entrée au cours préparatoire), il découvre des freins à sa toute-puissance et en est très malheureux. Ses parents ne voulant pas de conflits, ni le voir souffrir, cherchent alors à lui donner des règles en douceur.  

Pour cela, ils vont avoir recours à trois formes de séduction : la déclaration d’amour (« Je t’aime, c’est pour ton bien… »), la prosodie amoureuse (« Allez mon cœur, fais-le pour me faire plaisir ») et le chantage (« Si tu fais ça, tu auras ça… »). Cela donne des enfants dopés au plaisir et ne supportant pas la frustration. Après les pathologies de l’inhibition des années 1950-60, nous assistons depuis les années 1990 à ce que j’appelle les pathologies de l’exhibition ou de l’agir : agitation, passages à l’acte, etc. Le narcissisme de l’enfant et de l’adolescent est démultiplié. Seuls comptent la pulsion, le plaisir immédiat. La tolérance aux limites est quasi inexistante et cette posture est malheureusement encouragée par notre société individualiste et consumériste qui survalorise la séduction. 

Comment faire barrage à ce tout séduction sans pour autant revenir en arrière ? 

Je suis persuadé que mettre des mots sur ce qu’on subit sans le comprendre nous restitue une part de liberté. C’est ce que je m’efforce de faire en mettant en lumière le phénomène de séduction dans les relations avec les enfants. Un certain nombre de professionnels de l’enfance et de l’éducation en appellent à une restauration de l’autorité. « Il faut poser des cadres, mettre des limites » entend-on. Cela est évidemment nécessaire. Encore faut-il savoir ce qui fait l’essence de l’autorité. L’autorité n’est pas l’autoritarisme, son essence réside dans la capacité à s’abstenir de faire usage de la force et de la séduction. Elle est avant tout un acte de reconnaissance de la part de celui qui a à obéir. L’enfant qui reconnaît l’autorité, reconnaît que celui qui est en position de pouvoir (le parent, l’enseignant) – et qui pourrait le soumettre par la force ou la séduction – n’a pas utilisé ces moyens. Concrètement, le parent pose sa demande sur un ton neutre, calme, il fournit à l’enfant, si besoin, les explications nécessaires à la réalisation de sa demande et au pourquoi de celle-ci. Enfin, il respecte son temps de décision. Ensuite seulement vient l’annonce d’une possible sanction. 

On voit bien que, dans cette perspective, il s’agit de faire obéir et non de soumettre ou de manipuler. Cette posture respecte l’enfant et place l’adulte dans une position respectable. Elle laisse aussi à l’enfant la possibilité de désobéir plus tard, pour acquérir une part supplémentaire de liberté dans sa vie, sans passer par la violence ou la manipulation de l’autre. Ce que ne permettent ni l’usage de la force ni celui de la séduction.  

Par Daniel Marcelli, pédopsychiatre

Les Comtes et les Légendes

 

images (1)La question de l’origine et de la signification essentielle des mythes, des contes et des légendes a suscité une multitude d’écrits d’inégale valeur. On doit savoir gré aux savants et aux chercheurs qui ont glané, rassemblé, comparé et préservé de l’oubli une incroyable masse de documents, dont le recensement définitif n’est pas près d’être terminé.

Leur labeur formidable mérite une louange sans réserves. Mais les conclusions qu’ils tirent de l’examen des matériaux ainsi rassemblés ne sont que très sporadiquement justifiées par ceux-ci. 

Il est bon de le rappeler, de temps à autre, et de faire le départ entre la matière qu’ils mettent en oeuvre et l’esprit dans lequel ils se mettent à l’œuvre.

C’est là que réside toute la difficulté. Des chercheurs dont nul ne contestera la valeur intellectuelle et la sûreté d’information ne peuvent que s’orienter dans une certaine voie, à l’exclusion de toute autre. 

Toute la partie spirituelle et morale, tout ce qui fut l’élément vivant et élevé des récits intentionnels leur échappe. Leur formation est telle qu’il serait impossible qu’elle ne leur échappât point. 

