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Le monstre Yamata : retiens la légende

 

imagesIl y a bien longtemps de cela : les nombreuses îles du Japon venaient à peine d’être enfantées par la déesse Izanami. Sa fille Amatérasu, déesse du soleil, régnait, majestueuse et brillante, dans les splendeurs infinies du Takamagahara, c’est-à-dire du ciel. Elle avait un frère, plus jeune qu’elle de quelques années, qui répondait au nom de Susanoo no mikoto. Il était d’une taille gigantesque, fort comme un taureau, capricieux comme une chèvre, et espiègle comme un singe. Le plus grand de ses plaisirs était de faire des malices et de jouer des tours, tantôt à la déesse sa sœur, tantôt aux autres divinités du Takamagahara. Mais, comme il n’avait pas mauvais cœur, ces illustres personnages lui pardonnaient bien des choses et ne lui gardaient généralement pas rancune.
Un jour pourtant, il se permit une fantaisie qui dépassait toutes les bornes. La déesse du soleil venait de faire construire un immense et magnifique atelier de tissage. On ne pourrait dire combien de tracas et de soucis lui avait causés cette installation. En conséquence, elle y tenait de tout son cœur. Elle en était fière, et la montrait avec orgueil aux autres divinités. Un jour donc, Susanoo no mikoto, cédant à un très mauvais instinct, s’avisa de mettre le feu à l’atelier en question, le détruisit de fond en comble, et fit périr dans les flammes toutes les ouvrières qu’y employait sa sœur.
Amatérasu, en apprenant la chose, entra dans une violente colère. Si grand fut son dépit que, pour se venger et pleurer à son aise, elle s’enferma dans une grotte et pleurer à son aise, elle s’enferma dans une grotte profonde et résolut de n’en plus sortir. Ce fut un vrai désastre. Le ciel et la terre se trouvère tout à coup plongés dans l’obscurité la plus complète. Une épaisse nuit enveloppa l’univers. Les hommes terrifiés se crurent à la fin du monde et, de chaque partie du globe, s’éleva vers le ciel une immense clameur de détresse.
Le Takamagahara lui-même fut le théâtre d’une agitation et d’un trouble insolites. Tous ses dieux et toutes ses déesses sortirent de leurs palais, s’informant les uns les autres de la cause de cette obscurité subite et totale. Le conseil des divinités se réunit…
On délibère, on discute avec ardeur dans l’assemblée des dieux. Les opinions se heurtent, les discours se succèdent. Il faut trouver à tout prix le moyen d’obliger Amatérasu à sortir de sa grotte. Mais, quel moyen employer ? Quelle démarche faire ? Asaga no mikoto, le plus jeune des dieux, à l’esprit prompt, à l’intelligence vive et ouverte, s’avance au milieu de l’auguste assemblée :

- Vous savez tous, dit-il à ses collègues, que la déesse Amatérasu aime à la folie la musique et la danse. Je propose donc de nous rassembler devant l’entrée de la grotte et d’y organiser un bal. Nous y ferons grand vacarme jusqu’à ce que, cédant à la curiosité ou à la colère, elle entr’ouvre sa porte.

La proposition du jeune dieu est ingénieuse et son plan paraît devoir réussir. On l’adopte à l’unanimité, et la séance est levée, après qu’on a déterminé le moment du rendez-vous.

À l’heure convenue, tous les dieux du Takamagahara se réunissent donc devant la grotte où, boudeuse et chagrine, Amatérasu s’est enfermée. Chacun porte avec soi l’instrument favori dans lequel il excelle. La danse s’organise. Les tambours et les flûtes, les guitares et les gongs mêlent leurs sons et leurs accords aux cris, aux chants. Le rythme s’accélère. Le bal se transforme bientôt en une ronde affolée, en un tumulte indescriptible, dont les échos descendent jusque sur la terre, et y sèment l’épouvante…

Amatérasu entend du fond de sa grotte :

- Que se passe-t-il aujourd’hui, se dit-elle ; que signifie ce tapage ?

La curiosité devient tellement forte que la déesse, toute déesse qu’elle est, n’y tient plus. Elle entr’ouvre la porte, à travers laquelle s’échappe à l’instant un flot de lumière. Soudain, elle se sent saisie au bras par une main de fer. C’est la main de Chikaravô no mikoto, le plus fort de tous les dieux. Il se tenait à l’entrée de la grotte, prêt à saisir la déesse au moment où elle en ouvrirait la porte. Amatérasu a été entraînée au dehors, et la porte repoussée s’est refermée sur elle. À l’instant, le ciel et la terre reviennent à la vie. La lumière les inonde de ses flots bienfaisants. L’univers retentit des cris de joie poussés par tous les êtres. Le soleil a reparu, et les choses de ce monde reprennent toutes leur cours normal.

