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La beauté est une manifestation privilégiée de Dieu

Jacqueline Kelen Interview

 

On connaît sa plume -elle a publié une trentaine d’ouvrages -, on ne connaît pas la femme. Le dernier livre de Jacqueline Kelen, »Divine Blessure« , donne le prétexte pour passer de l’autre côté du rideau. Quelle femme se cache derrière cette “guerrière de l’absolu” ?

Nouvelles Clés : Quelle petite fille étiez-vous ?

Jacqueline Kelen : Je me retourne rarement sur le passé. Je n’ai, en particulier, aucune nostalgie ni de mon enfance ni de mon adolescence. Pour moi, l’existence commence à être intéressante à partir de trente ans. Avant, tout n’est qu’imitation et balbutiement. Je n’ai pas non plus l’esprit de famille, les liens du sang m’importent peu. Dès l’enfance, je me sentais une ascendance non terrestre, beaucoup plus précieuse. Mes parents me confortaient en disant : “cette petite ne nous ressemble pas, ce n’est pas nous qui l’avons faite” ! (Rires). J’étais une enfant solitaire et heureuse de l’être. Je lisais énormément. J’annotais et commentais mes Babar ! Il me semblait que j’avais déjà mille ans, que je venais de bien plus loin que du jour de ma naissance. Cette sensation m’étonnait. Je suis également née avec la grâce de la foi, cette confiance totale dans la bonté de Dieu. Par chance, la religion ne me l’a pas fait perdre et, malgré de nombreuses épreuves, je n’ai jamais douté de cet amour total venant de la divinité. J’avais une passion pour l’étude. C’est, du reste, le génie de la tradition hébraïque : les juifs interrogent inlassablement les textes, les commentant, car il en va de la liberté humaine. Il me semble que les catholiques devraient étudier et se cultiver davantage, au lieu de répéter des formules et de se contenter des réponses du catéchisme.

N. C. : Quelles relations aviez-vous avec vos semblables ?

J. K. : Grâce aux livres, j’ai très vite rencontré des personnages immenses comme Ulysse et Don Quichotte, des auteurs d’envergure tels Platon, Chrétien de Troyes, Dante ou Giordano Bruno. Je me suis dit : “Ma famille, ce sont les artistes et les philosophes, les grandes amoureuses, les personnages héroïques.” Ce sont eux mes contemporains. Mais cela a créé une coupure irréversible : je me sens souvent éloignée des gens de notre époque. Adolescente, en regardant les humains marcher dans la rue, je me faisais cette réflexion étrange : “Il y a peu d’êtres vivants”… Pour ma part, je vivais avec le Christ, mais aussi avec les chats, les fleurs, les rêves, les poètes. Je me suis très tôt sentie oiseau de passage, exilée en ce monde.

N. C. : Comment et quand est née votre attirance pour les mythes ?

J. K. : J’ai suivi une formation de lettres classiques qui m’a permis de rencontrer très tôt les mythes fondateurs de l’Occident. Mais le chemin s’est fait progressivement et l’étude des mythes s’est accompagnée de la lecture incessante et passionnée des mystiques – égyptiens, tibétains, chrétiens, soufis ou juifs,… Tous me nourrissaient et m’éblouissaient. Tous parlaient d’une même saveur de Dieu et convergeaient au sommet. J’étais attirée par cette pointe de la pyramide. Le langage des sages et des mystiques est universel dans sa diversité, contrairement au langage unique de la mondialisation qui réduit et appauvrit. À leur façon, les mythes sont inépuisables, éternellement jeunes, parce qu’ils sont reliés à la Source. Il en va ainsi de toute parole prophétique.

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible… En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique… Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours…

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine… Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes… Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

N. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème…

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !… Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”… Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour, follement fidèle. Comme elle, j’ai le sens de l’amour total, donné une fois pour toutes. Si l’amour vient du cœur, s’il est mieux qu’un sentiment, un engouement et un désir physique, il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité.

Mais prendre le risque de l’amour, ce “beau risque”, comme le disait Socrate à propos du mythe, agrée aux cœurs libres.

Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame – une femme “sage et belle”, autant dire éveillée – qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête.

La Dame est la manifestation d’un amour infini, céleste, elle en est aussi la médiatrice.

Toute femme devrait être consciente de ce rôle souverain. De nos jours, on a tendance à oublier que l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits.

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Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière. En s’affairant uniquement dans le sexuel, notre époque a tout inversé et tout saccagé ! Selon le Fin’ Amor, né en pays d’Oc, les amants courtois vivent le « long désir », une approche infinie où jouent les affinités du cœur et des rêves : ils ont tout le temps puisque l’amour est éternel ! Dans cet art d’aimer – qui n’est pas révolu – il y a toujours trois présences : l’homme, la femme et le mystère de l’amour. Il y va de notre honneur de nous rendre digne de ce mystère, de nous affiner, de nous élever jusqu’à lui. Pour ma part, je vais au combat sans relâche pour sauver la beauté et le mystère de l’amour. C’est ma tâche de “guerrière spirituelle” qui consiste à répondre de l’Amour en un monde qui le profane et le crucifie…

N. C. : Vous dénoncez la façon dont le monde abîme l’amour, mais vous allez plus loin : dans votre dernier ouvrage, Divine Blessure, vous faites un éloge de la blessure qui rend vivant.

Le ton de votre livre est totalement à contre-courant de vos contemporains qui essaient, par tous les moyens, de se soustraire à la souffrance…

J. K. : Beaucoup d’auteurs ou de conférenciers parlent de réconcilier le masculin et le féminin. Les mythes me proposent autre chose, d’ordre vertical : l’union entre ma nature mortelle, humaine ; et ma nature immortelle, divine. Cette tâche qui nous est impartie ouvre une blessure en nous, nous rappelant une blessure ancienne, ontologique. Or, précisément, profondément, cette blessure est ce par quoi le fini peut s’ouvrir à l’infini. Aussi, je trouve beau de se sentir blessé, c’est-à-dire imparfait, en marche, empli de soif. Aujourd’hui, par crainte d’être accusés de dolorisme, nous refusons tout sens à la souffrance et toute valeur à l’épreuve. Nous voulons être indemnes, protégés de tout. Nous oublions que nous sommes mortels, limités. Vivre est un risque permanent et passionnant, une aventure pleine d’imprévus. Tous les héros des mythes naviguent sur des mers déchaînées, traversent des forêts peuplées de brigands et de monstres, découvrent des territoires inconnus, hostiles… La vie nous demande confiance, ardeur et humilité. Il n’y a pas de chemin de maturité sans épreuves. Celles-ci sont autant de portes, autant de rencontres qui nous forgent et nous enseignent. Pour moi, une “belle vie” ne consiste pas en une succession de bonheurs, de plaisirs ou de gratifications. C’est une vie remplie de toutes sortes d’expériences, de souffrances comme d’espérances, c’est une vie intense, entière. Avoir une “bonne vie”, c’est tout embrasser, ne rien rejeter, c’est avoir envie de tout bénir, de tout serrer sur son cœur…

N. C. : Votre vision de la vie est à la fois passionnée et apaisée. Êtes-vous détachée de toute peur ?

J. K. : Je m’interroge peu sur la peur, probablement parce que, depuis l’enfance et grâce à une vie solitaire, j’ai développé mes qualités de courage et de vaillance. Cela permet de faire face aux épreuves et je n’en ai pas été dépourvue ! Je n’ai en particulier pas peur de la mort. Je l’ai frôlée de très près à trente-cinq ans. Cette expérience m’a allégée, délivrée. Devenir vivant me paraît bien plus important ! La planète se dégrade, le bateau coule. S’il est nécessaire que certains hurlent pour attirer l’attention sur le drame qui s’annonce, il est pour moi plus important de s’interroger sur “que sauver ?”.