Il est donc nécessaire d’opposer à leurs thèses (si intéressantes soient-elles du point de vue purement cérébral) les droits imprescriptibles de l’Esprit.

Leurs hypothèses - car ce ne sont que des hypothèses - font partie d’un vaste courant de suggestions dont le danger doit être signalé. Celui qui s’abandonne à ce courant sans en connaître la source et l’aboutissement… extra-scientifiques - faute des connaissances spéciales requises - y sombre bientôt, corps et âme. 

Nous avons essayé de montrer combien toutes ces belles théories, ces séduisantes hypothèses, ces raisonnements si logiques étaient fragiles, parce que dénués de bases objectives. Tout se ramène à une interprétation purement subjective, à laquelle l’objectivité des faits doit se plier tant bien que mal. 

Les savants ne retrouveront pas plus le génie primitif des religions au terme de leurs patientes analyses, que les dissecteurs ne rencontrent l’âme sous leur scalpel.

S’ils en concluent à l’inexistence de l’un et de l’autre, c’est leur affaire, mais il est permis de n’être point de leur avis - et nécessaire, plus que jamais, en cette époque de ténèbres spirituelles, de le proclamer haut et clair.

 

Textes appartenant au site ; livres-mystiques.com  de Roland Soyer

 

A chacun son enseignement

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Il s’en faut que tous les contes possèdent une valeur ésotérique, ni que leur ésotérisme, quand il existe, soit toujours d’ordre transcendant. Tant qu’une religion donnée, tant qu’un groupement à intentions initiatiques subsistent et contrôlent, conte populaire et mythe, issus d’une même source, coexistent pour cette raison qu’ils s’adressent en même temps à des milieux différents et que leur but n’est pas exactement le même. L’ésotérisme du conte, c’est souvent, si l’on peut dire, l’exotérisme du mythe ; ne le pénètre pas qui veut. Mais ceci est une autre histoire… 

Donc, arriver à retrouver le mythe derrière le conte est, en somme, l’effort le plus haut qu’on puisse demander à des individus dépourvus d’aptitudes spirituelles ou intellectuelles particulières, très différentes de celles qu’on exige du savant ou de l’érudit. 

On sait que l’initiation était autrefois proposée à tous, sans distinction de rang social ni de fortune (des esclaves pouvaient être initiés). « Proposée » est d’ailleurs excessif, il vaudrait mieux dire « accessible » et sous conditions! Il en était de même pour la participation aux Mystères, trop souvent confondue avec l’initiation véritable. 

C’est ainsi que, par toute la Grèce, on annonçait solennellement l’ouverture des Eleusinies, auxquelles participaient une foule de « néophytes » - qui n’en devenaient pas pour cela des « initiés ». Le « Voile du Temple » n’était pas si facilement soulevé ! Il importe seulement de retenir le rôle des allégories confiées au peuple, autant pour le délasser - car il en était friand - que pour le faire réfléchir. Elles visaient à éveiller, chez les mieux doués, le sens et le goût des vérités d’ordre supérieur, le désir de l’initiation effective. Une telle méthode avait ses bons et ses mauvais côtés, comme toute chose sublunaire. Son avantage évident était d’opérer un premier tri, au sein de la multitude, d’offrir à tous l’Enseignement, mais sans obliger qui que ce fût.

D’autre part, il y avait des degrés. Vouloir retrouver dans chaque légende, dans chaque conte, ou même dans chaque mythe des vérités transcendantes, c’est courir après de bien dangereux mirages et s’exposer à de cruelles désillusions.

L’école qu’on pourrait appeler « allégoriste » a fait faillite et desservi finalement une bonne cause, en la défendant à tort et à travers. 

Par exemple, le calendrier était, primitivement, une création sacerdotale. Des contes étaient formés sans autre intention ésotérique que de mettre, pour ainsi dire, ce calendrier en action. Un groupe important de ces récits, que nous pouvons qualifier d’épisodiques, ne sont, de toute évidence, que les images poétiques des renouvellements saisonniers et des révolutions sidérales . 