Les dieux se sont précipités aux pieds d’Amaterasu. Ils la supplient de ne plus désormais se renfermer dans sa grotte, et de ne plus les priver de sa lumière. Elle promet, mais elle exige une condition. C’est que son frère Susanoo no mikoto sera puni de son forfait. Il sera banni de l’assemblée des dieux, chassé du Takamagahara et exilé sur une terre lointaine. Il en fut fait ainsi et Susanoo no mikoto, expulsé du ciel, fut précipité sur la terre. Il tomba dans le pays d’Izumo, à l’endroit appelé aujourd’hui Hinokawakami. Là, il resta quelques temps, pleurant sur sa grande infortune.Un jour qu’il se promenait sur le bord de la rivière, il aperçut une paire de bâtonnets que le courant emportait à la dérive.

- Puisque voilà des bâtonnets, il y a sans aucun doute, en amont, des êtres humains, conclut le dieu par un raisonnement logique.

Il part aussitôt et longe, en le remontant, le cours de la rivière. Il se trouve bientôt en face d’une cabane, à moitié délabrée, sise sur le penchant d’une haute montagne. Susanoo no mikoto s’approche en étouffant le bruit de ses pas, et à travers les fentes d’une porte mal jointe regarde l’intérieur. Il y voit un vieillard grisonnant, une vieille plus grisonnante encore et une jeune fille de dix-huit à vingt ans. Le vieux et la vieille pleuraient, assis auprès de leur petit brasero ; Ils paraissaient comme accablés sous le poids d’un immense chagrin. La jeune fille ne pleurait point, mais sur son visage se lisait sans peine l’expression d’une grande mélancolie et d’une douce résignation.

Elle était d’une beauté extraordinaire. Le dieu n’avait jamais pensé que parmi les mortels, il pût se rencontrer de si belles et si ravissantes créatures. Il éprouva à sa vue un je ne sais quoi d’intime, qu’il n’avait encore jamais éprouvé. Lui, qui descendait des hauteurs du Takamagahara, subit les charmes d’un amour ardent pour cette humble fille de la terre.

Il entr’ouvrit doucement la porte et sans bruit pénétra dans l’intérieur de la cabane. La jeune fille à sa vue, poussa un cri d’effroi et se précipita vers sa mère. Le vieillard et sa femme levèrent la tête et leurs regards étonnés fixèrent avec crainte le voyageur inconnu. Susanoo no mikoto était beau, lui aussi, beau d’une beauté divine. Son visage respirait la force et la santé. Sa taille gigantesque commandait le respect.
Le dieu, s’approchant des trois personnages, leur demanda d’une voix douce et sympathique quelle était la cause de leurs larmes et du chagrin dans lequel ils paraissaient plongés. Ce fut le vieillard qui prit la parole pour répondre :

- Noble voyageur, dit-il, nous ignorons qui vous êtes, mais votre sympathie nous émeut et nous touche. Je m’appelle Ashinazuchi ; ma femme se nomme Katazuchi, et notre fille que vous voyez là répond au nom de [Kuch]Inadahime ; nous avons eu huit enfants depuis notre mariage et tous ces enfants étaient des filles. Celle que vous voyez là est la dernière qui nous reste.

Or, vous allez juger de notre malheur et connaître la cause de nos larmes. Tout près d’ici habite le monstre Yamata, le serpent à huit têtes, qui a trente pieds de long. Ce serpent vient tous les ans dans ces parages, et nous emporte chaque fois une de nos enfants qu’il dévore. Nos sept premières filles ont ainsi disparu l’une après l’autre, il ne nous reste plus maintenant que celle qui est devant vous.

C’est aujourd’hui que le monstre doit venir. Il viendra à la nuit tombante et nous emportera notre dernière enfant pour la dévorer. Voilà, noble voyageur, le récit de notre infortune, et le motif de notre chagrin.

- Braves gens, répond alors Susanoo no mikoto, ému jusqu’aux larmes, remerciez le ciel de m’avoir aujourd’hui envoyé près de vous. Je vais rester jusqu’à la nuit tombante. J’attendrai le serpent. Je le tuerai de ma main, et sauverai votre fille.

