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LES MYTHES DU COCOTIER

 

COCOTIER 2Tout a commencé lorsque le cocotier poussa de la tête d’un serpent de mer, ou plutôt d’un serpent mère. Ses yeux et sa bouche sur chacun des fruits rappellent à chacun le visage de la mère du cocotier. Les fruits, dont les yeux pointaient jadis vers le sol, observaient les malheureux passants pour les tuer en se laissant tomber sur leur tête. Une jeune homme de Maewo flécha et retourna les fruits de cocotier qui aujourd’hui, aveugles, ne font plus de mal aux êtres humains. On peut ainsi dévisager la mère serpent sans crainte lorsque le fruit est détaché de son inflorescence par sa bouche (le pore germinatif) nous nous délectons d’une boissons délicieuse, médicinale et magique qui n’est autre que le sang d’une mère particulièrement importante dans un système matrilinéaire où les enfants héritent le sang de leur mère. En mangeant la chair de l’amande, c’est un morceau du « corps de la mère » que nous ingérons.

Non loin des Iles Banks, aux Torres, il ne s’agit pas d’un serpent de mer, mais d’une anguille qui se transforme en un magnifique garçon après avoir mangé de manière répétitive de l’igname. Il attirera l’amour féminin et par conséquent déclenchera des jalousies masculines ; il devra se retransformer en anguille pour retourner dans son milieu marin et ainés éviter la mort que lui promettaient les hommes du village. L’anguille malgré sa bienveillance et sa modestie en engendre les sentiments les plus violents chez les hommes (et non les femmes) allant de la jalousie au meurtre. Aux Torres, l’anguille se transforme en homme en inhalant des tubercules d’ignames alors qu’à Mota elle donnera vie à l’un des arbres les plus utiles pour les hommes  et les femmes de l’île. Cette transformation d’un animal en être humain (beau jeune homme ou mère d’une belle jeune fille) est commune en Mélanésie. C’est donc la relation entre les personnes et les objets personnifiés qui devient « la cible des affaires locales ».

La création du cocotier a nécessité le sacrifice par une mort violente, le feu, de la mère serpent. Cette mort rôde désormais autour du couple cocotier/homme. Ainsi, l’objet symbolisant la magie noire (bourre de coco, os brûlés et autres ingrédients) a été enterré non seulement sous le lit de l’homme visé mais aussi sous le cocotier qu’il avait planté. Les sorts du cocotier et de son planteur sont liés. De même, lorsqu’un contrat de mariage est conclu, deux cocotiers sont plantés côté à côte : la mort de l’un des deux présage du décès d’un des deux futurs mariés.

Enfin, un type de cocotier de forme spicata dénommé mötô taktak (les fruits sont directement attachés à l’axe centre de l’inflorescence) est un cocotier de mauvaise chance. Si l’on en a un dans son jardin, on mourra jeune. Si l’on remarque un jour que le nombre fruits sur l’infrutescence correspond au nombre de ses frères et sœurs, et si le lendemain un des fruits est tombé, alors un enfant de la famille décèdera prochainement.

Dans une histoire de Mota Lava, les folioles en mouvement, alors que le vent ne soufflait pas, indiquèrent à une femme se rendant au jardin la mort de sa mère restée à la maison. De plus, sur cette même île, on raconte que si le héros commun au groupe des Banks, Qet, crée les êtres humains en sculptant des morceaux de bois, l’araignée Malawa annonça l’arrivée de la mort en enterrant ses sculptures humaines sur des nattes tressées de folioles de cocotier. Ainsi, cocotiers et êtres humains sont liés par un contrat de vie et de mort ; le cocotier, l’ »alter ego vivant » de l’Homme (Giambeli 1998) l’accompagne de sa naisse jusqu’à sa mort.

D’autres exemples de ce type existent dans le Pacifique. Pour préserve la santé d’une nouvelle mère de Nauru, le placenta, ibi, doit être immédiatement enterré au pied d’un cocotier, ini, planté devant la maison. Le sort de l’enfant et du cocotier sera dorénavant lié (Petit-Skinner 1983).