Quant au trop fameux « mythe solaire », il fut presque toujours constitué de façon à permettre au moins deux interprétations :l’interprétation spirituelle et l’interprétation purement physique. 

Episodiques ou non, les prototypes dont dérive la littérature dite populaire sont nés dans les sanctuaires ou ont été élaborés sous une influence sacerdotale.

Il est d’ailleurs des cas où tel conte, telle légende, largement remaniés (comme dans nombre de textes où des saints remplacent des personnifications « païennes »), sont plus proches de l’archétype, justement sous leur forme récente, que des versions populaires, antérieures - à ne considérer que les dates. En voici une raison. Lorsqu’une religion cède la place à une autre, elle ne manque jamais, dans la mesure du possible, d’intégrer son propre ésotérisme dans le bagage de celle qui lui succède. La chose se passe, en principe, le plus simplement du monde. Certains dépositaires de l’ancienne tradition adoptent la nouvelle forme religieuse et, agissant de l’intérieur de cette dernière, s’arrangent pour transposer, adapter et ajouter ce qui peut l’être. D’autre part - à tous risques - on livre à la tradition populaire un certain nombre de données qui, jusque-là, étaient réservées à l’élite.

Lorsque le Druidisme céda la place au Christianisme, il s’arrangea pour insérer l’essentiel de ses enseignements dans les éléments chrétiens en formation. Cela lui était d’autant plus aisé qu’entre le vrai Druidisme et le Christianisme, il n’y avait pas opposition de principes. Le druide n’avait qu’à se faire moine pour pouvoir agir utilement dans le sens voulu. De cet effort de synthèse christiano-druidique naquirent - entre beaucoup d’autres choses - les romans de la Table Ronde. Là encore, il convient de distinguer - et c’est difficile – entre ce qui est simplement littéraire et ce qui est initiatique.

Contes et mythes servaient à voiler des principes élevés correspondant à l’enseignement initiatique répandu partout. Chacun pouvait y trouver l’aliment qui convenait à sa nature et à ses aspirations : spirituel, intellectuel, moral, ou simplement « amusant », « trivial » même, si sa nature était grossière. Enseignement ésotérique, mythes et contes coexistaient, issus d’une même inspiration, mais adaptés à des auditoires bien différents.

Textes appartenant au site ; livres-mystiques.com  de Roland Soyer

La fille et l’arbre

 

            Ténéa n’avait jamais réussi à faire pousser un arbre.

mode-enfant-kenzo-kids-petite-fille-dans-l-arbre-2764586kihdk_2041Un jour qu’elle chassait dans la savane elle entendit un arbrisseau lui dire « S’il te plaît, occupe toi de moi ».

D’abord étonnée d’entendre un arbre parler, Ténéa lui répondit « J’ai déjà essayé de faire pousser des arbres, je n’y suis jamais arrivée. Vous êtes trop compliqués. Et puis vous demandez tellement de travail. La rivière est loin, me vois tu passer mes journées à te ramener de l’eau pour t’arroser ? »

Le petit arbre lui répondit « Il ne me faut qu’un bol d’eau par jour. Si tu m’arrosais davantage, mes racines seraient noyées et elles mourraient ! »

Ténéa s’étonna du fait qu’un seul bol d’eau par jour serait suffisant. L’arbre avait l’air sincère. Il ajouta « J’ai vraiment très soif. S’il te plais, pourrais tu m’en apporter un ? Est-ce que tu veux bien ? »

Ténéa partit à la rivière et revint avec un bol d’eau. Elle le versa au pied de l’arbre. L’eau entra dans la terre et disparut. L’arbre la remercia vivement. Elle lui dit qu’elle s’appelait Ténéa et lui demanda son nom. Il lui répondit « Je m’appelle Hosaa. »

Le lendemain Ténéa revint voir Hosaa. Elle avait apporté un bol d’eau et le lui versa. Elle remarqua que de nouvelles pousses lui étaient apparues. Le bol d’eau de la veille lui avait été profitable.