Le vieillard le regarda, et lui sourit tristement :

- J’admire, lui dit-il, votre bravoure et votre bonté. Mais, hélas ! vous ignorez à qui vous avez à faire. Non, non ; ne vous exposez pas ; vous y perdrez inutilement votre précieuse vie.

- Et vous, noble vieillard, répond alors le dieu, se redressant de toute la hauteur de sa taille, vous ignorez quel est celui qui vous parle et vous promet le salut de votre fille. Apprenez-le donc. Je ne suis point un homme. Je m’appelle Susanoo no mikoto, je suis le frère de la déesse Amatérasu.

À ces mots, le vieillard, sa femme et sa fille, tremblants à la fois de crainte et de bonheur, se prosternent et adorent ; puis, joignant les mains et s’avançant à ses pieds, le remercient d’être venu près d’eux pour leur porter secours…

Le dieu se dirige seul vers la montagne. Il prend huit énormes blocs de pierre et les transporte devant la cabane. Puis, il prononce sur elles quelques paroles mystérieuses, et les pierres se transforment en auges. Il les remplit ensuite avec l’eau de la rivière, frappe trois coups sur chacune d’elles de la pointe de son sabre, et cette eau se transforme à l’instant en saké délicieux.
Il fait placer ensuite la jeune et belle [Kuch]Inadahime sur un petit monticule, de façon à ce que son visage se reflète dans chacune des auges. Il se cache lui-même derrière un rocher et attend, tranquille et calme, l’arrivée du serpent.

Le soleil avait disparu derrière la montagne. La lune venait de se lever. Tout à coup, dans le lointain, on put apercevoir comme seize étoiles de diamant qui brillaient d’un vif éclat dans la profondeur de la nuit. Ces étoiles se rapprochèrent. C’étaient les yeux pétillants de convoitise des huit têtes du monstre. Il s’en vint tout près de la cabane et fit entendre à la fois huit sifflements aigüs. Le vieillard et sa femme tremblèrent. Ce cri leur rappelait leurs sept filles mortes et le danger que courait leur chère [Kuch]Inadahime.

Le serpent, attiré par l’odeur du saké, s’approche avec lenteur, et ses huit têtes se lèvent d’un même mouvement. Il aperçoit dans chacune des auges le visage de celle qu’il cherche. Son énorme queue bat un moment l’espace, signe de son immense joie. Les huit têtes plongent aussitôt, et le monstre, d’un seul trait, avale la précieuse liqueur, jusqu’à la dernière goutte. Mais aussitôt ses regards se troublent, le vertige de l’ivresse le saisit, il s’étend sur le sol, puis se replie sur lui-même et s’endort.

Susanoo no mikoto sort à ce moment de sa cachette. Il tire son sabre du fourreau et, d’une main habile, abat l’une après l’autre les huit têtes du monstre, dont le corps bondit en des contorsions effrayantes.

Le dieu veut achever sa victime. Il la découpe en morceaux. Mais, au moment où il allait séparer la queue du tronc, son sabre est arrêté par un corps résistant, qui fait entendre un son métallique. Le dieu, surpris, s’arrête et, délicatement, entr’ouvre les chairs. Quelle n’est pas sa surprise d’apercevoir dans la queue du monstre un autre sabre étincelant, tout incrusté de diamants et de pierres précieuses, un sabre si beau que les dieux du Takamagahara n’en virent jamais de pareil !

Susanoo no mikoto le retire et se dit à lui-même qu’il l’emportera au ciel, en fera cadeau à sa sœur Amatérasu ; par ce moyen-là, il se réconciliera avec elle, et pourra reprendre sa place dans l’assemblée des dieux…

On se figure la joie du pauvre vieillard et de sa femme, en apprenant que le monstre est mort et leur enfant sauvée. Ils ne surent comment remercier le dieu. Celui-ci demanda et obtint la main de la belle [Kuch]Inadahimé, qu’il aimait grandement. Ils se marièrent, se construisirent au pied de la montagne une habitation élégante, et vécurent longtemps ensemble dans la plus parfaite harmonie. Puis, quand le temps de l’exil eut atteint son terme, le dieu retourna au Takamagahara, emmena avec lui la belle [Kuch]Inadahime, la présenta aux autres divinités, qui la nommèrent déesse.

On voit aujourd’hui, dans le pays d’Izumo, la maison qu’habitèrent Susanoo no mikoto et son heureuse épouse. Cette maison est devenue un temple, le temple le plus célèbre du Japon, après celui d’Isé. Les prêtres qui le desservent sont les descendants directs de ces deux divinités. Les habitants de la contrée ont toujours eu pour ce temple la plus grande vénération. On y vient même en pèlerinage de toutes les parties du Japon.

