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Le bonheur et le malheur se complètent

 

Le bonheur et le malheur ne s’opposent pas, mais se complètent comme le jour et la nuit. L’inverse de leur indissociable couplage est la mort affective, l’indifférence. Attachement et amour ne peuvent se développer que si nous avons connu la souffrance et le retour à la sécurité. La neurologie cognitive n’a qu’une vingtaine d’années, et déjà ses découvertes se comptent par milliers, dont Boris Cyrulnik vulgarise génialement les paradoxes.

Interview : Ce qui frappe dans votre nouveau livre, c’est ce que vous dites sur le malheur. Il ne s’opposerait pas au bonheur, mais constituerait son indispensable complément. C’est leur tandem qui nous rendrait vivants…

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Boris Cyrulnik : Toute vie psychique suppose une dualité bonheur-malheur. Privé de cet antagonisme, vous avez un électroencéphalogramme plat, une absence de vie psychique, autrement dit une mort cérébrale. Le couple bonheur-malheur fonctionne comme la manivelle en croix que vous utilisez pour changer les roues de votre voiture. D’un côté vous tirez vers le haut, de l’autre, vous poussez vers le bas, et un observateur étourdi pourrait s’imaginer que ces deux gestes sont contradictoires alors qu’ils constituent un seul et même mouvement. Il en va de même neurologiquement. Dans la partie antérieure de l’aire singulaire de chacun de nos hémisphères cérébraux, il existe deux renflements. Si une tumeur, un abcès ou une hémorragie altèrent le premier de ces renflements, ou si vous y introduisez une électrode, vous allez éprouver des sensations de souffrance, physique et mentale très aiguës. Si vous déplacez un tout petit peu l’électrode, pour la planter dans le second renflement, vous allez éprouver une euphorie qui peut aller jusqu’à l’extase. Le réel n’a pourtant pas changé. Vous avez juste déplacé l’électrode de quelques millimètres. Au regard de la neurologie, le bonheur et le malheur ne sont pas extérieurs au sujet. Ils sont dans le sujet.

N. C. : C’est une découverte récente ?

B. C. : En fait, on le sait depuis les expériences de James Olds et Peter Milner, en 1954. Ces chercheurs avaient placé des électrodes dans le cerveau d’un groupe de rats et montré que la zone de la douleur jouxtait celle de la jouissance. Par ailleurs, ayant équipé les rats de telle sorte qu’ils puissent électriquement auto stimuler ces zones, ils avaient constaté que les animaux n’arrêtaient pas d’appuyer sur le bouton électrifiant la zone du plaisir, sans pouvoir s’arrêter. Au point d’en mourir ! Jouir à mort est un phénomène que l’on trouve aussi dans la nature. S’ils en ont la possibilité, toutes sortes d’animaux poussent leur recherche du bonheur jusqu’à se tuer. Quand les fourmis tombent par exemple sur un certain coléoptère dont la sécrétion lactée les enivre : elles en oublient leurs tâches, vont et viennent en tout sens et la fourmilière finit en un indescriptible chaos. On pourrait citer les pigeons et les corbeaux qui vont se saouler aux vapeurs de sarments, indifférents aux vignes en flammes…

N. C. : Trop de bonheur conduirait à notre perte ?

B. C. : La réalité est paradoxale. Placez des gens dans une situation de bonheur total, où tous leurs vœux sont immédiatement exaucés, où rien ne vient contrarier leurs moindres désirs : ils se retrouvent vite malheureux. À partir d’une certaine dose, tout bonheur devient insoutenable. Par contre, mettez ces mêmes personnes dans un état de malheur, elles vont souffrir, mais aussi lutter : « Je vais me battre contre le malheur et le vaincre.» C’est dans la résistance au malheur que les humains s’associent, se protègent les uns les autres, construisent des abris, découvrent le feu, luttent contre les animaux sauvages… et connaissent finalement le bonheur d’avoir triomphé de leurs peurs. 

Malheur et bonheur ne sont pas des frères ennemis. Ils sont unis comme les doigts de la main. On le constate aussi dans le rêve, l’utopie, l’espérance qui sont de grands pourvoyeurs de bonheur. On ne peut espérer que si l’on se trouve dans le mal-être.Le bonheur de vivre vient de ce que l’on a triomphé du malheur de vivre. J’ai faim. Arrive quelqu’un qui me donne son sein – qu’est-ce que je l’aime ! J’ai peur. Voilà quelqu’un qui, par sa force et ses armes, me rassure – qu’est-ce que je l’aime ! Il fait froid. Quelqu’un me réchauffe avec son corps et sa couverture – qu’est-ce que je l’aime ! C’est le paradoxe de la manivelle en croix : d’un malheur peut surgir un bonheur ; sans malheur, ce serait impossible.