Elle resta un peu près de lui. Il parlèrent de la savane. Elle lui raconta ce qui passait de l’autre côté de la rivière et il lui expliqua pourquoi les animaux dorment la nuit.

Ténéa revint très souvent voir Hosaa. Elle lui versait un bol d’eau et s’asseyait un moment. Parfois ils parlaient, parfois ils ne disaient rien, immobiles l’un à côté de l’autre.

Hosaa se mit à pousser très vite. Il développa un beau feuillage vert. Cela attira des chenilles. Il demanda à Ténéa si elle voulait bien chasser ces insectes qui rongeaient ses feuilles. Ténéa en fut très heureuse. Elle avait déjà remarqué ces belles chenilles vertes mais n’avait pas voulu les lui prendre. Mais s’il disait qu’il ne les aimait pas… Ténéa les trouva toutes et les mangea avec délice. Sauf deux chenilles à poils rouges, qui sont empoisonnées. Ténéa se contenta de les jeter au loin.

Le temps passa. Hosaa devint un bel arbre. Ses branches étaient longues et son feuillage était fourni. Quand le soleil tapait fort, Ténéa aimait faire la sieste à l’ombre de ses feuilles. Elle appuyait sa tête contre son tronc et rêvait pendant de longs moments.

Quand Hosaa eut encore grandi, elle put monter dans ses branches pour y passer la nuit. Le jour, elle pouvait s’y cacher pour se mettre à l’affût : elle attendait qu’un lapin ou un gibier se présente. Dès qu’il était suffisamment proche, elle le tuait d’un coup de sagaie. Ensuite elle le dépeçait et le faisait cuire avec le bois des branches mortes de Hosaa.

Hosaa lui demanda de ne pas faire le feu trop près de lui. Par contre il aimait beaucoup qu’après son repas elle répande les cendres du feu autour de son tronc. Il disait que c’était de la nourriture pour lui, que ses racines prenaient la cendre et qu’il s’en servait pour faire de nouvelles branches.

Apporter de l’eau et chasser les chenilles n’était pas les seuls services que Ténéa lui rendait. Un jour elle dû travailler très dur pour casser un bloc de roche qui menaçait de blesser Hosaa. Si le bloc était resté là, en grossissant le tronc de Hosaa aurait fini par le rencontrer.

Quand Ténéa mourut, Hosaa était un très grand arbre. Des oiseaux de toutes les couleurs vivaient dans ses branches, des herbes et des fleurs de toutes sortes poussaient dans la fraîcheur de son ombre. Leurs adieux durèrent tout un jour. Appuyée contre le tronc de Hosaa, toute faible, Ténéa contemplait sa ramure. Ils parlèrent de tout ce qu’ils avaient vécu ensemble. Le soir, quand le soleil jeta ses derniers feux rouges et or, Ténéa ferma les yeux pour toujours.

SOURCE : http://www.4p8.com/eric.brasseur

A quoi servent les difficultés

?

Dans son livre « Les neuf leçons du guerrier maasaï », Xavier Péron revient sur une période difficile de sa vie, pendant laquelle il s’est senti très seul et perdu. Un matin, il se réveille d’un rêve dans lequel il revoit son frère d’âme maasaï, Kenny, pour retrouver les pages de son cahier noircies de notes qui n’y étaient pas avant son coucher. Des notes qui lui font comprendre pourquoi nous devons tous, au cours de notre vie, faire face à des difficultés…

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J’empoignai le mug d’une main, mon cahier de l’autre, et je m’enfonçai confortablement face au feu, dans le fauteuil en rotin. Je le rouvris à la bonne page, n’en revenant toujours pas que ce fût mon écriture. 
Ainsi donc, j’aurais descendu l’escalier en pleine nuit, pris place à mon bureau, dessiné ces cercles, écrit ces mots sans que ma mémoire en eût gardé la moindre trace ? 