Le sabre précieux que Susanoo no mikoto trouva dans la queue du monstre Yamata fut offert dans la suite à l’Empereur du Japon, par la déesse Amatérasu. Il porte le nom de Kusanagi-no-tsurugi. Ce sabre, le miroir sacré, et le sceau de pierre précieuse, sont les trois talismans de l’Empire.

On le conserve, dit-on, à Atsuta, province d’Owari.

Claudius Ferrand

LE BOUVIER ET LA TISSERANDE

 

 

51K1b0cb0rL._AA300_PIkin4,BottomRight,0,7_AA300_SH20_OU08_L’Empereur Céleste avait sept filles intelligentes et habiles. La plus jeune était la plus gentille et la plus travailleuse. Experte en tissage, on l’appelait la Tisserande. Un jour, pour se reposer de leur travail, elle et ses soeurs descendirent sur terre pour se baigner dans une rivière limpide. Près de la rivière vivait un jeune orphelin qui faisait paître les boeufs dans la vallée et vivait avec son frère aîné et sa belle soeur. Tout le monde l’appelait le bouvier. Il avait alors plus de 20 ans, n’avait pas encore pris femme et travaillait tous les jours du matin au soir. Sa solitude et sa peine lui avaient attiré la sympathie d’un vieux buffle qui vivait jour et nuit avec lui. Ce vieux buffle pouvait comprendre ses paroles et le bouvier les siennes. Au cours des ans, ils étaient devenus de fidèles compagnons partageant ensemble joies et peines.

 

Ce jour-là, après avoir labouré un lopin de terre, le bouvier mena le buffle au bord de la rivière pour l’abreuver. C’est alors qu’il vit les sept soeurs se baigner dans la rivière et s’ébattre joyeusement dans l’eau. Toutes étaient très belles, surtout la plus jeune. Comprenant l’émoi du jeune homme, le Buffle lui dit à l’oreille : – Va prendre les habits qui se trouvent près du saule, et celle que tu aimes deviendra ta femme. Le bouvier fit deux pas en avant, puis hésita, intimidé. – Dépêche-toi ! Vous ferez un très beau couple ! Le bouvier s’élança finalement, prit les vêtements de la jeune fille près du saule et fit demi-tour. Surprises par l’apparition de cet inconnu, les jeunes filles se rhabillèrent en hâte et s’envolèrent dans le ciel. Seule resta dans l’eau la jeune Tisserande. Le bouvier lui ayant pris ses habits, elle ne pouvait pas sortir et attendait avec impatience, les joues écarlates. – Bouvier, rends-moi mes habits ! Supplia la Tisserande.

 

- D’accord, si tu acceptes de devenir ma femme ! Répondit le jeune homme en la regardant amoureusement. Malgré l’agacement qu’elle éprouvait face à ce jeune homme insolent, l’air sincère et honnête et le regard sentimental du bouvier lui allèrent droit au coeur. Elle hocha la tête sans mot dire. Dès lors, le bouvier et la Tisserande devinrent un couple inséparable. L’homme labourait et la femme tissait. Le temps passa. Quelques années après, le bouvier et la Tisserande avaient un garçon et une fille. Mais la nouvelle de la vie terrestre de sa fille parvint aux oreilles de l’Empereur Céleste. Furieux qu’on eût ainsi violé la loi céleste, il envoya aussitôt un génie chercher la Tisserande pour la ramener au Ciel.

 

Contrainte de se séparer de son mari et de ses enfants, la Tisserande pleura de douleur. Tandis que la Tisserande était escortées jusqu’au Palais céleste, le bouvier ne se consolait pas de la perte de sa femme aimée et les enfants pleuraient après leur mère. Portant ses enfants dans deux paniers au bout d’une palanche, il partit à sa recherche. Il allait la rejoindre quand la femme de l’Empereur Céleste apparut et s’ingéra dans l’affaire. Elle agita la main, et une rivière large et profonde aux eaux tumultueuses brisa l’avance du bouvier. Ainsi, des deux côtés de la Voie Lactée, le bouvier et la Tisserande se regardèrent de loin, sans pouvoir se réunir. Très affligé, le bouvier ne voulut pas quitter le bord de la rivière. De l’autre côté, la Tisserande regardait les vagues impétueuses les larmes aux yeux, refusant de tisser les brocarts célestes. Devant leur résistance, l’Empereur Céleste dut faire des concessions et leur permit de se retrouver une fois par an.