N. C. : Quels désirs vous animent, vous tiennent debout ?

J. K. : Je suis un être de désir, portée par le désir lui-même ! Nicolas Flamel parlait du “désir désiré”, qui est entièrement gratuit, sans objet, pure flamme. Notre époque est contradictoire : elle est partagée entre la satisfaction immédiate des désirs que nous propose la société de consommation et la méfiance à leur égard, dans le sillage d’un bouddhisme à l’occidentale. Aucune de ces deux attitudes ne me convient. Je me sens une femme qui brûle et qui est brûlée – par l’amour, par l’étude, par la beauté et la douleur, par les rencontres aussi… Il est important de ne pas passer à côté des grandes rencontres, de ne pas s’y dérober, qu’elles s’avèrent heureuses ou pas. Elles sont peu nombreuses sur le chemin. C’est la raison pour laquelle, en amitié, je fais souvent le premier pas. La rencontre exige attention et disponibilité, elle est une élection. La petite fille que j’étais adorait les surprises et aujourd’hui encore, j’aime l’inattendu, tout ce qui peut surgir et surprendre.

N. C. : Henri Gougaud, qui fréquente les contes depuis des dizaines d’années, avoue avoir des “contes amis” auxquels il reste toujours fidèle. Avez-vous des “mythes amis” ?

J. K. : Certains personnages, comme la reine de Saba ou Shéhérazade, me sont chers, mais il est un mythe celtique du Moyen Âge qui contient tout pour moi, c’est celui de Mélusine.

Il y est question de l’amour et de son lien au mystère, au secret, à la dignité, à la solitude. C’est l’un des rares mythes qui évoquent l’histoire conjugale. En effet, le mythe s’intéresse à la quête de soi, non aux formes sociales et temporelles.

Ainsi, une fois le héros réalisé, libre à lui d’être ermite, marié ou en communauté. De même, les notions de maternité et de paternité sont rarement évoquées. La femme-fée Mélusine illumine l’existence de son époux, Raymond de Lusignan. Elle lui a promis de le rendre heureux et prospère, riche et respecté de tous, mais le mariage repose sur un pacte : elle demande une journée pour elle seule, le samedi. Cette condition est judicieuse : l’amour n’est ni la confusion ni la promiscuité, et la vie conjugale doit respecter, et même révérer, le secret et la solitude de chacun des époux. Notre époque se déroule sous le signe de la collectivité, mais l’aventure de conscience, de la quête spirituelle, ne peut se vivre que sous le signe de la singularité.

Un jour, assailli par le doute, le seigneur Raymond de Lusignan rompt l’interdit du samedi et cherche à surprendre le secret de Mélusine. Un peu plus tard, il tiendra des propos insultants à son égard. Mélusine, qui veillait sur cette distance d’étrangeté, d’émerveillement entre eux, va déployer ses ailes et quitter Raymond pour toujours. Leurs adieux, inépuisables, me font toujours monter les larmes aux yeux. Ils ne se combattent pas l’un l’autre ni ne se déprécient, comme on a tendance à le faire lors d’une séparation, mais, au contraire, ils se chantent et se remercient pour tout ce qu’ils se sont apportés l’un à l’autre. Les êtres nobles se séparent sans renier l’amour, ils se quittent mais l’amour ne les quitte pas…

Je me demande : si certains personnages des mythes se haussent à ce niveau de relation, pourquoi nous, au XXIe siècle, n’en sommes-nous pas capables ? La réponse est terrible : nous n’en avons pas envie ! La perfection, le perfectionnement nous effraient. Au début du XVIIe siècle, John Done, le grand poète métaphysicien anglais, s’interrogeait : “Pourquoi ne meurt-on plus d’amour ?”
C’est la question que je me pose.

Nous sommes mendiants de l’amour et en même temps, nous sommes si avares de signes de tendresse, de gestes affectueux. L’amour ne paraît plus essentiel aux mortels. C’est peut-être pour cela qu’ils restent mortels !

Se relier à l’ensemble des possibles

À l’heure où les deux romans de « fiction spirituelle » les plus populaires s’inspirent largement de la synchronicité (le « langage du monde » de l’Alchimiste et les « coïncidences » de la Prophétie des Andes), des chercheurs et des expérimentateurs de plus en plus nombreux travaillent sur elle et surtout avec elle. Parmi eux, le conteur et thérapeute Jean-Pascal Debailleul.

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Dans un ouvrage remarqué, Vivre dans la magie des contes (éd. Albin Michel), ce dernier avait constaté – après d’autres, dont Marie-Louise von Franz – que les contes de fées sont de puissants récits initiatiques et des manuels de sagesse résolument pratiques, mis à la disposition des hommes souhaitant se lancer dans une quête spirituelle. Dans sa pratique du conte comme outil de développement personnel, il s’était à son tour rendu compte que la structure qui fonde la plupart de cesrécits est calquée sur celle de notre psyché. On y voit un roi (le maître intérieur) confier au héros (notre attention consciente) une mission à première vue impossible à accomplir (notre vocation). Mais pour autant que le héros s’engage dans sa quête de toute son âme (l’engagement et le lâcher prise), il bénéficie d’une série d’événements magiques – des coïncidences, nous y voilà ! – le conduisant à réaliser son souhait. Depuis des années, Jean-Pascal Debailleul s’était attaché à vérifier, dans ses ateliers, la pertinence de ce schéma avec des « patients-collaborateurs » qu’il engageait à devenir « héros de leur propre conte », c’est-à-dire de leur vie. La part des fées, ces interventions « magiques » qui volent au secours du héros, il l’avait nommée « fécondité ».

 

Mais pour que celle-ci entre en jeu, il avait remarqué qu’à l’instar du conte, il fallait que l’engagement des intéressés soit irréversible.« À l’absolu de la quête, expliquait-il, répond l’absolu des possibles. La part d’infini contenue dans notre engagement nous met en contact avec l’infini lui-même, un niveau supérieur d’existence que l’on peut appeler le “tout possible”, où ce que nous nommons habituellement “hasards ”, “coïncidences” ou “synchronicité” prennent source et trouvent sens. » Avec les plus avancés de ses co-expérimentateurs, Jean-Pascal Debailleul s’est donc mis en tête d’observer la fécondité à l’œuvre dans l’expérience de vie des uns et des autres, en sollicitant l’apparition de synchronicités qui pourraient les faire avancer plus vite dans leurs quêtes respectives. « On ne s’accomplit jamais seul, dit-il ; pour prendre un exemple simple, si mon désir est de vendre ma maison, il faut qu’il existe quelque part quelqu’un qui souhaite l’acheter et que la jonction s’opère. »

Au début de ses ateliers, pour illustrer cette imbrication du fil de notre vie dans un canevas plus large, Jean-Pascal Debailleul utilise souvent cette énigme : comment relier entre eux neufs points disposés en carré à l’aide de quatre droites, sans lever le crayon ? Généralement, les gens cherchent longtemps avant de répondre : « impossible » ou « je ne vois pas. » En fait, le seul moyen d’y parvenir est de prolonger la première droite formée par la réunion des trois points d’un côté jusqu’à un dixième point invisible, situé en dehors du carré lui-même. De là, il devient soudain aisé de relier entre eux les points restants en trois coups de crayon.
« De même, enfermés dans le cadre de notre problème, nous ne pouvons lui trouver de solution. En élargissant au contraire le champ de notre attention au contexte le plus large, donc au tout possible, ce n’est finalement pas un point invisible, mais huit, qui s’offrent à sa résolution, transformant au bout du compte le carré en étoile à huit branches, c’est-à-dire l’inscrivant dans une trame bien plus vaste – puisque chacun de ces points est lui-même relié à un autre carré, un autre problème… »

Chasseurs de synchronicité
Manifester ces points invisibles, contacter le plan de synchronicité où tout s’imbrique et l’activer, c’est ce que s’emploient justement à faire les habitués de la « Voie des contes » durant leurs séances de « questionnement en synchronicité ». Chaque semaine, une dizaine de personnes se retrouvent ainsi, chacune porteuse d’une question vitale – on n’attire pas la synchronicité avec des futilités -, qu’elle énonce devant les autres afin, tout à la fois, de s’engager et de se mettre en position de lâcher-prise.