Après tout, je n’en étais pas à une énigme près. La tête ailleurs, je bus une gorgée de mon thé favori et repris la lecture là où je l’avais laissée :… Tu n’es pas seul. Nul ne l’est. Le plaisir de l’être humain, c’est de partager. Je ne te blâme pas car je comprends très bien ce que tu as fait. Tu t’es dit « je vais vivre en ermite pour écrire tout ce que j’ai à dire, et après on verra ! ». Chez nous, tu le sais aussi bien que moi, nous dirions que c’est du suicide, que c’est antivie. Ne soit donc pas étonné si ta joie s’en est allée. Mais je te rassure, il n’y a rien de grave à cela, tu l’as juste mise entre parenthèses et tu vas la retrouver. 


Car tu es demeuré un Occidental, que tu le veuilles ou non. Toi aussi, on t’a appris à être penché d’un seul côté, celui du mental. Pour t’en sortir, tu dois maintenant faire l’expérience d’une seule chose à la fois. C’est à cette condition que ce que tu apprendras ne restera pas à l’état de principe et s’intégrera dans ton essence intime. Les principes on le sait se heurtent à la réalité, ou bien on les oublie. Comme pour une pelote emmêlée, tu dois défaire les nœuds les uns après les autres, patiemment et calmement. 


Je te félicite de l’avoir compris ma tendre vache et je te congratule pour ton admirable persévérance. Peu l’auraient fait car ça t’a demandé beaucoup de courage. Celui de t’être assis pour écrire après t’être levé pour vivre. 

Je me rendis compte que je pleurais, en imaginant le sourire plein de compassion de mon frère maasaï. Les flammes craquaient joyeusement, faisant danser des ombres chinoises. Je bus d’un trait le reste de mon mug et m’en resservis une seconde tasse. Le thé m’enveloppait d’un bien-être qui me donnait les idées claires. 
Décidément, Kenny voyait toujours aussi bien les choses. Ses paroles me touchaient au moment où j’étais hanté par un sentiment d’échec. 

… Tout autour de toi est une invitation à la dispersion. La société moderne l’exige pour semer l’indécision, la confusion, et mettre son emprise sur les hommes. Mais toi, Xabio, tu es resté, comme nous, impossible à façonner et encore moins à briser. Tu ne sais pas encore très bien t’y prendre mais ta nature s’est révoltée. 


Tu viens de prouver ta volonté en écrivant cette thèse pour faire connaître au monde le souffle qui nous habite. Combien d’hommes ont daté une nouvelle ère de leur vie à partir de la lecture d’un livre ! 


Tu as mobilisé toutes les forces qui étaient en toi autour de ce seul objectif. Te souviens-tu de ton rêve de jeunesse ? 
Je te guidais dans une ronde d’enfants qui se donnaient la main autour d’un rocher en forme de sphère. 
Ce rocher n’était autre que la Terre, qui gravite, contre vents et marées, autour d’un point central, le Soleil. 
Quant à la disposition en cercle des enfants à la périphérie de la sphère, elle était destinée à te faire comprendre cette leçon donnée par l’Intelligence cosmique, que l’on retrouve dans l’infiniment petit car la moindre de nos cellules se structure également autour d’un noyau central : pour qu’un organisme soit vivant, il faut qu’un point central lie, retienne, maintienne tous les éléments qui le composent. 


Tu le vois, mon Pakiteng, tu n’as fait qu’appliquer cette loi, si simple pourtant, de la nature qui consiste à rechercher le point central qui est en toi et en chacun de nous. Surtout, tu es allé jusqu’au bout malgré les difficultés. Tu as atteint ta cible.