 

Depuis, chaque année, le septième jour du septième mois du calendrier lunaire, les pies célestes forment une passerelle provisoire sur laquelle le bouvier et ses enfants rencontrent la Tisserande. La tristesse de leur séparation émut tout le monde et attira la sympathie de chacun. Dans l’Antiquité, chaque année, le soir du septième jour du septième mois du calendrier lunaire, beaucoup de gens restaient à veiller dehors, contemplant longuement le ciel et les deux constellations de chaque côté de la Voie Lactée, le Bouvier et la Tisserande. Saisis de pitié, ils attendaient leur rencontre. A côté du bouvier scintillent deux petites étoiles ; on dit que ce sont ses enfants qui viennent voir leur mère.

 

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NUWA CREE L’HUMANITE et REPARE LE CIEL

 

 

téléchargement (2)Selon une légende, rapportée dans le Fengsu tongyi (Exégèse générale des mœurs et coutumes) de Ying Shao, auteur des Han de l’Est (25-220 apr. J.-C), la vie commença à prospérer après la création du ciel et de la terre. Les fleurs et la verdure couvraient les montagnes et les plaines, les fauves, les oiseaux et les insectes foisonnaient sur la terre ferme, et les poissons dans les eaux des rivières. Errant à l’aventure dans la nature sauvage, Nüwa se sentit profondément esseulée. Une fois, elle s’amusa à pétrir une pâte avec de la terre jaune et à modeler des figurines sur son propre modèle. A sa grande surprise, celles-ci se mirent subitement à se mouvoir puis à pousser des cris. C’étaient les premiers ancêtres de l’humanité.

Nüwa poursuivit son jeu et se trouva bientôt entourée par une foule des deux sexes qui dansa et l’acclama joyeusement. Elle éprouva un bonheur indicible.

De toute évidence, Nüwa n’est qu’un personnage légendaire. Dans ses Tianwen (Questions au ciel), Qu Yuan (env. 340-env. 278 av. J.-C.), grand poète de l’époque des Royaumes combattants, demanda: «On dit que Nüwa a créé les hommes, mais d’où vient-elle ?» Une explication plus détaillée apparut dans le Shuowen, premier dictionnaire chinois dû au texicologue Xu Shen (env. 58-env. 147). Il y est dit: «Nüwa était une déesse qui présidait à la multiplication de tous les êtres.»

Selon le Huainanzi du bibliographe Liu An (env. 179- 122 av. J.-C.) et des peintures de la dynastie des Han, Nüwa serait la sœur ou l’épouse de Fuxi, Dieu de l’Elevage. Ils étaient représentés avec une tête humaine et un corps de serpent. Par exemple, dans les fresques sur les murs de pierre du temple de Wu Liang (à Jiaxiang, province du Shandong), Nüwa et Fuxi entrelacent leurs queues de serpent et enserrent un petit enfant. La légende présente toujours Nüwa sous les traits d’une déesse bienfaisante qui apprit aux hommes le mariage et inventa à leur intention le shenghuang, sorte d’instrument de musique à vent. Mais le plus intéressant des contes à son sujet a pour thème son exploit de la réparation du ciel.

Dans le Huainanzi et le Shi Ji (Mémoires historiques) de Sima Qian (135 ou 145 av. J.-C-?) on peut lire que l’humanité créée par Nüwa ne cessait de proliférer et de peupler tous les coins de la terre. Une fois, Gonggong, le Dieu des Eaux, et Zhurong, le Dieu du Feu, guerroyèrent entre eux, bouleversant ciel et terre. Vaincu et fou de rage, le Dieu des Eaux se cogna la tête contre le mont Buzhou qui soutenait le ciel. La colonne de pierre brisée, un pan de ciel s’effondra et laissa un grand vide. La terre se fissura, les forêts prirent feu, les eaux jaillirent du sous-sol et causèrent de vastes inondations. Fauves, dragons et serpents sortirent de leurs repaires et s’attaquèrent aux hommes. L’humanité fut alors menacée d’extermination par le feu, le déluge et les carnivores.

Faisant siennes les souffrances des êtres de sa création, Nüwa décida de réparer le ciel et de mettre fin aux calamités. Elle rassembla des pierres multicolores, les fit fondre au feu et en prépara un mortier pour boucher le grand trou céleste. Puis elle tua une énorme tortue, et coupa ses pattes dont elle fit quatre colonnes massives pour soutenir le coin du ciel nouvellement réparé. Le dragon noir, dévoreur d’hommes, fut capturé et mis à mort, l’arrogance du serpent-dragon rabattue. Nüwa brûla des champs de roseaux et, avec les cendres, endigua les eaux de crue qui déferlaient.