Pour favoriser l’arrivée de réponses « en aléatoire », chaque membre du groupe tire au sort un autre participant, qui devient son « oreille ». Explication : « S’en remettre à l’autre ou au groupe, étrangers à notre questionnement, c’est s’en remettre au tout possible, et constitue la meilleure façon de recevoir en retour inspirations et informations de tous ordres. » S’ensuivent des séances de créativité et de rêves éveillés en tandem, au cours desquelles chacun note avec vigilance toutes les inspirations qui lui viennent (impressions, images, flash-back, etc.), pour ensuite les partager en petits groupes. Au terme de ces exercices, chacun formule un engagement pour les jours à venir : « La journée ne s’écoulera pas sans que la fécondité ne m’apporte d’une façon ou d’une autre un élément nourrissant mon inspiration. » Adaptée au questionnement de chacun, cette « formule de fréquence globale » devra être « réactivée » chaque matin.
Pourquoi cette réactivation ? « Les éléments reçus au cours de la première journée de travail ne peuvent suffire, explique Jean-Pascal Debailleul. Sans cette formule “magique”, la force d’inertie reprend peu à peu le dessus et l’on a tendance à redescendre au niveau de sa question initiale, ou si vous voulez dans le cadre problématique du carré à neuf points. En maintenant au contraire l’engagement, à la manière du héros du conte, je maintiens le contact qui a été établi avec le plan du tout possible. » Événements fortuits, coïncidences et synchronicités en tous genres vont dès lors faire leur apparition dans la vie quotidienne tout au long de la semaine en réponse à cet engagement.

Phénomène « objectif » ou simple changement de regard ? Le résultat est le même : « En vivant la formule au jour le jour, je tire sur la bobinette et la fécondité fait choir en retour toutes sortes d’informations. Celles-ci peuvent d’abord sembler sans rapport avec mon questionnement initial. Chacune désigne pourtant à mon attention l’un des points de solution invisibles. »

À la réunion suivante, chacun dévoile aux autres ses trouvailles de la semaine et les conclusions qu’il a pu en tirer. Que signifient ces événements, ces rencontres, ces hasards, non seulement par rapport au questionnement de départ mais du point de vue même de la fécondité ? Qu’attend-elle de moi ? Tout le travail consiste à faire émerger clairement la qualité et la position de chacun dans la trame générale.

« Lorsque vous parvenez à vivre votre question vitale du point de vue de la fécondité, répète Jean- Pascal Debailleul, il s’opère une accélération du processus. « L’ensemble des possibles auquel nous sommes reliés se manifeste à nous en une synergie de coïncidences sans commune mesure avec notre créativité habituelle, les possibles s’accomplissent les uns par les autres, de plus en plus vite, jusqu’à atteindre une masse critique en deçà de laquelle on ne reviendra plus : le changement attenant à la question s’est réalisé, notre inspiration est incarnée, le champ de résonance contacté est manifesté et fixé. De plus, il nous a été donné d’être le spectateur attentif de l’activité créatrice de la vie en mouvement. »

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« La synchronicité recouvre toujours un double mouvement, conclut Jean-Pascal Debailleul : celui de notre questionnement vers le tout possible et celui de la fécondité qui ne demande qu’à s’incarner à travers nous.
Dès que je choisis la fécondité, la fécondité me choisit en retour. Quelqu’un qui questionne de façon authentique est de l’or pour la fécondité, car il devient alors le “héraut” d’un plan de vie potentiel qui ne demande qu’à être activé. À l’heure où l’on parle de village global et où le mot d’ordre des entreprises est “synergie”, la synchronicité est plus que jamais d’actualité. »

Pour en savoir plus :

Ateliers de synchronicité de la Voie des contes

Site web : [->www.lavoiedescontes.com]

 

 

 

LE TEMPLE DE LA MERE DRAGON

 

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PARTIE I

On raconte qu’un jour l’Empereur Céleste de Jade, las de diriger les affaires d’Etat, se mit à passer son temps à se distraire dans les cours de ses favorites et concubines, causant ainsi au monde beaucoup de misères.Les digues de la Voie lactée, rompues restaient à l’abandon, pas de pluie au sud du Yangzi, les terres souffraient de la sécheresse, mais aucun esprit du Ciel ne s’occupait de rien.Les plantes partout étaient fanées, les champs dévastés et l’eau des rivières et des gouffres épuisée, partout on ne voyait que cadavres de gens morts de faim.Heureusement, un Dragon Noir, plein de sympathie pour les humains, se proposa de restaurer les digues de la Voie lactée durant la journée et déchaîna des pluies bienfaisantes pendant la nuit. Immédiatement, la terre reprit vie, les paysans se remirent à cultiver les champs et dans tout le pays la joie régna.Mais l’Empereur Céleste de Jade, tyrannique, considéra que le Dragon Noir s’était conduit en « traître » et le fit couper en morceau. Le corps et la têtes sanglants du pauvre Dragon tombèrent sur le sommet du mont Baishui de la chaîne de montagne Kuocang.Quand ils touchèrent terre, un bruit de tonnerre gronda suivi d’un éclair rouge, et jaillirent de la blessure sanglante du corps du Dragon trois oeufs multicolores, qui roulèrent dans notre monde d’ici-bas. Ils traversèrent des forêts, passèrent des prés, pour finalement arriver devant une perdrix femelle. Ils supplièrent l’oiseau de les couver. Mais ce dernier qui ne voulait même pas couver ses propres oeufs, leur opposa un refus catégorique et s’envola en battant des ailes.Les oeufs multicolores continèrent leur chemin. On ne sait pas au bout de combien de jours, ni après avoir parcouru combien de chemin, et avoir été combien de fois refusés, ils tombèrent enfin dans un petit ruisseau au pied du mont Baishui. Ce ruisseau clair et limpide se trouvait au fond d’une forêt et d’une vallée profonde.Emportés par le courant, les trois oeufs de Dragon flottèrent jusqu’à un saule, sous l’ombrage duquel une jeune vache était à se désaltérer. Ravis, les oeufs se pressèrent devant la bouche de l’animal dans l’intention de profiter de son ventre pour se faire couver. Mais la vache but sans jamais desserrer ses mâchoires. Et quand elle eut étanché sa soif, elle s’en alla en agitant la queue.

 

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PARTIE II

Malgré tous ces échecs, les trois oeufs multicolores n’avaient pas perdu espoir, et continuèrent à rouler. Ils flottèrent de l’été à l’automne, de l’hiver au printemps. Un jour, ils furent emportés dans une rivière au bord de laquelle une jeune fille était en train de laver du linge.Ce fut une joie inattendue pour eux. Ils se mirent à tourner en tous sens devant l’adolescente. Celle-ci qui n’avait jamais vu de si jolis oeufs, les retira de l’eau pour les admirer de plus près. Ce faisant, elle les posa prudemment sur un rocher afin de les emporter plus tard chez elle. Mais chose bizarre, les oeufs ne restèrent pas posés sur le rocher.Une fois qu’elle les eut déposés sur la pierre, ils se mirent à tourner puis roulèrent de nouveau vers l’eau courante. Elle les mis donc dans un panier de bambou, mais les mailles de celui-ci étaient trop grandes pour retenir ces oeufs tout petits.Elle les plaça dans sa poche, mais les en retira tout de suite de peur de les casser. En désespoir de cause, elle décida enfin de les placer dans sa bouche; les oeufs roulèrent alors tout droit dans son ventre. Elle sentit tout de suite la tête lui tourner, et une nausée la saisir. En même temps, elle entrevit un Dragon Noir sans tête qui s’avançait vers elle en lui racontant son histoire et la suppliait de couver ses trois fils-Dragons qui seraient capables de mettre fin à la sécheresse du monde et de sauver le peuple de la misère…Le Dragon disparu, la jeune fille eut l’impression d’avoir vécu un cauchemar. Revenue à elle, elle ne savait plus si elle avait rêvé ou si tout cela était bien arrivé. Quelque chose d’étrange commença à bouger dans son ventre comme un serpent, un feu lui brûla les entrailles.Ensuite, sa morphologie changea et son ventre se fit de plus en plus gros. Au lieu de manger, elle n’avait envie que de boire de l’eau. Au début, elle n’en but que pots après pots, mais peu à peu elle dut en boire des jarres et des jarres pour étancher sa soif.Finalement, cela même ne suffisait plus. Quelquefois, ne se tenant plus de soif, elle se rendait au bord du ruisseau durant la nuit et buvait presque la moitié du ruisseau à l’insu des autres.Le bruit que la jeune fille non mariée était enceinte se répandit très vite dans son village. Le père, incapable de pardonner cela à sa fille, la battit pour la forcer à révéler le nom du coupable de cette affaire; la mère toute honteuse ne faisait que pleurer jour et nuit.