Pour que le destin d’une plante reflète celui d’un être humain, la plante doit présenter des qualités dignes du monde des Hommes ; de ce fait, que ce soit à travers l’histoire du cocotier mötö vavan à Vëtuboso ou celle de Pentecôte, le cocotier est un être doué de raison et d’intelligence.  Mieux que le bananier qui meurt chaque année ou que le sagoutier qui s’éteint lors de son unique fructification, le cocotier, par sa patience et sa réflexion, a su se préserver d sa mort certaine en vivant plus longtemps et en produisant des fruits chaque mois. Lors de ses promenades sur Reef Istalnd, ce sont ses fruits qui disparaissent ; ils portent comme les têtes des Hommes, sa conscience.

Le cocotier laisse ses attributs végétatifs ancrés dans le sol de l’île, mais possède la capacité de voyager vers d’autres lieux grâce à ses fruits. N’est-ce pas cette stratégie qui a permis au cocotier de diffuser ses semences dans tout le Pacifique ?

Le cocotier est donc doué d’intelligence, mais il présente aussi les mêmes cycles biologiques qu’une femme.

Fertile à sept ans, il rentrera lentement en « ménopause » vers 50 ans pour s’éteindre à plus de 81 ans. Durant sa vie, un organe fertile sera produit chaque mois. Après fécondation, chaque fleur mettra 9 à 10 mois à se transformer en fruits suffisamment matures pour se détacher de leur mère et vivre une autre vie. ses enfants souvent illégitimes, car d’origine paternelle inconnue, vivront non loin de leur mère ou prendront le large, voguant sur cette étendue d’eau, l’océan. Ces descriptions biologiques s’illustrent au mieux dans le mythe d’origine des gens de Lotowan, que l’on appelait anciennement les gens de Maligo, sur l’île de Mota. Leur ancêtre commun est une petite fille qui tomba d’un cocotier comme une noix de coco.

Plus qu’un visage, ses fruits peuvent être comparés à des seins de jeune filles comme le montre le nom d’une des catégories nommées de cocotiers, le mötö wësusuḿalḿal « cocotier / poitrine de jeune fille ou flèche empoisonnée », dont les fruits sont ronds avec une petite pointe. L’eau des fruits de cocotier présente également une certaine analogie avec le fait maternel, et dès sa naissance, l’enfant devait jadis avaler de l’eau de coco.

COCOTIER 3Le cocotier présente ainsi toutes les caractéristiques d’une femme, et plus précisément d’une mère. Comme d’autres en Indonésie, les habitants de Vanua Lava soulignent très justement la valeur reproductrice du cocotier lorsqu’ils offrent des fruits en germination à l’occasion d’un mariage ; la fertilité de la jeune mariée est honorée à travers ces offrandes. A Bali la fertilité du cocotier est relevée par les hommes et non les femmes. Lors de la plantation d’un cocotier, un homme doit avoir son fils, l’héritier masculin, à cheval sur ses épaules. Dans le golfe du Bengale, sur Nicobar, une femme enceinte doit limiter ses relations avec les cocotiers en n’en coupant pas, en n’en buvant pas l’eau des fruits, en n’utilisant pas un fruit qui n’a pas été débourré ou en ne courbant pas une palme ou une inflorescence. En réalité, sur ces îles, depuis la naissance jusqu’à la mort, le cocotier est le « miroir » de ses habitants, et « l’étude de la société est incomplète sans l’étude du cocotier ».

Au Cambodge, la vie d’une femme âgée est prolongée si sa mort et sa renaissance sont mimées par la destruction d’un corps de substitution, dont la tête est représentée par une noix de coco et des paquets de riz, les côtes par des bananes et le squelette par des morceaux de canne à sucre. De plus, chaque femme médium possède un « maître de naissance » matérialisé par un objet, le Kachom, dont l’éliment principal es tune noix de coco (Ang 2005).

EXTRAIT de la Thèse de Sophie Caillon (2005)

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L’EMPREINTE TERRITORIALE, UNE RUPTURE DES TRADITIONS

 

220px-1859-Martinique.webLe cocotier permet non seulement de délimiter un espace, mais aussi de le capturer.

Les parcelles cultivées ou en forêt sont démarquées par des points, comme un arbre ou une pierre, et des lignes remarquables, comme un chemin ou une rivière. Le cocotier est un arbre idéal pour délimiter une parcelle encore non plantée car, étranger à cet écosystème, on le remarque facilement au-dessus de la végétation locale d’autant plus qu’il pousse vite et haut. On peut aujourd’hui repérer d’anciens cocotiers marquant le coin d’une parcelle.