Grâce à ses efforts, le ciel reparut tout bleu, la terre fut aplanie et les eaux canalisées. Les fauves et les serpents se firent rares. La paix revint parmi les hommes. Mais, depuis cette catastrophe, le ciel reste un peu incliné vers le nord-ouest et fait glisser vers l’occident le soleil, la lune et les étoiles, tandis que la terre, descendant en pente douce vers le sud-est, fait couler tous les cours d’eau dans cette direction.

Le Shanhaijing (Livre des Monts et des Mers) datant du Ve au IIe siècle avant notre ère rapporte que, après la mort de la déesse Nüwa, son intestin se transforma en dix divinités qui s’installèrent dans la région la plus riche et la plus fertile de la terre. Selon une autre légende, Nüwa finit par quitter les humains. Sur son char de foudre emporté par un dragon noir, elle s’envola vers le neuvième étage du ciel. Sans se glorifier de ses mérites devant Dieu, elle se retira tranquillement pour mener une vie d’ermite.

LA DÉESSE CHANG’E

 

 

Chang'e_flies_to_the_moon_-_Project_Gutenberg_eText_15250Sur la demande de l’Empereur Céleste, Yi abattit les neuf soleils, châtia le démon des eaux Hebo et tua nombre de monstres et d’animaux féroces. Le peuple l’aimait et le vénérait. Yi voyageait beaucoup, se liait d’amitié avec la population et menait une vie paisible. 
Un jour, alors qu’il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l’autre rive une jeune fille puiser de l’eau avec un tube de bambou. 
Un jour, alors qu’il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l’autre rive une jeune fille puiser de l’eau avec un tube de bambou. Sa longue course l’avait assoiffé. Il s’approcha de la jeune fille et lui demanda à boire. Devinant qu’il était le héros Yi, elle l’accueillit aimablement, lui offrit à boire et lui cueillit une belle fleur en témoignage de son respect. Yi choisit alors dans ses trophées une magnifique peau de renard et lui en fit cadeau. 
En bavardant avec elle, il apprit qu’elle s’appelait Chang E. Ses parents avaient été tués par des animaux sauvages. Depuis, elle vivait seule. 
Yi se prit de pitié pour elle et Chang E le respectait beaucoup. les deux jeunes gens tombèrent amoureux l’un de l’autre. Peu de temps après, Yi et Chang E se marièrent et devinrent inséparables. 
Très attachés l’un à l’autre, ils menaient une vie heureuse, et Yi oublia complètement de retourner au ciel. 
Trois années plus tard, l’Empereur Céleste ordonna à Yi de retourner au ciel. 
Lorsque l’Empereur Céleste apprit que Yi s’était marié sur Terre et ne voulait pas revenir au ciel, il se mit dans une grande colère. Dès lors, il fut interdit à Yi de remonter au ciel, mais il se consola en trouvant qu’il était plus heureux sur terre. Ainsi continua-t-il à vivre sur la Terre. 
Mais Yi savait que la vie des êtres humains a ses limites. Un jour, il dit à sa femme : 
– Quand j’étais au ciel, j’ai entendu dire que dans les monts Kunlun, à l’Ouest, habite la Reine-mère d’Occident. Elle possède une pilule d’immortalité. Je vais aller la chercher. 
Ils étaient très tristes de cette première séparation mais, pour vivre éternellement tous les deux, ils étaient prêts à affronter le danger et la mort. Yi prit son arc et ses flèches, enfourcha un bon cheval et se dirigea vers l’Ouest. Après avoir surmonté d’innombrables difficultés, Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun. Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun. 
La Reine savait que Yi était un héros céleste qui avait délivré le peuple de nombreux fléaux. Aussi l’accueillit-elle avec beaucoup de respect. Ayant appris le but de sa visite, la Reine ordonna à l’Oiseau à trois pattes, gardien des pêches d’immortalité, d’apporter une calebasse contenant une pilule d’immortalité fabriquée à partir d’un des fruits de l’arbre d’immortalité. Cet arbre ne donnait des fruits qu’une fois tous les trois mille ans ; c’est pourquoi ces pilules étaient très rares et extrêmement précieuses. 
– Emporte cette pilule, dit la Reine, c’est la seule qui me reste. Néanmoins, c’est largement suffisant pour ton épouse et toi : Prenez-en chacun la moitié, et vous deviendrez immortels. Mais attention, si l’un de vous deux l’avale entière, il s’envolera au ciel et ne pourra jamais plus redescendre sur Terre. 