N. C. : Il y a là une leçon de philosophie naturelle. Accepter la vie, ce serait accepter aussi le malheur, sans lequel il n’y aurait pas de bonheur. Ne pourrions-nous, de même, pas aimer si nous n’avions pas souffert ?

B. C. : Exactement. Seule la complémentarité entre malheur et bonheur fait que nous pouvons aimer la vie. Des chevaux ailés tirent l’attelage de l’âme dans des directions opposées pour le faire pourtant avancer sur un même chemin, écrivait déjà Platon dans Phèdre.

N. C. : Ce processus se met-il en place dès la naissance ?

B. C. : C’est même de fondement des théories de l’attachement. Après le traumatisme de la naissance, le petit humain découvre le malheur. Il ne connaît rien du monde qui l’entoure. Il a froid. Il a faim.. Il a peur. Il souffre. Il se met à brailler. Et tout d’un coup, hop ! On le prend dans les bras. On lui parle. On le nourrit. On l’essuie. Il a chaud. Il reconnaît l’odeur et les basses fréquences de la voix de sa mère. Il se dit : « Ouf ! ça va, je suis à nouveau tranquille. » Il trouve là un substitut d’utérus, et c’est le premier nœud du lien de l’attachement qui va le rendre heureux. À l’inverse, imaginons un bébé qui ne connaîtrait aucun malheur, dont l’environnement serait impeccablement organisé : température idéale, soif de lait aussitôt soulagée, couches propres dans la seconde, etc. Eh bien, ce bébé n’aurait aucune raison de s’attacher.

N. C. : C’est la vieille histoire du « too much »… L’excès nuit toujours ?

B. C. : Oui. Et il en va de même pour nous. Vous avez soif, vous buvez un verre d’eau. Quel délice ! Mais qu’éprouvez-vous au cinquantième verre d’eau ? Du dégoût. C’est un supplice. De même, si la mère entourait son enfant trop longtemps, si elle ne le laissait pas seul au bout d’un moment, il se retrouverait prisonnier d’un cocon étouffant et en viendrait à éprouver de la douleur. « Si maman ne m’entoure pas, je souffre. Mais si elle m’entoure trop, je souffre aussi. » L’être humain ne peut se construire que dans l’alternance, la respiration bonheur-malheur. Et si cette dernière doit être la plus harmonieuse possible, elle doit également suivre un certain rythme. Car, si le bonheur ne peut durer, le malheur non plus…

Si on laisse pleurer le bébé pendant une heure, ça peut aller ; deux heures, ça devient beaucoup ; au bout de trois heures, ça commence à devenir difficile. Arrive un seuil où tout bascule. Le bébé arrête de pleurer. Il commence à s’éteindre. S’il n’est pas rapidement secouru, son système nerveux va interrompre son développement. J’ai été l’un des premier à décrire les atrophies cérébrales liées à une carence affective. Au début, bon nombre de neurologues ne m’ont pas cru : « Ce n’est pas possible, vous vous trompez. » Aujourd’hui, de nombreux confrères confirment cette observation, notamment aux États-Unis. Tous les pédiatres qui travaillent dans les pays en guerre ou en misère savent que les enfants abandonnés ne pleurent pas. Ils attendent la mort en silence. Ils sont morts psychiquement avant de mourir physiquement. Leurs cellules cérébrales sont les premières à s’étioler puisqu’elles ne sont plus stimulées. Puis la base du cerveau arrête ses sécrétions hormonales. Et tout le corps dépérit. Le contre-exemple existe : mettez un enfant abandonné atteint de nanisme affectif dans une famille d’accueil, son cerveau va peu à peu reprendre son développement, c’est rigoureusement vérifié au scanner.