Plus que de le délimiter, le cocotier capture l’espace. En effet les droits de propriété n’existent pas au Vanuatu et sont remplacés par des droits d’usage. Le sol appartient à un lignage et la plante cultivée à son planteur. En plantant des cocotiers sur une terre, le père est sûr d’avoir tous les droits sur l s arbres et leur production de son vivant mais aussi assure ainsi la transmission du bien à ses enfants. ces derniers doivent néanmoins payer sous forme de monnaie locale (anciennement monnaie de coquillage), de taros, de cochons… le lignage paternel pour racheter leurs droits sur la cocoteraie du père, d’autres espaces préalablement cultivés et l’emplacement de la maison.

Le sol prend l’identité du planteur d’arbre, du moins tant que l’arbre vivant est présent.

EXPERIENCE : Une fois la foire achevée, j’ai voulu planter le cocotier sur la place du village, près de l’Eglise, pour que tout le monde puisse le voir et pour ne favoriser personne en le plantant sur son espace personnel. Très vite, des discussions entre les chefs du village sont montées et « mon » cocotier toujours emballé restait près de la maison d’un des membres de ma famille adoptive.

Régulièrement, je demandais des nouvelles de ce cocotier, mais à part le fait qu’il était dangereux de planter un cocotier dans un village à cause des cyclones, personne ne désirait s’expliquer. Après une quinzaine de jours, j’ai dû partir du village et j’ai abandonné le cocotier à cette même place pour voir comment cette situation allait se régler. A mon retour, le cocotier était planté dans le jardin de ma famille d’adoption, mais près du chemin pour que tout le monde puisse le voir, comme j’en avais formulé le souhait. A observer le déroulement de l’opération, il est clair que le problème n’était pas du côté de ma famille qui aurait bien voulu s’approprier cet objet rare venant de loin, de mon monde. Le blocage venait des membres du village, plus particulièrement du chef de la place du village et du chef de l’Eglise, qui voyaient dans cet acte ma volonté de m’approprier leur espace. Sur cette place, seuls sont présents d’immenses manguiers plantés il y a fort longtemps par les missionnaires.

Le cocotier « procure de la nourriture à consommer, et des métaphores pour vivres » (Giambelli 1998)

Ces métaphores s’inspirent principalement de la forme humaine du cocotier. Dans le village de Vétuboso, l’anthropomorphisation du cocotier est identifiable à plusieurs niveaux : le mythe d’origine, la ressemblance de la noix de coco à un visage ou à un sein féminin, la liaison mortelle entre le cocotier et l’Homme, sa présentation comme un être rusé et le développement biologique du cocotier proche de celui d’une femme.

Sachant que « Le territoire occupé par un groupe résulte principalement de l’accumulation des droits d’usage des individus » (Walter 1996), l’étude de la transmission des terres et de leurs plantes ne peut être éludée. On ne peut pas être un homme du lieu et être dénué de terre. C’est ainsi qu’) Vëtuboso, l’orphelin Wönödö ne voulut pas épouser la jeune fille qui le désirait car il n’avait pas de terre à cultiver ; il lui offrit cependant une rivière aménagée plantée de taros,. Il s’est depuis transformé en une pierre au fond d’une rivière pour échapper aux poursuites du genre féminin. Pour une meilleure compréhension, il est nécessaire de distinguer la transmission des végétaux plantés de celle des cocoteraies (ou jardins) et des tarodières.

« Aucune terre n’est inaliénable, du moins en principe, puisque l’espace est tout entier animé par l ’esprit des ancêtres et sous le seul contrôle possible des vivants et des morts appartenant au lignage originel » (Bonnemaison 1980). La circulation des terres au sein d’un système d’alliance restreint entre deux moitiés exogames, qu’elles soient plantées de plantes annuelles (jardins) ou pérennes (cocoteraies), permet de mieux comprendre les liens dynamiques qui se tissent dans un village aujourd’hui, mais aussi dans le passé et dans le futur. En effet les ayants droit de demain dépendent de leurs relations au lieu et de la chaîne humaine qui les lie à leurs ancêtres, soit du chemin des lignages qui les met en relation au lieu. Ces transmissions sont une sorte de « comptabilité des chaînons de l’alliance de mariage ».

Il existait une transaction dite traditionnelle pour acheter des terres à un autre lignage à l’aide de cochons, de nourriture et de monnaies de coquillages. Mes recherches ne me permettent pas de trancher sur l’existence d’une telle pratique avant la colonisation.