La jeune fille eut beau expliquer ce qui s’était passé, personne ne la crut.

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PARTIE III

Son ventre se gonflait, et le moment d’accoucher allait, semblait-il, bientôt arriver. Le père enferma sa fille dans un grenier, et attendit l’arrivée du nouveau-né pour le noyer dans l’eau bouillante. Mais tois ans et demi passèrent et elle n’avait toujours pas accouché. C’était vraiment une chose bizarre. les parents étaient très inquiets. Par malheur, cette année-là l’Empereur Céleste de Jade interdit aux esprits de faire tomber la pluie dans cette région. Les champs étaient dévastés, et les paysans vivaient dans une angoisse constante.Le bruit courait que la jeune fille était un démon qui avait offensé le Ciel, et que c’était pour cela qu’une telle punition frappait les villageois. Alors, les hobereaux, les sorciers et les sorcières allèrent à plusieurs reprises chez cette famille et ordonnèrent au père de mettre un terme à la vie de sa fille, faute de quoi on allait brûler leur maison et les chasser du village.Le père affolé, ne sachant plus quoi faire, finit par décider de livrer sa fille au chef du clan familial. Elle allait donc mourir d’un moment à l’autre. La mère, qui éprouvait une affection profonde pour son
enfant, monta au grenier en l’absence de son mari et informa sa fille du malheur.Celle-ci, pour ne pas compromettre ses parents et les voisins du village décida de quitter son pays natal pour bien élever ses fils-Dragons. C’était la seule issue qui lui restait.La scène de séparation fut déchirante: La mère serra sa fille dans ses bras, elles fondirent toutes deux en larmes. A la fin, la fille s’agenouilla devant sa mère, disant:
– Maman, cette affaire ne présage rien de bon. Et je ne sais pas si nous pourrons nous revoir. Je vous supplie, si c’est possible, de venir me voir un jour; comme ça, je mourrai sans aucun regret.
Sa mère la releva en essuyant ses larmes qui coulaient comme une fontaine intarissable. »Bang… bang… bang… » Un bruit de gong se fit entendre au loin, mêlé des cris rauques du chef de clan, qui était en train de rassembler les villageois devant le temple. La vie de la fille était menacée, il ne fallait plus perdre de temps.En titubant, elles descendirent du grenier. La mère se précipita vers le buffet, d’où elle sortit un sachet de graines de colza, qu’elle versa dans un tube de bambou. Elle le donna à sa fille en lui recommandant:
– Mon enfant, va-t’en vivre dans l’est. Ce tube pourra te servir de canne. Là où tu sèmeras ces graines, il poussera des fleurs jaunes l’année suivante, qui pourront me conduire jusqu’à toi.Il faisait alors très sombre. La lune s’était cachée derrière des nuages et le vent hurlait. A travers les larmes, la mère suivit des yeux sa fille jusqu’à ce qu’elle eût disparu dans l’obscurité.Les bruits de gong se firent de plus en plus pressants et des lumières s’approchèrent peu à peu. Le chef du clan, les hobereaux du village, les sorciers et les sorcières se ruèrent vers la maison de la « criminelle »…

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PARTIE IV

Après avoir quitté son village, la jeune fille se dirigea tout droit vers l’est le long du ruisseau. Elle marcha des jours et des nuits, escalada de nombreuses montagnes et collines, franchit d’innombrables torrents encaissés, connut beaucoup d’aventures.Appuyée sur la canne que sa mère lui avait donnée, elle arriva d’un pas chancelant devant le rocher Crête de Coq de la montagne fantastique Xiandou. La canne de la jeune fille était trouée à son extrémité, les graines avaient été semées tout au long de sa route.Ayant longtemps marché au soleil, brûlée par la chaleur du rocher, la jeune fille mourait de soif, elle avait l’impression que ses entrailles étaient déchirées. Mais faute de pluie, les ruisseaux étaient à sec et il était impossible de trouver une goutte d’eau. elle tomba au pied du rocher Crête de Coq, et perdit connaissance.Ce rocher-là, haut de mille pieds, est un escarpement de falaise. A son sommet, il y a une grotte pittoresque dans laquelle coule toute l’année un ruisseau clair dont l’eau filtre à travers les fentes des rochers, et nourrit ainsi les plantes de la montagne. C’est pourquoi les herbes folles poussent dru au milieu des pierres et les fleurs des champs exhalent un doux parfum…A ce moment, la jeune fille, qui était tombée au milieu des herbes, la face contre terre, se sentit envahie par une odeur de terre humide. Peu à peu les crevasses de ses lèvres se fermèrent, sa langue raidie retrouva sa souplesse, elle reprit connaissance. Elle se redressa lentement, leva la tête, et vit des gouttes d’eau tomber le long des fentes des rochers; elle dressa l’oreille, et entendit un ruisseau gazouiller. L’eau, c’était la vie ! Dès lors, les forces lui revinrent. Elle allait faire tous ses efforts pour trouver la source du ruisseau. Mais le rocher Crête de Coq est une falaise escarpée, inaccessible même aux oiseaux et aux singes.Une fois décidée, la fille ne voulait cependant pas reculer. S’aidant du lierre et des arbres, elle parvint enfin au sommet du rocher et les rocs qu’elle gravissait se changèrent en marches.Sur la cime, un doux spectacle s’offrit à ses yeux. Au milieu des sapins se trouvait une grotte d’où coulait une eau ruisselante. Elle s’y dirigea et but à pleines gorgées. Son corps en fut tout pénétré de fraîcheur; que c’était agréable !

PARTIE V

Depuis lors, elle vécut dans la grotte, buvant la rosée et l’eau de la fontaine le jour, se laissant vivifier par la nature la nuit.Le temps fila, déjà un an avait passé. Après le départ de sa fille, la mère ne passa pas un jour sans pleurer, si bien qu’elle tomba malade; ses yeux devinrent aveugles et ses oreilles sourdes. Mais elle n’avait pas oublié les mots que sa fille lui avait dits en partant. Elle fit part de ses pensées à son mari. Celui-ci, le coeur toujours tenaillé par le regret, aurait bien voulu aller retrouver sa fille et lui demander pardon. Mais le monde est si vaste, où pouvait-elle bien se trouver?Soudain une idée vint à sa femme. elle se rappela le tube qu’elle avait donné à sa fille.

– Oui, tu n’as qu’à suivre les chemins où poussent des fleurs jaunes de colza; comme ça tu pourras certainement la retrouver. Le lendemain matin, le père, emportant du pain pour se nourrir, se mit en route. comme le lui avait dit sa femme, des fleurs jaunes parsemées sur la route formaient effectivement devant lui un ruban coloré qui serpentait.Guidé par ce ruban jaune, le vieil homme arriva enfin à l’endroit fantastique du rocher Crête de Coq. Mais le ruban jaune se terminaità, et devant lui, se dressait une falaise.Tandis qu’il hésitait, quelque chose de couleur jaune attira son regard. Au milieu des roches s’épanouissaient des fleurs de colza, à côté desquelles des marches montaient jusqu’en haut comme une échelle.Etait-ce un chemin que sa fille avait ouvert pour lui? Il monta
péniblement jusqu’au sommet de la montagne. Au fond du rocher, des fleurs de colza s’ouvraient et dansaient au vent. »Ah! ma fille est sûrement là ! » se dit-il. Transporté de joie, il cria à haute voix:
– Ma fille !
– Oui, mon père…, lui répondit une voix enthousiaste, venue d’entre les colzas.