– Je ne suis venu chercher la pilule d’immortalité que pour vivre éternellement avec Chang E, répondit l’Archer céleste. Puis il prit la calebasse, remercia la Reine et partit. 
Lorsque Yi retrouva Chang E, il lui raconta tout ce qui s’était passé et lui confia la pilule d’immortalité. 
Je suis passé par mille épreuves pour aller la chercher. Si nous la partageons, nous deviendrons immortels tous les deux. Mais si l’un de nous l’avale entière, il ira au ciel sans espoir de retour. Garde-la précieusement, nous la partagerons un jour faste prochain et nous vivrons ensemble éternellement heureux. 
Chang E mit la calebasse dans sa poche avec précaution 
Yi habitait sur la Terre depuis longtemps déjà et un grand nombre de jeunes gens venaient le voir pour apprendre le tir à l’arc. Yi leur enseignait consciencieusement son art. Lorsque le maître est compétent, ses disciples sont brillants, dit le proverbe. De fait, la plupart de ses élèves devinrent de célèbres archers. 
L’un d’entre eux s’appelait Feng Meng. C’était un bon archer, mais un homme ambitieux et jaloux. Il caressait l’espoir que son maître mourût avant lui, afin de devenir le meilleur archer du monde. 
Un jour que Yi était allé chasser, Feng Meng en profita pour pénétrer chez lui et menaça Chang E de son arc. 
– Donne-moi vite la pilule d’immortalité, lui ordonna-t-il, sinon je te tuerai. 
Surprise, Chang E lui demanda : 
– Feng Meng, tu es le disciple de Yi ; pourquoi… ? 
Je ne considère plus Yi comme mon maître. Devrais-je toujours rester un archer de second ordre toute ma vie ? Non, car il mourra avant moi ! rétorqua Feng Meng en riant sarcastiquement. 
Chang E était rouge d’émotion et de colère. 
– Allons, dépêche-toi de me donner cette pilule ! Cria Feng Meng en brandissant son arc d’un air menaçant. 
Chang E pensa à toutes les épreuves que son mari avait dû traverser pour aller chercher la pilule d’immortalité. Elle ne devait pas laisser Feng Meng s’en emparer. Alors Chang E sortit de sa poche la pilule et, au moment où Feng Meng tendait la main, la porta rapidement à la bouche. Elle l’avala et s’élança vers la porte. 
Chang E avait déjà franchi le seuil lorsqu’elle se sentit toute légère et s’envola vers le ciel. En pensant à son mari resté sur terre, elle décida de se réfugier sur l’astre le plus proche, la Lune. Dès lors, le Palais lunaire, dans lequel vivait désormais Chang E, brilla d’un éclat nouveau. 
Lorsqu’à son retour de la chasse, Yi apprit ce qui s’était passé, une immense tristesse l’envahit. Il regarda la Lune et pensa à sa femme Chang E ; des larmes inondaient ses joues. 
Devant l’ingratitude que Feng Meng lui avait témoigné, Yi fut rempli de colère. Il prit son arc et ses flèches et sortit à la recherche de son disciple. 
LA DÉESSE CHANG'E dans Retiens la Légende 220px-MoongoddessFeng Meng s’était caché dans un bois derrière la maison de Yi. Lorsque celui-ci passa à la hâte devant lui sans le voir, il lui assena un violent coup de bâton sur la tête. Yi s’affaissa, mortellement blessé. 
Lorsque les disciples de Yi découvrirent le crime de Feng Meng, ils arrêtèrent ce dernier immédiatement, l’attachèrent à un grand arbre et le transpercèrent chacun d’une flèche. Son ambition démesurée l’avait mené à sa perte. 

PANGU le créateur du ciel et de la terre

 

 

Pangu«Depuis que Pangu a créé le ciel et la terre . . .», ainsi commencent beaucoup de légendes chinoises.

Qui était Pangu, ce souverain créateur de toutes choses ? Selon une légende de l’époque des Trois Royaumes (220-280) recueillie par Xu Zheng dans son livre Sanwu Liji, avant que le monde soit monde, Pangu était en germe dans un grand œuf où se mêlaient le ciel et la terre. Quand il se réveilla, dix-huit mille ans après, il se trouva dans une atmosphère étouffante. A tour de bras, il brisa d’un coup de hache la coque de sa prison qui éclata en deux : les éléments légers et transparents s’envolèrent et formèrent le ciel, tandis que les éléments lourds et froids se déposèrent et formèrent la terre. Debout sur la terre, Pangu soutenait le ciel qui lui pesait sur la tête.