COCOTIER 5Les femmes ont moins de droits que les hommes car elles « suivent le chemin de leur mari ». Elles acquièrent certains droits lorsqu’elles n’ont pas de frères, et lorsqu’elles sont veuves. On dit alors qu’elles travaillent au nom de leurs enfants. dans un système matrilinéaire, on attendrait une transmission des terres de l’oncle maternel vers son neveu utérin. Cependant aucune transmission de cocoteraies suivant ce schéma n’a été relevée dans le village de Vëtuboso. Si l’importance de l’oncle maternel dans les discours est incontestable, la mise en pratique d’une telle relation semble aujourd’hui réduite ; le père de famille joue son rôle de chef de famille selon la volonté des missionnaires. On peut aussi imaginer que, dans les temps anciens, l’oncle maternel n’était pas seulement un futur beau-père, mais transmettait aussi des biens, dont des droits à cultiver, aux fils de sa sœur. D’autres recherches en anthropologie seraient nécessaires pour clarifier la situation d’antan.

EXTRAIT de la Thèse de Sophie Caillon (2005)

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LE COCOTIER, UN ARBRE DE VIE

 

Cocos_nuciferaLe cocotier est loin de n’être qu’un arbre « d’argent » ; il est très souvent surnommé « arbre de vie » par la littérature scientifique (Ohler 1984) pour la multiplicité de ses usages tant alimentaires que domestiques ou sociaux à travers les mythes, la médecin locale et la magie.

La noix de coco est à la fois un fruit, un légume et un condiment. Elle est consommée comme fruit à un stade immature, vðs , pour sa chair gélatineuse immergée dans une boisson savoureuse et sucrée, et à un stade avancé de germination, sol, pour consommer l’haustorium, en particulier les fruits germés dénommés solvet (vet -, pierre) sélectionnés pour leur fermeté et leur saveur sucrée, ou solqёtqet, dont les fruits coincés entre les palmes commencent à germer sans être en contact avec la terre. L’haustorium de ce fruit est plus sucré, et la cavité du fruit est dépourvue d’eau.

L’Homme n’est pas le seul à rechercher cette douceur. Une fois la fleur fécondée, elle peut être attaquée au sommet de l’arbre par les roussettes (gërët, Pteropus anetianus), les loriquets à tête bleue (mès, Trichoglossus haematodus) et les rats (gösöw, Rattus exulans et R. rattus). De plus, les fruits germés ouverts constituent la base de l’alimentation des cochons domestiques de l’île et les résidus d’albumen sec râpés sont donnés aux poules.

L’unique bourgeon terminal du cocotier est un mets d’autant plus recherché que pour le consommer il faut sacrifier l’arbre entier. Il sert à préparer la « salade du millionnaire ». A Vêtoboso même si les villageois connaissent cet usage, ils ne le mettent pas en pratique car cela impliquerait l’élimination d’un jeune cocotier, les bourgeons des vieux étant trop difficiles d’accès.

Le lait de coco est extrait à partir de l’albumen râpé d’une noix mature ou meren. Il peut être mélangé à l’eau de cuisson ou versé pur dans les marmites où sont cuits les tubercules et des fruits coupés en morceaux ou râpés en boulettes. Il est indispensable dans les recettes de laplap cuit au four à pierre, et il est un des éléments fondamentaux dans la préparation du nalot. Même si les nangilles et les velles sont plus valorisées pour les nalot cérémoniels comme le löt  nemerefi, une fête ou une cérémonie ne peut s’affranchir d’un des nombreux nalot au lait de coco depuis la colonisation et l’augmentation du parc à cocotiers qui s’en est suivie.

L’huile de noix germée est utilisée pour graisser les feuilles d’héliconia afin qu’elles n’attachent pas à la pâte de tubercules ou de fruits. On peut aussi la consommer telle quelle avec un morceau de taro.

L’ARBRE AUX MILLE USAGES

A chaque usage correspond une partie du cocotier : feuille, nervure, coque et bourre. Les palmes entières sont posées sur les toits en feuilles de sagoutier pour les protéger des cyclones. Si une partie du toit est emportée lors d’un cyclone, des palmes rapidement et sommairement tressées boucheront les interstices pour éviter que le vent, en s’engouffrant n’emporte le reste du toit. Tressées en nattes serrées, les palmes peuvent servir de toits pour les maison éphémères dans les jardins.