PARTIE VI

« BOUM… », Dans un bruit assourdissant, la terre et la montagne se mirent à trembler, le ciel devint sombre. Soudain, un éclair rouge brilla; il en sortit un jeune Dragon pourpre qui s’envola vers le ciel; puis , un autre Dragon bleu s’élança en l’air dans une lumière bleue, et s’envola dans la direction de la mer Orientale…La jeune fille assise sur une pierre n’avait pu contenir sa joie en entendant son père. Au moment où elle avait ouvert la bouche, les deux Dragons s’étaient échappés de son corps. Elle se sentit aussitôt le ventre soulagé.Puis, quand elle appela pour la deuxième fois son père, un Dragon aux écailles d’argent s’élança hors de sa bouche. Très heureuxe, la jeune mère sourit, mais par inadvertance, ses dents se serrèrent, si bien qu’elle coupa une partie de la queue du Dragon. Le petit, triste de quitter sa mère, se retournait sans cesse avant de prendre son essor.
-Va-t’en dans la mer, mon enfant ! N’oublie pas d’apporter des pluies bienfaisantes au peuple chaque année et vient revoir ta mère et ta grand-mère de temps en temps…Le petit Dragon d’argent fit signe de la tête comme s’il avait compris les paroles de sa mère, puis s’envola vers le ciel.A ce moment-là, revenu de sa terreur, le père se précipita vers la grotte, et vit que sa fille, les mains jointes, était déjà montée au ciel. Quels vifs regrets il éprouvait ! Il avait enfin compris que c’était dans les intérêts du peuple que sa fille avait enduré toutes ces humiliations et ces souffrances !Les trois Dragons couvés pendant plusieurs années disposaient de pouvoir illimités. partout où l’Empereur Céleste de Jade interdisait la pluie, ils luttaient, et le bruit du tonnerre, c’étaient leurs cris d’indignations dans le combat. Désormais, l’Empereur Céleste de Jade eut encore plus de peine à interdire la pluie.Le Dragon d’argent sans queue revenait chaque année le jour de la fête des morts pour voir sa mère et sa grand-mère sans jamais oublier d’apporter au peuple des pluies bienfaisantes.Désormais, cette région ne cessait de connaître des moissons abondantes. Pour commémorer la jeune Mère-Dragon et exprimer leur reconnaissance envers le Dragon d’argent, les villageois appelaient « Ruisseau des Dragons » le ruisseau où la jeune fille avait trouvé les oeufs et édifièrent un temple en son honneur au pied du rocher Crête de Coq. C’est pourquoi chaque année, le 15 de la première lune, on organise toutes sortes d’activités au sujet du Dragon pour attirer le bonheur.

Fin de cette Histoire.

LA LEGENDE DU GOUFFRE DU DRAGON NOIR

 

 

PARTIE I

téléchargement (11)Le plus grand parc de la ville de Tianjin, le Parc sur l’eau, avait pour ancien nom « Gouffre du Dragon Noir ». Pourquoi l’appelait-on ainsi?
Je vais vous l’expliquer en détail.On dit que Tianjin se trouve au bout des neuf rivières où habitent neuf Dragons. Le Roi Dragon de la mer a marié ses neuf filles à ces Dragons, afin que ses gendres agissent toujours exactement comme lui.Un jour, pour l’anniversaire du Roi Dragon, ses filles et ses gendres devaient tous venir le fêter avec lui. Mais vers midi, la Princesse aux Cent Fleurs, la benjamine la plus chérie du Roi et son gendre le Dragon Noir n’étaient toujours pas arrivés. Impatient, le Roi Dragon ordonna à son premier Ministre, une tortue, et à ses gardes d’aller à leur rencontre.En fait, la Princesse aux Cent Fleurs et son mari avaient quitté de bonne heure leur rivière Noire, et s’étaient dirigés sur un nuage tout droit vers la mer. Mais en passant par le village de Liqi, près de la Porte sud de Tianjin, un spectacle de sécheresse s’était imposé à leurs yeux: les feuilles des plantes avaient jauni, les champs étaient désséchés, les fleurs fanées et les paysans n’avaient rien à boire.Le Dragon Noir, d’un caractère impétueux, leva immédiatement la tête et proféra des incantations pour qu’il pleuve à torrents.

Sa femme l’arrêta:
– Mon chéri, dit-elle, il ne faut pas agir à la légère. Si l’on fait tomber une pluie d’orage maintenant, ni les êtres humains, ni les plantes, ni les bêtes ne pourront le supporter. Il vaut mieux que nous accumulions doucement des nuages et que nous fassions tomber une pluie fine.- Tu as raison, lui répondit le Dragon Noir.

 

PARTIE II

Ce disant, le jeune couple, l’un commandant les nuages, l’autre déchaînant la pluie, arrosèrent la terre sèche en riant et en s’amusant. Sous leurs mains magiques, les plantes reverdirent et les fleurs s’épanouirent.Les adultes et les enfants du village puisèrent avec des seaux et des pots de cette eau pareille à un élexir, dans les rivières pour l’apporter chez eux.A ce moment là, le Ministre-Tortue et ses gardes arrivèrent. Après avoir salué la Princesse et le Dragon Noir, il s’empressa de dire:
– Vos excellences, vous allez provoquer de grands malheurs.
– Mais comment? demandèrent-ils d’une seule voix.

– Ah, vous ne savez pas, dit le Ministre-Tortue, les gens d’ici ne sont pas respectueux envers notre Roi Dragon, ils ne pensent jamais à construire un temple, ni à élever une statue d’or à sa Majesté, ni à brûler de l’encens, ni à lui faire des offrandes, et qui pis est, le Roi Dragon a été mal reçu lorsqu’il est passé par ici le printemps dernier. Très indigné, le Roi a décidé de ne plus donner aucune goutte d’eau pendant dix ans, pour les laisser mourir de sécheresse.Ayant jeté un coup d’oeil sur la Princesse et son mari qui continuaient leur travail, le Ministre continua:

– Cette région n’est pas de votre ressort, à quoi bon vous mêler de cette affaire? Si le Roi se met en colère, attendez-vous à de terribles conséquences.

A ces mots, le Dragon Noir fut agacé:
– Faire tomber la pluie dans le monde est un devoir pour nous, est-il
juste de dispenser grâces ou punitions selon les offrandes que l’on nous donne?

A ce moment, la Princesse dit:
– Si le Roi demande qui est responsable, mon mari et moi reconnaîtrons que nous le sommes.
– Bon, d’accord. Mais n’oubliez pas que le Roi attend toujours dans son Palais votre arrivée, il vaut mieux reprendre votre chemin tout de suite, dit le Ministre-Tortue.

– Rentrez le premier, lui ordonna la Princesse aux Cent Fleurs, nous arriverons sitôt que la sécheresse aura pris fin.

PARTIE III

Le Ministre parti, la Princesse et son Mari continuaient leur travail quand ils aperçurent le Roi Dragon tout furieux dans le ciel du nord. Ils se mirent aussitôt à genoux sur des nuages et se prosternèrent devant le Roi.
– Quel audacieux tu es, petit Dragon Noir, cria le Roi, comment as-tu osé désobéir à mon ordre en faisant tomber la pluie ici?
– Je n’ai jamais reçu d’ordre de votre Majesté, répondit le Dragon Noir.
– Ne me réponds pas ainsi! fit le Roi dans un bond furieux. Pourquoi as-tu continué à faire pleuvoir alors que le Ministre t’avait informé de mon ordre?
– Déchaîner les nuages et la pluie est de notre devoir, à nous, les esprits du Ciel, on n’a pas raison de refuser de le faire.
– Chacun a son propre ressort, cria le Roi d’un air menaçant. La région sud de Tianjin est depuis toujours mon domaine, pourquoi te mêles-tu de tout?