N. C. : Vous évoquez souvent l’image d’une « enveloppe affective sensorielle, faite à la fois de molécules que de mots », absolument vitale au développement de l’enfant. Comme l’a été l’enveloppe matricielle de sa mère…

B. C. : Absolument. Chez l’enfant, il y a d’abord une longue période d’intelligence sans parole. L’enfant décode le monde non par des mots, mais grâce à des images. Puis vient le stade de la parole maîtrisée, vers trois ans. La parole récitée, elle, c’est-à-dire la capacité à faire un récit de soi-même, n’arrive qu’à sept ans, quand les connexions du lobe préfrontal de l’anticipation se sont connectées au circuit de la mémoire – sans quoi vous ne seriez pas capable de vous faire une représentation du temps. Or, toute cette maturation neurologique et hormonale ne se fait que si vous avez cette enveloppe affective autour de vous. Une enveloppe qui, donc, respire, avec flux et reflux, inspiration et expiration, diastole et systole. La vie fonctionne ainsi : par contraste. Et nos sens aussi : pour que le concept « bleu » me vienne en tête, il faut qu’il y ait autre chose que du bleu dans mon champ de vision ; s’il n’y avait que du bleu, je ne pourrais pas le penser. Pour penser le bonheur, il faut qu’il y ait autre chose que du bonheur : le malheur est parfait pour ça.

N. C. : Autre paradoxe, vous écrivez que la parole a une fonction bien plus affective qu’informative.

B. C. : On se parle pour s’affecter. Par mes mots, je peux modifier votre état physique, vous faire pâlir, rougir, rire, bailler, hurler. Si je fais des phrases, c’est pour vous convaincre, vous amuser, vous irriter, vous insulter, vous calmer… davantage que pour vous informer. Et il est à peu près impossible de parler longtemps à quelqu’un sans affecter ses sentiments.

N. C. : Vous dites: « Quand je suis face à Véronique, j’ai une certaine chimie intérieure. Face à Marion, c’en est une autre. Je ne suis littéralement pas le même moléculairement. »

B. C. : La présence de Véronique me stimule. Tout ce qu’elle dégage – qu’elle me communique implicitement par ses formes, son odeur, ses vêtements, ses gestes, sa voix, ses mots – touche quelque chose d’inscrit au fond de ma mémoire neuronale, sans doute depuis l’âge fœtal. Tout se passe à son insu et j’en suis également inconscient, mais tout ce qui vient d’elle m’intéresse et m’amuse. Du coup, toutes mes catécholamines sont stimulées, condition biologique favorable à la mémorisation. Alors que Marion me renvoie, sans s’en rendre compte non plus, toutes sortes de messages qui ne me touchent pas et ne constituent donc pas un événement pour moi. Or, nous ne pouvons pas mettre en mémoire un non-événement.

N. C. : N’est-ce pas ce qu’en langage courant on appelle avoir des « atomes crochus » ?

B. C. : Si vous voulez. Avec des dosages et des catalyses étonnants. Les entraîneurs d’équipes sportives le savent bien, qui recrutent certains joueurs plus pour l’ambiance positive qu’ils vont mettre dans l’équipe que pour leurs qualités intrinsèques. À l’inverse, il m’est arrivé de voir une excellente équipe de scientifiques lamentablement sombrer dans le spleen, simplement parce qu’on avait recruté un chercheur qui, par sa seule présence, stérilisait ou inhibait le travail de tous les autres ! On connaît ça en éthologie animale, par exemple chez les chimpanzés, où l’arrivée d’un nouvel individu va faire que tous les autres deviennent maladroits, laissent tomber les objets qu’ils tiennent, ratent les branches qu’ils visent : ils sont crispés, leur chimie intérieure est déséquilibrée.

N. C. : N’est-ce pas aussi au sein de cette enveloppe que naît la compassion, quand un animal souffre de ce qui arrive à un autre ?

B. C. : Je le pense en effet, même si de jeunes confrères normaliens sont en désaccord avec moi. Vous faites allusion aux « neurones miroir ». Un chimpanzé voit un être signifiant (un congénère, par exemple, ou un être humain qu’il connaît) s’apprêter à manger un aliment qu’il aime (mettons une banane). Automatiquement, il allume la partie de son cerveau qui le prépare à faire le même geste, par exemple tendre la main vers la banane. En même temps, il stimule son lobe préfrontal pour bloquer ce geste, qui doit rester imaginaire – ce qui fait que le cerveau du chimpanzé qui observe dépense deux fois plus d’énergie que celui du chimpanzé qui mange réellement ! 

De façon similaire, que je sois homme ou singe, si un personnage signifiant de mon enveloppe affective, quelqu’un que j’aime bien, souffre, je vais allumer la partie antérieure de mon aire singulaire antérieure, celle qui déclenche des sensations de souffrance. Ce n’est pas moi qui souffre, mon organisme est impeccable, pourtant ma zone de souffrance s’allume et déclenche en moi une sensation de malaise. Alors, que c’est lui qui souffre. Mais je le vois et ça me fait entrer en résonance, parce que c’est un personnage signifiant pour moi. Sa souffrance et la mienne sont de nature différentes. Lui, il est blessé, il saigne. Moi, je souffre de la représentation que je me fais de sa souffrance.