Les folioles souples situées à la pointe de la palme sont tressées en éventail. Les plus solides sont tressées en de nombreux paniers ayant chacun un usage bien particulier. Elles sont aussi séchées à l’intérieur des maisons pour allumer le feu du matin ou pour éclairer son chemin la nuit.

Les nervures des folioles sont assemblées en balais, et chacune d’entre elles est utilisée pour vérifier la cuisson d’un tubercule en train de cuire dans une marmite. Brûlant lentement, le stipe de cocotier est un bon combustible. Il est également utilisé comme pilier dans la construction des maison.

Les coques vides servent de récipients, en particulier celles qui sont allongées et pointues car elles peuvent ainsi être plantées dans la terre par le buveur de kava. Les coques permettent de râper l’épiderme des cormes de taro, de creuser le four à pierre. Elles servent également comme combustible donnant à la nourriture, comme le poisson ou l’igname nummulia un goût et une texture particuliers.

La bourre de coco sert de passoire pour filtrer les débris de racine de kava ou les débris d’albumen du lait de coco. On peut s’y sécher les mains et l’utiliser comme papier hygiénique.

Les nervures des palmes ou la bourre de coco étaient jadis tressées en corde. La corde en bourre imputrescible, était particulièrement prisée pour l’amarrage des canots et reste aujourd’hui le moyen de ligaturer le bout pointu des flèches.

La noix (sous la bourre) sèche et vide sans qu’elle ne soit brisée, est utilisée comme diffuseur de feuilles magiques, par exemple enfouie à l’entrée des bassins de taros pour éliminer les ravageurs. Le cocotier magique par excellence est celui qui, immature, a un anneau rouge autour de l’attache du pédoncule au-dessus des pores de germination/ l’eau de ce type de cocotier est en général utilisée comme excipient pour un ensemble de recettes magiques, en liant un ensemble de feuilles de diverses espèces permettant ainsi à l’homme ou à la femme malade d’assimiler les substances médicales. Du temps de la hiérarchie du soq, l’homme qui passait son premier grade, ne pouvait pas entre autre, se laver pendant 100 jours alors qu’il était enfermé dans le nakamal. A sa sortie, il devait se laver avec un seul fruit du stade mët, (contient de l’eau mais pas encore d’albumen) bouchée par des galets de la plage, des feuilles magique sont enfermées. Lorsque la marée est haute, cette noix doit être discrètement et invisiblement enterrée à la limite de la ligne d’eau. Cinq jours plus tard, en montant au sommet d’un arbre, on peut observer l’arrive des poissons par le noircissement de la mer. Pour les stabiliser près du rivage, des algues consommables ont multipliées sous l’action d’une autre feuille jetée dans la mer.

Si un enfant ne sait pas bien marcher, la mère le présente à un cocotier dont les folioles bougent tout le temps même lorsque le vent s’arrête, le cocotier môtô lak. Le père agite de haut en bas des folioles de cocotier devant puis derrière l’enfant.

Si quelqu’un a besoin d’avoir un discours fécond, « s’ouvrir le gosier » en bichlamar, il doit boire l’extrait, filtré dans les tissus fibreux du cocotier, de huit folioles de ce même arbre écrasées à la pierre et mélangées à de l’eau de mer. Avec les débris végétaux, le corps doit être frotté deux fois devant et deux fois derrière. Puis, ces débris sont jetés dans la quatrième vague pour que le corps puisse prendre la force de celle-ci. Plus qu’un discours prolifique, on acquiert ainsi la possibilité d’être un manar « La personne qui sait » les danses coutumières et les rites, mais aussi l’ensemble de la flore et de la faune.

En mars 2002, un couple de Vétuboso a fait appel à un « sorcier » de Santo car les deux se plaignaient de maladies chroniques. Le sorcier trouva deux récipients en bourre de coco contenant de la craie, un crâne miniature sculpté, des débris d’os humain et de la cendre : cette « recette » a été empruntée à des habitants de Pentecôte. L’un était enfoui dans la terre, sous le lit de leur maison sur pilotis. Le deuxième était enterré sous un cocotier que le propriétaire malade avait plané. Pour expliquer ce geste, des habitants du village m’expliquèrent que le cocotier symbolise l’Homme avec ses fruits en forme de visage : les deux pores non germinatifs représentent les yeux et le pore germinatif la bouche à travers de laquelle on peut s’abreuver. Si le « sorcier » n’avait pas trouvé le paquet magique en bourre de coco, alors la mort de l’arbre aurait précédé celle de l’homme qui l’avait planté.