Sans se laisser abattre, le Dragon Noir répondit du tac au tac:
– N’est-il pas juste de sauver la vie du monde?A ces mots, le Roi, de rage sortit son épée et ordonna à ses gardes:
– Attachez-le et coupez-lui la tête.La Princesse aux Cent Fleurs se précipita vers son père:
– C’est moi qui ai envoyé les nuages et leur ai demandé de faire tomber la pluie. Je suis responsable de tout. Je vous supplie de relâcher mon mari et de me tuer.Le Roi Dragon repoussa de la main sa fille et hurla en brandissant son épée:
-Emmenez-le au Ciel au-dessus du village de Liqi et coupez-lui la tête.
Nous allons voir qui aura encore l’audace de commander la pluie sans mon autorisation!Quand trois coups de canon eurent retenti, la tête du Dragon Noir tomba par terre. Mais au lieu de sang, il jaillit une fontaine claire qui coula vers le monde, formant peu à peu un grand lac près du village lac qu’on appela

« Gouffre du Dragon-noir »

 

Fin de cette Histoire

La Légende du Jeu du Tao

 

Par Patrice van Eersel

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Inspirée par des sages à Daniel Boublil lors d’un voyage en Asie, au début des années 80, le Jeu du Tao ne serait en réalité que la version contemporaine d’un « jeu des jeux », aussi ancien que les cultures humaines. C’est la raison pour laquelle le livre du Jeu du Tao commence par la légende suivante…

{« Tu as dormi pendant des siècles innombrables ce matin,
ne veux-tu point te réveiller ? »}

images (8)Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les êtres que l’on appelle communément des hommes domestiquèrent le feu.
Autour de lui, ils purent se rassembler. Sa chaleur adoucissait leur sort, sa lumière éclairait leurs nuits, son cercle ordonnait leurs échanges : ainsi réunis, ils communiquèrent. L’un des premiers modèles de cette communication fut le jeu, grand pacificateur des pulsions animales. Jeux de grimaces, de gestes, de sons, d’attitudes, se terminaient souvent par des explosions de joie.

Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point que tout souvenir en a quitté leur mémoire, les hommes commencèrent à enrichir ces jeux à l’aide des plus étonnantes de toutes leurs créations : la musique et le langage. De la voix, de la main, ils traduisaient le chant du monde, et de leurs émotions, ils faisaient naître des pensées. Prenant conscience de la mort, ils cherchèrent un sens à la vie. Ainsi, la première question fut posée : Que cherches-tu ?
Il y a longtemps, très longtemps, longtemps au point qu’ils crurent un jour pouvoir l’oublier, les êtres humains constatèrent qu’un accord existait entre leurs propres rythmes et ceux de l’univers. Ils en déduisirent que celui-ci formait un tout ordonné, dont ils faisaient partie. La nature obéissait à des principes et à des lois, ils se mirent en quête de les découvrir. Cette recherche de la cohérence dynamique du monde leur ouvrit des champs de questionnement inexplorés. Les questions appelant des questions, ils eurent l’intuition qu’ils pouvaient les ordonner, que ce même principe d’une cohérence dynamique leur fournissait des règles permettant à leur pensée de passer du chaos à l’ordre.

Pour survivre, l’homme, à l’instar de toutes les espèces vivantes qui l’avaient précédé, venait de découvrir le principe de coopération. Celui-ci éveilla sa conscience d’une lumière nouvelle. Le Jeu des Jeux était né. Et avec lui, l’idée que l’on peut atteindre sagesse et bonheur par le questionnement et le dialogue avec autrui.

L’hypothèse du Jeu premier 
Nul ne connaît le Jeu des Jeux originel, mais cet art du questionnement mutuel, dès sa forme la moins élaborée, comportait à l’évidence un certain nombre de pré-requis. Un tel échange exigeait en premier lieu du courage, car il en faut pour se soumettre au feu des questions.

Il demandait aussi, pour aboutir, de la bienveillance, de l’écoute active, de la clarté et une liberté de parole. Par ces qualités, l’homme apprit à se servir du miroir des autres pour se défaire de ses illusions et préjugés. Il découvrit comment se mettre à l’écoute d’autrui pour échanger savoir-faire et intuitions. Pour assurer le bon emploi des connaissances, le déclenchement de la joie, car le rire et les embrassades, était considérée comme le critère suprême.

La maîtrise de cet art ne fut pourtant pas acquise sans effort, ni accordée au premier venu.

Si tous les peuples connurent la pratique du questionnement éclairé, seuls quelques êtres s’y adonnèrent vraiment. Et si certains exercices ont subsisté, transmis de maîtres à disciples, il sont restés “ solis sacerdotibus ”, réservés aux initiés, généralement à travers des jeux d’initiation labyrinthiques. Voilà pourquoi la plupart de ces pratiques s’éteignirent. Au lieu de se soumettre au principe du questionnement vivant, les hommes, avec le temps, adoptèrent comme réponses des dogmes. Bientôt, ces dogmes supprimèrent tout bonnement les questions, s’efforçant de figer l’inaccessible et mouvante vérité dans les réponses définitives de grands textes infaillibles.

Un mystère entoure pourtant ces textes sacrés, un peu comme une malédiction. Aucun des ouvrages censés nous les transmettre n’existe dans sa version originale. Tous, avec le temps, ont été modifiés. La pratique des maîtres qui les avaient inspirés a disparu. Ainsi, tenu secret ou banni, le Jeu des Jeux devint invisible et s’enfonça peu à peu dans l’oubli. Ici ou là, de temps à autre, l’hypothèse du jeu premier ressurgissait, sous forme de contes ou d’histoires populaires au sein desquels les bribes d’un jeu semblaient dissimulées, prenant l’aspect d’une quête imposée à un héros, dont le sort dépendait de sa façon de répondre à certaines questions. Mais l’homme vivait désormais dans l’ère des doctrines : comment imaginer qu’un jeu, une simple pratique ludique, puisse aider à vivre et à penser sans faire appel à une idéologie ? Seule, comme un espoir, sa Légende perdurait, fragmentée …
Ce n’est que bien plus tard, lors de périodes de troubles, que le désir partagé de retrouver ces pratiques originales émergea à différents endroits de la planète, motivé par les sciences ou par des découvertes sur le passé le plus lointain de l’humanité.

Le sceau chinois 
Il ne fait guère de doute que le Jeu des Jeux inspira directement la mise en forme, il y a 2 500 ans, de l’initiation réservée aux chefs religieux et séculiers des pays d’Extrême-Orient. Cette initiation visait à apporter bonheur et sagesse, ce qui signifiait, pour tout dirigeant (de soi-même ou des autres) : trouver l’harmonie entre son intention, ses actions, les circonstances et le résultat. L’enseignement reposait sur la pratique quotidienne d’un questionnement menant à la connaissance de soi, sur l’apprentissage des principes Yin et Yang qui animent l’univers, sur l’étude du Classique des Changements qui explique le déroulement de leurs interactions, sur la lecture des signes et des coïncidences. Cette pratique traversa toute l’histoire de Chine, jusqu’aux trois maîtres-questionneurs, qui initiaient les jeunes candidats aux examens impériaux. Fondé sur le concept de cheminement, de voie (tao en chinois), le Jeu des Jeux devint “Art du Tao”.