Je contemplai les flammes qui crépitaient en lançant des gerbes d’étincelles. Il faisait encore nuit et, n’ayant allumé que la lampe du bureau, le feu posait des reflets orangés sur toute la pièce. Cette lumière irréelle et la chaleur du foyer m’engourdissaient. J’étais apaisé, physiquement et psychiquement. 
« C’est inouï tout de même ! murmurai-je, c’est par un rêve que je suis en train de rentrer dans le monde réel. »

Le plaisir de boire, en plus du thé, les paroles de Kenny, me rendait ma vitalité. Je posai, impatient, mes yeux mouillés sur une nouvelle page de mon cahier à spirales : 
… Je sais, mon Xabio, tu vas me dire que ça a été dur, que tu t’es senti bien seul et que sais-je encore ! Mais sache que la difficulté existe pour te rendre conscient de l’authentique sens de la vie humaine. Elle est là pour t’aiguillonner vers l’éveil, et tes frustrations t’auront permis de vouloir te surpasser.


Chez nous, on l’appelle Osina Kishon. Elle est notre expression de vie la plus sacrée. Elle est un don du Ciel.
Nous remercions sans cesse lorsque nous y sommes confrontés car nous savons qu’elle est placée sur notre chemin pour nous élever toujours plus haut ; qu’Enk’Aï nous fait un grand honneur et qu’Elle nous donnera les moyens de la surmonter.

 

La difficulté trempe notre âme. 
C’est aussi parce que tu as été en difficulté que tu as pu sonder la puissance de ta foi, c’est-à-dire l’authenticité de ton engagement pour accomplir ton objectif. 


Souviens-toi, une fois réveillé, de ce que je t’aurai dit en cette nuit magique, souviens-toi de qui tu es. Chaque matin, chaque soir, allonge-toi et répète neuf fois en maa (la langue des Maasaï) à haute voix cette grande formule pour que tu continues de vivre tes rêves : « ashe naleng Enk’Aï (« merci beaucoup ma Déesse ! ») de m’aider à me débarrasser de mon petit moi pour que je devienne ton égal. » Pour l’homme ordinaire, ça paraît être un délire d’orgueil. 
Mais c’est exactement l’inverse ; ce sont ses illusions qui sont de l’orgueil car elles l’empêchent de vivre sa véritable nature. 

Ses paroles me rassurèrent et je restai là, le visage tourné vers la lueur rougeoyante des braises, à méditer sur le sens de ces mots. Longtemps après, je me levai doucement pour remettre une bûche dans le feu, puis sortis de la maison. Je regardai le ciel bleu. En dépit du froid persistant, le beau temps était revenu. La pluie ne tombait plus.

Les neuf leçons du guerrier maasaï, Xavier Péron
Editions Jouvence (Avril 2013 ; 317 pages) 

 source Inrees

 

QUE DEVIENNENT LES SURDOUES

 

Leur Q.I. hors normes nous fait rêver. Pourtant, un cerveau qui tourne en permanence à grande vitesse n’est pas toujours un cadeau.

On les appelle « surdoués », « Haut QI », « Haut potentiel intellectuel ». Ils forment à peu près 2 % de la population. L’intelligence étant insaisissable au microscope, seul le QI global, imparfait et critiqué, permet d’étalonner ces aptitudes cognitives hors normes .

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Cependant, les rares études effectuées par IRM sur ces cerveaux surefficients les montrent en activité permanente, clignotant comme un sapin de Noël : une information simple provoque d’innombrables connexions neuronales, traduisant le fonctionnement caractéristique d’une pensée « en arborescence » à grande vitesse. Alors que chez 98 % de la population, seule une zone spécifique du cerveau, celle du langage par exemple, « s’allume » pour traiter cette information.   

On les pense comblés. Eux n’ont de cesse de gommer ou d’apprivoiser leur étrange différence. « L’angoisse m’a terrassé au collège et au lycée, je ne pouvais plus aller en classe pendant les crises. J’ai cherché une explication, une solution miracle, mais c’est la maturité qui m’a conduit vers le bien-être. J’ai dompté l’angoisse en ne laissant aucun vide par où elle pourrait entrer : des études de droit et de sciences politiques à Lyon, l’association Agora que j’ai fondée pour animer des débats d’actualité, le site internet Candidatarien.com, la page de rencontres entre étudiants Spotted Lyon 3… Je suis tout le temps sur la brèche », raconte Sébastien, 19 ans, détecté surdoué à 8 ans. 