Sur  Mota Lava, la noix de coco peut également être utilisée comme châtiment : lorsqu’une personne manque de respect même par inadvertance, à sa tante paternelle, elle doit manger une noix de coco souillée par de la terre (Lanouguère-Bruneau 2002). A Ambae, les esprits des Hommes morts s’abritent au sommet des arbres et des cocotiers (Rodman 1995).

EXTRAIT de la Thèse de Sophie Caillon (2005)

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CHOIX DU COCOTIER COMME PLANTE A GENES

 

COCOTIER 3Un contexte social marqué par la redécouverte de la tradition est particulièrement intéressant pour étudier l’effet de la recomposition des savoirs, en particulier naturalistes, sur la gestion des espaces et des plantes cultivées.  Le Vanuatu, archipel du Pacifique Sud, est un site idéal pour analyser une telle dynamique. En effet, suite à son indépendance en 1980 d’un condominium franco-britannique, le Vanuatu tente de reconstruire une identité fondée sur la « coutume », soit sur les traditions des temps pré-coloniaux.

Ces traditions ont la particularité d’être très diversifiées non seulement entre les grandes régions (nord/centre/sud) et les différentes îles, mais aussi au sien de chacune d’entre elles. Cette diversification permet d’entretenir d’importants réseaux d’échanges, de matériel et de femmes, structurant ainsi un espace réticulé entre l’intérieur et l’extérieur des îles (Bonnemaison 1981). Ces échanges ont permis de conforter les alliances, mais aussi d’établir des chaînons linguistiques d’intelligibilité entre les 105 langues du Vanuatu (Tryon 1984). Les chercheurs en sciences sociales – 42 chercheurs pour 186 678 habitants, répartis sur 68 îles – ont largement exploré cette richesse sociale.

Au sein de ce grand ensemble d’îles, le groupe de Banks au nord, et plus précisément le village de Vétuboso sur la côte ouest de l’île de Vanua Lava, a été choisi comme site d’étude privilégié. Relativement isolé géographiquement, ce petit archipel composé de six îles habitées, socialement homogènes (Vienne 1984) présente une grande diversité de paysages écologiques, économiques et culturels. Vanua Lava, l’île la plus centrale, serait le lieu d’origine du héros fondateur des Banks, Qet. Avec ses 610 habitants, Vétuboso est le plus grand village des Banks. Ce site, où la coutume participe largement à la vie quotidienne de ses habitants, semblait avoir plus de chance de présenter des situations individuelles diversifiées.

Deux plantes règlent l’emploi du temps des habitants de Vétuboso : le cocotier (Cocos mucifera L.) en tant que culture de rente et le taro ordinaire (Colocasia esculenta (L) Schott) comme culture vivrière. Le cocotier, « ARBRE DE VIE » comme le nom JG Ohler (1984) dans le titre de son livre, est socialement et économiquement intégré dans tout le Pacifique. Présent avant l’arrivée des premiers Hommes, il en aurait facilité leur installation. De nombreux mythes fondateurs du cocotier existent au Vanuatu comme dans le reste de la Mélanésie et de la Polynésie.

Le cocotier est utilisé dans l’alimentation, dans la construction et comme matériel domestique. Au cours des temps coloniaux, une nouvelle fonction économique lui a été assignée à travers la vente de coprah.  Cette fonction a modifié la perception local de la plante, la faisant passer d’un arbre fruitier à une plante « de Blancs » alors que ses fonctions d’antan sont toujours de mise au quotidien et lors des cérémonies, et que les mythes fondateurs qui lui sont associés sont connus de tous.

Cette plante pérenne au statut « d’arbre » bien qu’il s’agisse d’un palmier et se reproduisant par fécondation croisée, sera comparée au taro, une plante annuelle à reproduction végétative originaire d’Asie du Sud-est et du Pacifique Sud et dont les habitants de Vétuboso sont réputés être les spécialistes. Cultivé au sein d’un réseau de tarodières irriguées encore inexploré par les scientifiques, l’apport du taro par un héros mythique a maqué l’arrivée de l’agriculture sur l’île. Le taro est la plante sociale de toute la côté ouest de l’île de Vanua Lava et le village de Vétuboso est le gardien des savoir-faire, du matériel et des connaissances qui lui sont associés.