De cette lointaine origine, le Jeu du Tao tire son nom historique, mais par un pied-de-nez que nous découvriront, enrichi d’apports venus de bien d’autres horizons. La trace chinoise était néanmoins puissante. L’art du Tao comportait notamment un certain nombre d’étapes, qu’il était nécessaire de franchir avant pour devenir un maître. Chaque étape induisait un changement intérieur, un nouveau niveau de conscience à atteindre. Avec le temps, précédant les arts martiaux et le jeu de go, chaque succès dans cette ascension fut récompensé par un grade ap pelé kiu, ou dan, selon le niveau, du dixième kiu de l’apprenti au premier dan du maître. Seul un maître pouvait initier un prince. Des traces de cette hiérarchie subsistèrent des siècles durant, dans les grades des bureaucraties impériales chinoise et mongole .

Résultat d’un vaste processus de décantation et d’affinage qui se poursuivit en continu depuis l’origine, cet enseignement ouvrait les portes de la perception du visible et de l’invisible, mais aussi celles d’un mode d’échange et de dialogue idéal pour mieux se comprendre et coopérer. Sa pratique permettait de gérer de manière plus efficace la réalité quotidienne, de trouver en soi les qualités disponibles pour remplir sa tâche au-delà de ses seuls intérêts personnels et conséquemment, servant les autres, de vivre dans la joie, seule manifestation de la sagesse aux yeux des maîtres.

L’art du Tao devint explicitement un jeu à l’époque des Royaumes Combattants, qui marqua le déclin de la dynastie des Zhou, au quatrième siècle avant notre ère. Tant de troubles accompagnaient la décadence ! Les sages qui initiaient les princes, lassés de voir leurs enseignements négligés, se mirent à craindre pour leur propre avenir, l’une des pratiques usuelles des royaumes ennemis étant d’anéantir les porteurs de sagesse du clan adverse. Sentant la civilisation décliner, ils se réunirent en secret afin de décider ce qu’il allait advenir de leur immense savoir.

“ Confions-le aux plus sages parmi les rois et grands propriétaires, lança un maître, afin que l’esprit se perpétue au sein de glorieuses lignées.

- Qui en sera digne ? demanda aussitôt le précepteur du plus grand des princes.

- Qui de nous choisira parmi des rois ennemis ? interrogea un autre.

- Leur volonté de puissance n’est-elle pas l’une des causes du présent chaos ? ” renchérit un inquiet.
Le vacarme envahit le petit temple isolé où ils étaient assemblés.

“ Au vu des dangers que nous encourons, la transmission de maître à disciple ne risque-t-elle pas de s’interrompre ?

- Qui peut assurer que les puissants d’aujourd’hui sauront demain la protéger ? ”

Cherchant d’autres certitudes, ils finirent par trancher :

“ Traduisons les secrets de notre connaissance sous la forme d’un jeu. Nous le confierons aux plus pauvres et aux moins sages, afin qu’il ne soit pas un objet de dispute. Il permettra à des nomades sans instruction d’en tirer bénéfice , Il restera entouré de respect et nul n’aura la tentation d’y changer quoi que ce soit. ”

Ainsi fut fait. Les sages commencèrent à diffuser les enseignements royaux à des hommes et à des femmes de plus simple extraction, qui s’enfoncèrent ensuite dans les montagnes et les forêts de Chine. Ce furent les premiers “nomades éclairés”, dont bien des voyageurs ont rapporté les histoires. Le plus célèbre d’entre eux, nommé Tao Li, connut une gloire imprévue en temps de guerre, pour sa gentillesse, sa disponibilité et son enthousiasme dans l’art difficile de la conciliation. Lorsqu’il arrivait dans un village et pensait qu’il était nécessaire d’éclairer la population, il sortait de son carquois une arme inhabituelle : le Taoban, une piste de jeu en tiges de bambou liées. Il proposait alors une partie de Tao contre une offrande modeste, généralement le gîte et le couvert.

Jamais il ne prétendit enseigner une vérité. Sa seule mission était d’amorcer une démarche interrogatrice commune, sa seule quête une recherche vivante de la sagesse par la coopération, sa seule promesse un pas de plus vers le bonheur, car le bonheur est un mouvement.
Il commençait par la question rituelle : “ Que cherches-tu ? ”. Puis, de question en question, de questionné en questionné, le jeu se chargeait de montrer par des effets miroirs que les désirs des uns étaient complémentaires des désirs des autres, et non antagonistes. Tao Li facilita ainsi de nombreuses réconciliations, qualifiées de magiques, entre ennemis jurés, qui vantèrent à tous ses qualités de conciliateur, lui assurant de nombreux émules.
Ceux-ci ne créèrent pas d’école religieuse, ni de temple, ni de philosophie portant leur nom. Ils pensaient que la connaissance appartient à tous, que nul ne peut la posséder, la morceler, la dissimuler par égoïsme ou pour en tirer profit. Ils furent des acteurs importants dans la résistance contre les régimes autoritaires, mais se raréfièrent avec la dynastie des Ming (1368-1644), qui instaura des pratiques totalitaires et organisa contre eux une chasse aux sorcières systématique.

L’accouchement grec 
C’est curieusement aussi au quatrième siècle avant l’ère commune, qu’une autre forme du Jeu des Jeux se révéla, en Grèce, à l’un des pères de la philosophie. Mais qui sait quels apports extérieurs avaient reçus nos Homère, Pythagore ou Héraclite ?

Socrate était un simple citoyen, pauvre et, selon certains témoignages, pas très joli garçon.

Ni chef ni savant ni mage, c’était pourtant un homme enjoué et espiègle. Comme il refusait d’écrire, on connaît peu sa véritable pensée. Mais son personnage est devenu légendaire, à l’image de Jésus, Bouddha ou Lao-Tseu qui pratiquèrent eux aussi en maîtres l’art de la question. Fils d’une sage-femme, Socrate baptisa son jeu maïeutique, ou “art de faire accoucher”.

Sa pratique personnelle avait fait de lui un homme sage et heureux, plutôt bon vivant qu’érudit. Il affirmait pouvoir faire partager à quiconque, par un jeu de questions appropriées, l’importance des qualités humaines fondamentales à ses yeux : la force d’âme, l’esprit de justice, la tolérance et le courage.

Socrate excellait dans l’art du dialogue. Comme on dit, il jouait admirablement du plat de la langue. Son verbe se caractérisait par son extraordinaire force d’éveil à l’amour. “ Je ne connais que l’amour, disait-il, qui est désir de faire le bien.” Quel bien ? Celui du corps, bien sûr : le bien-être. Mais aussi ce qu’il appelait le désir joyeux de s’élever vers le bien qui manque, l’amélioration, le perfectionnement, l’élévation vers la sagesse, l’élan vers la félicité. Pour lui, la sagesse n’était pas le savoir mais un art de vivre dont la finalité était triple : mener une vie belle, juste, bonne.
images (9)Socrate n’enseignait pas, il dialoguait. Son art du dialogue s’opposait cependant aux discours futiles. Son but n’était pas de transmettre des connaissances, mais de pousser ses interlocuteurs à examiner la valeur de leurs convictions, à user du dialogue pour identifier leurs propres a-priori, ignorances, contradictions et illusions. Il estimait que l’homme est bon et n’agit mal que par ignorance. Le but du jeu était de le faire accoucher de cette bonté par une succession savante de questions.
Le “Connais-toi toi-même” qu’il évoquait souvent n’est que l’extrait d’une citation plus longue, inscrite au frontispice du temple de Delphes, où officiait la célèbre Pythie : “ Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et ses Dieux. ”

Quelles questions posait Socrate, qui permettaient cette connaissance ? À quelles questions ses juges se référaient-ils lorsqu’ils l’accusèrent d’honorer d’autres dieux que ceux de la cité et de corrompre la jeunesse en cherchant à la libérer des croyances ? Quelles étaient les questions auxquelles il refusa de renoncer lorsqu’il fut condamné à boire la ciguë ?

Qui es-tu ? Que cherches-tu ? Quel est ton désir? Es-tu d’accord avec toi-même ? Es-tu satisfait de ta vie ? Que connais-tu ?