Le ciel et la terre grandirent à raison de dix zhang (1 zhang = 3,3 m) par jour, au même rythme que Pangu. Encore dix-huit mille ans s’écoulèrent. Le ciel était déjà très haut, la terre épaisse et la taille de Pangu atteignait quelque 90 000 li (1 li = 500 m). De peur que le ciel ne tombât, il le soutenait sans broncher, debout, tel un gigantesque pilier.

A la mort du génie créateur, son souffle se transforma en nuages et en vent, sa voix en tonnerre, ses yeux en soleil et en lune, ses membres et son corps en cinq grandes montagnes, son sang en rivières, ses vaisseaux sanguins en routes, ses muscles en champs fertiles, ses cheveux et sa barbe en une multitude d’étoiles. Sa peau et ses poils devinrent les prairies et les forêts, sa moelle et son cerveau se cristallisèrent en perles et en jade, sa sueur tomba en rosée et en pluie. Selon certaines légendes, ses larmes convergèrent en rivières, ses yeux jetèrent des éclairs, et son humeur, bonne ou mauvaise, donna lieu au beau temps ou à la pluie. Maître de l’univers, Pangu régna sur tous les êtres et toutes les choses.

Selon d’autres légendes répandues chez certaines minorités nationales de la Chine du Sud, Pangu serait l’ancêtre de l’humanité. Il y avait dans la plus haute antiquité un roi du nom de Gaoxin qui régnait sur le monde. Il avait un chien multicolore, qui grandissait dans une assiette (pan) et une courge (hu, prononcé autrefois à peu près comme gu), d’où son nom de Pangu. A l’époque, un roi rival du nom de Fang cherchait par tous les moyens à nuire au roi Gaoxin. Furieux, celui-ci convoqua ses ministres et promit la main de sa fille à qui lui remettrait la tête de son adversaire.

Mais personne n’osa risquer sa vie dans cette aventure contre le roi Fang qui était défendu par une puissante armée. Entre-temps, le chien Pangu avait entendu cette promesse faite par son maître. Il quitta en tapinois le palais royal et se rendit au devant du roi Fang en frétillant joyeusement de la queue. Tout fier de lui, le roi Fang dit à l’un de ses ministres : «Les jours du roi Gaoxin sont comptés. Même son chien le quitte et vient chez moi.» Cela dit, il convia ses sujets à un festin et garda Pangu auprès de lui. La nuit, alors que le roi Fang, ivre, était plongé dans un profond sommeil, Pangu monta sur son lit et, le mordant au cou, lui arracha la tête et la ramena au palais du roi Gaoxin. A la vue de Pangu revenu avec son butin entre les dents. Gaoxin ne se sentit pas de joie. Il ordonna de régaler le chien d’un bon plat de bouillie de viande. Mais Pangu détourna dédaigneusement les yeux de la nourriture et, tout triste, s’en alla dormir dans un coin de la maison.

Il y resta trois jours sans manger. Intrigué, le roi Gaoxin lui demanda la cause de son chagrin : «Pourquoi boudes-tu tes repas? Aurais-je manqué à la promesse de te donner la princesse en mariage ? Mais comment une fille peut-elle épouser un chien ? » A sa stupéfaction, une voix humaine lui répondit «Sire, ne vous faites pas de soucis, placez-moi dans une cloche d’or pendant sept jours et sept nuits et je me métamorphoserai en homme.» Ce qui fut fait. De peur que Pangu ne mourût de faim, la princesse amoureuse vint le sixième jour entrouvrir la cloche au moment ou Pangu n’avait pas encore achevé sa mutation. Mais l’ouverture de la cloche ayant arrêté sa transformation, Pangu se montra désormais avec une tête de chien et un corps humain. Pleine de remords, la princesse consentit à se marier avec ce monstre. Ils se réfugièrent dans une montagne reculée du Sud, où ils vécurent en parfaite harmonie. De leur union naquirent trois fils et une fille, premiers habitants de la terre.

Pangu jouit encore d’un grand respect parmi les populations miao, yao, li et autres qui vivent en Chine méridionale. Des vestiges de temples dédiés au «Roi Pan» se rencontrent à Guilin, dans le Guangxi, et dans le distrtict de Nanhai, de la province du Guangdong.

 

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