De la même façon qu’A-G Haudricourt (1964 :93) avait parlé de « civilisation de l’igname » en Nouvelle-Calédonie, les sociétés de la côte ouest de Vanua Lava peuvent être qualifiées de « civilisation du taro ».  Malgré un intérêt économique international, le cocotier est difficilement conservé dans des banques de gênes à cause de ses graines récalcitrantes, et le taro, espèce orpheline, n’est pour l’instant protégé in vitro que dans une seule banque régionale à Fidji en l’absence d’une collection internationale. Les contraintes biologiques pour l’une et économiques pour l’autre mettent à mal la stabilité variétale et l’enrichissement des collections ex situ ; es politiques de conservation in situ doivent donc être envisagées.

La noix de coco donc, d’abord connue sous le nom de « noix du Pharaon », changea de nom à l’époque de Vasco de Gamma (1460-1524), pour sa ressemblance avec le croquemitaine, Coco, des contes pour enfants portugais (Allorge et Ikor 2003). Son nom malais, nyiur, est omniprésent dans la région Indo-Pacifique (dont le Vanuatu) soit pour désigner le palmier, soit une de ses parties.

CHOIX DU COCOTIER COMME PLANTE A GENES dans DIETETIQUE TAOLe cocotier, espèce arborescente monocotylédone, appartient à la famille des Arecaceae, à la sous-famille des coideae et à la tribu des cocoeae qui comprend 14 genres. Sous le nom de Cocos nufifera L., elle est la seule espèce du genre Cocos et aucune espèce sauvage apparentée n’a pu être identifiée. Les palmiers cocoïdes des vallées andines de Colombe sont les espèces les plus proches d’un point de vue botanique. On distingue traditionnellement le cocotier Grand (allogame, long stade juvénile, grosses noix) et le cocotier Nain (autogame, plus précoce, nombreuses petites noix). Au Vanuatu, les deux types sont présents même si le Grand est largement plus fréquent (il compose 95 % de la cocoteraie mondiale).

Le cocotier, sénile à 80 ans, est une plante pérenne mais n’est pas un arbre ; c’est un palmier. Sont stipe, et non son tronc n’est pas lignifié. Le stipe peut atteindre plus de 40 mètres de haut lorsque le cocotier a 80 ans. Il est l’organe principal de stockage principalement du saccharose et de l’amidon. Sa base renflée laisse déjà apparaître des racines. Celles-ci peuvent atteindre plus de 20 m en longueur et rencontrent à 3 m, de profondeur le plateau coralline. Les racines primaires et secondaires remplissent une fonction d’exploration et d’ancrage alors que les racines tertiaires et quaternaires permettent l’exploitation du sol en absorbant les substances minérales.

L’inflorescence du cocotier n’est pas spécialisée pour un pollinisateur, ce qui permet au cocotier de s’adapter à un grands nombre d’environnements. Principalement les abeilles mais aussi beaucoup d’autres insectes comme des guêpes, des mouches, des fourmis et des perce-oreilles attirés par un nectar produit en abondance favorisent la fécondation des fleurs. Le vent, les chauves-sous sont également des vecteurs d e pollinisation alors que les oiseaux ne semblent pas jouer un rôle important.

La communauté de Vétuboso fonctionne sur le système du big man : l’importance politique et sociale s’accroît avec la richesse personnelle. Traditionnellement, plus un homme avait de cochons à sacrifier, d’ailleurs nourris avec des noix de coco, plus il avait de taros à cuire pour nourrir les autres membres de la communauté lors d’une grande fête, et plus son statut social prenait de l’importance. Pour un homme du village, la vente du coprah est donc un moyen de capitaliser et de monter en grade dans la société ou même de démontrer son aptitude à devenir père de famille. Planter une cocoteraie pour un jeune est un moyen de marquer son territoire dans le village. Il démontre ainsi sa capacité à anticiper (un cocotier ne fructifie au mieux que cinq ans après plantation) les besoins monétaires de sa future famille. Construire une maison, cultiver des taros et planter une cocoteraie détermine la valeur d’un mari et d’un père de famille.

EXTRAIT de la Thèse de Sophie Caillon (2005)

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