Nous n’en savons guère plus, car ces questions simples ne s’exprimaient dans la pratique que par l’oralité. Elles ne furent donc que partiellement retranscrites par ses disciples, transformées en de longs dialogues, dont Platon écrivit les plus connus. Seules quelques-unes ont subsisté, indices de l’existence d’un jeu invisible dont la pratique était déjà perdue. Comme si la mise en livre, en enfermant la parole dans un silence éternel, avait rendu cette pratique impossible

 

L’Archer a tiré sa flèche

apassia-livre-webLES LIENS ENTRE LES MONDES. Elle est en route. Va-t-elle atteindre sa cible ?

La danse des esprits autour du grand cercle qui unit tous les êtres s’amplifie.
L’énergie rouge est en mouvement, tel un cheval au galop qui, de ses sabots, touche le sol au rythme des temps qui s’annoncent.

Tourbillon toujours plus puissant, qui grandit, animé par la danse des Peaux Rouges, pour éveiller la Grande Mémoire qui plonge ses racines dans l’histoire de cette humanité.
Unis en esprit, ils mettent en mouvement celui qui se fait appeler le Danseur.

Toutes ces mémoires des temps anciens, perdues dans le puits obscur de l’ignorance, aujourd’hui, se relient par le pouvoir de l’énergie rouge. L’athanor sacré du présent prépare déjà, dans le creuset intemporel du coeur de Mère Terre, un avenir ouvert à tous les possibles aux générations futures.
A l’intérieur comme à l’extérieur de chaque homme, un rééquilibrage est en route dans la conscience du miroir qu’il projette entre Mère  Terre et lui-même.

Ouverture des portes des mémoires rouges de la vie dans quelques unes de ses facettes :

Rouge dans l’énergie de Mère Terre, de ses entrailles où coule la lave en fusion des volcans qui accouchent les prémices d’une terre en devenir.
Rouge, le serment d’union des mémoires de plusieurs peuples des étoiles qui par leur pouvoir de création engendrèrent cette humanité à plusieurs couleurs de peau, traversée par une même couleur de sang, gage de la vie sacrée qui relie tous les  hommes.
De ces enfants originels qui furent conçus par amour et dans l’amour.
Eux qui se sont laissés rattraper, traverser, à travers l’histoire, par des hôtes dont les intentions révèlent l’état de Mère Terre aujourd’hui. D’une première leçon de vie, il y a bien longtemps, en astre rouge, dans la folie des hommes, il ne reste plus que poussière et reste dans les mémoires associé à un dieu de la guerre.

Le Danseur porte alors son regard dans toutes les directions de Mère Terre.

Aujourd’hui le rouge coule sur Mère Terre, rouge du sang des hommes, Syrie qui pleure, Irak qui paie, pendant que, dans le ruisseau de l’indifférence, des peuples indigènes meurent à petit feu pour les bienfaits d’une économie illusoire.
Rouge du sang des femmes, pouvoir du cycle de transformation pas encore assez respecté. Femmes bafouées, femmes violées, féminin saccagé à l’image de Mère Terre.
Oubliées les gardiennes de ces eaux sacrées, devenues alors par le pouvoir de l’indifférence, troubles et obscures.
Un féminin apaisé et relié par le coeur ne demande  qu’à cristalliser ses énergies sur Mère Terre. Toujours rouge la violence, la torture, la barbarie faite aux hommes et femmes ainsi qu’aux enfants de tous pays, en silence  de préférence pour les pays dit civilisés.
Rouge de ce que les humains appellent amour et qui est souvent confondu avec la sentimentalité pourvoyeuse de bien des incompréhensions mais donnant beaucoup  d’émotions.
Rouge le sang sur les mains de ceux qui tuent leurs frères et soeurs, ceux qui complices leur vendent des armes et ceux qui dans leur ignorance les fabriquent.
Rouge, la rose qui s’ouvre, révélant un parfum qui évoque une histoire déjà accomplie.
Rouge, rouge, de ce premier rayon qui traverse tous les esprits reliés par l’énergie du grand cercle qui enracine tous les êtres reconnaissant l’humain et le divin qui est en eux.Rouge de la protection irradiante du coeur des êtres qui oeuvre pour que la vie se perpétue dans son pouvoir créateur.
A suivre

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CHANG’E S’ENVOLE VERS LA LUNE

 

Chang'e_flies_to_the_moon_-_Project_Gutenberg_eText_15250Le conte de Chang E qui s’envole vers la lune était une légende romantique racontée depuis le temps antique.

Il y a très longtemps, la Terre était entourée de dix soleils, leur mère était la femme de l’empereur céleste oriental.

La mère des soleils mettait souvent ses dix enfants dans la Mer de l’Est, qui se situait dans le plus est du monde, pour leur faire prendre le bain, et après avoir pris le bain, neuf d’entre eux étaient posés sur l’arbre pour se reposer, et l’autre devait illuminer la terre à l’aube et donner la lumière et la chaleur au monde.

Les dix soleils travaillaient tour à tour, la terre se présentait par une scène de prospérité florissante.

Mais un jour, les dix soleils sont apparus en même temps dans le ciel, on ne pouvait pas ouvrir les yeux à cause de la lumière éblouissante. La chaleur torride desséchait la terre, détruisait les récoltes, il en résulte que le peuple périssait et croupissait dans la misère. Personne ne pouvait convaincre les dix soleils espiègles de rentrer chez eux. Ce chaos fut sauvé par un habile archer nommé Hou Yi, qui était herculéen et sympathisait avec la souffrance des créatures. Il monta au sommet du mont Kunlun, tira à l’arc neuf soleils et ordonna au dernier soleil de se lever et de descendre régulièrement tous les jours.

Grâce à ses exploits héroïques, le peuple commença à mener une vie heureuse. Il le respectait et lui vouait une affection respectueuse. Beaucoup de gens venaient le reconnaître pour maître. Peng Meng qui eut un but inavouable en était un.

La belle femme de Hou Yi s’appelait Chang E. C’était un couple affectif et admiré par le peuple. Un jour, Hou Yi alla au mont Kunlun pour visiter son ami. En route, il rencontra l’impératrice Wang céleste. Cette dernière lui donna un sachet de remède miraculeux en lui disant qu’après avoir pris ce remède, on pourrait devenir un génie, et en partageant avec l’autre, on pourrait devenir immortel. Hou Yi ne voulut pas se séparer de sa femme, par conséquent, il décida de partager le remède avec elle. Après être rentré, il donna le remède à sa femme, ces deux décidèrent d’en prendre ensemble dans la nuit de la mi-automne pour devenir un couple d’immortels heureux, mais Peng Meng s’aperçut tout.

Trois jours plus tard, Hou Yi sortit avec ses disciples pour chasser, tandis que Peng Meng qui trama un complot et feignit d’être malade pour rester à la maison. Bientôt après que Hou Yi est sorti, Peng Meng, un couteau dans la main, força Chang E à lui donner le remède. Face à la menace, Chang E n’avait d’autres choix que d’avaler le remède. Résultat, elle s’envola et et rejoignit la lune qui se situait le plus proche que la terre pour qu’elle puisse voir son mari chaque soir.

En rentrant chez lui, Hou Yi se prolongea dans une affliction extrêmement profonde. Il tua Peng Meng avec son épée, mais ne put plus retrouver sa femme. Il cria sans cesse au ciel le nom de sa femme. Puis, il aperçut étonnamment que ce soir la lune était particulièrement claire et brillante et qu’il y avait une silhouette ressemblant à Chang E qui dançait dans la lune.

Il courut de toutes ses forces après la lune, mais ne put l’attraper. Hou Yi fit installer une table à encens sur laquelle il mit des sucreries et des fruits que Chang E aimait manger, pour exprimer la nostalgie de sa femme dans la lune. Après avoir appris cet événement, les villageois mirent aussi en place une table à encens pour prier Chang E de bénir leur bon augure et leur bonheur. Dès lors, présenter ses vœux à la lune en mi-automne est devenu une coutume populaire qui s’est transmise jusqu à nos jours. C’est probablement la plus romantique légende parmi les origines de la fête de la Mi -Automne.

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