La révélation, puis le redémarrage

Que deviennent les surdoués à l’âge adulte ? La question obsède la petite escouade de psychologues cliniciens qui, voilà vingt-cinq ans, ont aidé à sortir du placard des cohortes de gamins précoces. Des chiffres – invérifiables – circulent : un tiers serait englouti dans l’ennui et les tourments identitaires, un tiers irait aussi bien que vous et moi, le dernier tiers s’estimant parfaitement heureux. 

Faute de trouver des réponses dans les éprouvettes, les cliniciens, confrontés aux difficultés existentielles de personnalités aussi décalées, cherchent plutôt les clés du bonheur dans les parcours de vie : pourquoi les adultes surdoués qui vont bien… vont bien ?

A première vue, ils occupent tous types de postes, tous types de métiers. Ils sont éleveurs de chats persans, juristes, informaticiens, chefs d’entreprise, artisans, comédiens… Quelques terres d’élection semblent tout de même attirer ces caractères entiers qui rêvent d’embellir le monde : le droit, les sciences politiques, les milieux créatifs. « Il y en a aussi beaucoup chez les ecclésiastiques, j’ai des prêtres et des bonnes sœurs en consultation. L’une est arrivée en vrac, bouleversée de se sentir incomprise des autres nonnes », rapporte la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, thérapeute opiniâtre. S’exaspérant de voir « la majorité des psychiatres dans le déni », cette dernière a lancé dans le privé ce que l’hôpital public n’encourageait pas : des consultations spécialisées pour ces drôles de « zèbres », comme elle les appelle. Et une association qui leur est dédiée *. 

Ses livres tendent aux surdoués qui s’ignorent un miroir bouleversant : la révélation de leur « douance » explique enfin leur bizarrerie et restaure leur foi en eux-mêmes. C’est souvent l’occasion d’un redémarrage. Là cèdent les blindagesinconscients, posés depuis l’enfance, contre l’effraction des émotions ou d’un mental envahissant. « J’avais verrouillé mes émotions à triple tour, enfoui ma personnalité sous une carapace hyperlogique, j’étais devenu le vrai geek autarcique », confie David, 31 ans. Cet informaticien s’est découvert « HQI » il y a seulement un an et a suivi un cursus en développement personnel : « Je me regarde tel que je suis : un hyperempathique ! J’ai entrepris une licence de psychologie pour remettre de l’humain par-dessus la technique. Je retrouve une vie sociale, amoureuse. »

De manière frappante, les surdoués qui jugent leur vie satisfaisante se définissent avant tout comme des « hypersensibles », cette nature indissociable de leur efficacité mentale. « Ceux qui trouvent leur place s’appuient sur cette vague d’émotions pour en tirer une énergie créatrice, une puissance d’engagement », décrypte Jeanne Siaud-Facchin. Chez la majorité des gens, le système de pensée est analytique : le cerveau gauche permet d’ordonner des informations selon un fil logique qui inhibe, au fur et à mesure, le flot des pensées annexes. Chez les surdoués, le cerveau droit domine : c’est un système de pensée intuitif, « analogique », qui fonctionne par cascades d’associations d’idées. « Les surdoués n’ont pas été livrés avec l’option “inhibition des pensées divergentes”, ils rêvent souvent d’avoir le bouton “pause” pour arrêter la machine », sourit Jeanne Siaud-Facchin. Les surdoués heureux ont bel et bien appris à piloter leurs émotions comme le véritable turbo de leur pensée. 

Pour guider ces éternels agités du bocal, la thérapeute propose la méditation de pleine conscience. « C’est l’outil le plus puissant que j’aie trouvé. La méditation permet de canaliser le foisonnement mental pour se connecter aux sensations, au corps, pour être uniquement dans le plaisir du moment présent. Le problème des surdoués, c’est qu’ils sont rarement dans cet alignement du mental, du corps et de l’instant. Ils ont le sentiment de n’être jamais dans le bon tempo. »

 

Source. Psycho.com

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