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N. C. : Dans son documentaire Shoah, Claude Lanzmann interviewe un paysan polonais qui labourait un champ près d’Auschwitz. « Alors vous labouriez à deux pas des barbelés, lui demande-t-il, ça ne vous faisait pas mal ? » Et l’autre de s’étonner : « Pourquoi auriez-vous voulu que ça me fasse mal à moi ? Si l’on vous coupe vos doigts, les miens vont bien ! »

B. C. : Cet homme est un pervers, pas au sens sexuel, mais par arrêt d’empathie. Les pervers ont, dans le développement de leur personnalité, quelque chose qui s’est déréglé dans l’empathie, soit par excès, soit par défaut. Par défaut, c’est ce que vous racontez : si vous vous coupez le doigt, c’est vous qui avez mal, pas moi – donc, si l’on brûle des milliers de personnes dans des fours, ce sont eux qui brûlent ; moi, je laboure tranquillement mon champ. Les situations de guerre pousse des masses de gens à basculer dans cette pathologie, puisque, si l’on veut gagner la guerre, il faut ignorer l’autre, le chosifier. 

À l’inverse, l’excès d’empathie, c’est Leopold von Sacher-Masoch, dont on a fait l’archétype du masochiste : « Moi, je ne compte pas, je ne suis rien, quasiment mort psychiquement, je ne jouis plus. Mais si le fait de me faire souffrir fait plaisir à Wanda, la Vénus au manteau de fourrure, au moins éprouverai-je le plaisir de lui faire plaisir. Elle seule compte. En me maltraitant, en me fouettant, elle me donnera un petit sursaut de vie.  »

N. C. : Et si l’on vit dans une enveloppe sensorielle « positive », peut-on user de son empathie à son propre égard ? Ce serait une façon d’expliquer que l’on puisse volontairement influencer son état physique et « reprogrammer » sa santé…

B. C. : Je ne suis pas spécialiste de la question. Mais il est clair que les êtres humains peuvent intentionnellement se « recircuiter », c’est-à-dire s’entraîner à fonctionner et à « se représenter » autrement. Je pense que la psychothérapie fonctionne de cette façon… quand ça marche ! Cela dit, je n’utiliserais pas le mot « reprogrammer », parce qu’aujourd’hui, nous savons que personne n’est programmé. Même génétiquement. L’idée que nos gènes nous déterminent a fait long feu. 

Quelle est la conclusion du fameux « décryptage du génome humain » ? Vous avez entendu ce silence ! (rire) La conclusion, c’est que nous avons à peu près le même génome que les vers de terre (il paraît que les vers de terre sont vexés !) et que nous sommes comme des chimpanzés à plus de 99% ! Il y a donc moins de 1 % de différence entre un chimpanzé et un humain. Mais qui parle de « programme génétique » ? Des journalistes, des psychologues, des psychiatres, jamais des généticiens ! Attention, je ne nie pas l’existence d’un déterminant génétique. Lorsque le spermatozoïde de votre père a pénétré l’ovule de votre mère, ça ne pouvait donner qu’un être humain, pas un chat, ni un vélomoteur. Mais ça n’était en rien prédestiné à devenir vous ! 

Le déterminant génétique donne un être humain. Mais pour donner telle personne réelle, il faut toute la condition humaine, la mémoire, la culture, l’histoire. La moindre variation de l’environnement modifie l’expression des gènes. Mieux : à l’intérieur d’un même gène, un morceau de gène sert d’environnement à un autre morceau ! Par exemple, vous avez des déterminants génétiques du diabète, mais sans diabète, parce qu’une autre partie du même chromosome du même bonhomme induit la sécrétion d’une insuline empêchant l’expression de la maladie. Autrement dit, l’environnement commence dans le gène lui-même ! Nous sommes pétris par notre milieu autant que par nos gènes. Je crois ainsi que la distinction gène/environnement – c’est-à-dire inné/acquis – est purement idéologique et pas du tout scientifique. Le gène est aussi vital que l’environnement, ils sont inséparables. Nous sommes déterminés à 100 % par nos gènes et à 100% par notre environnement. Scientifiquement, je dois dire que cela redonne du poids à la théorie de Lamarck, jadis pourfendue par Darwin : il n’est pas forcément faux de dire que les girafes naissent avec un long cou parce que leurs ancêtres ont beaucoup tiré dessus pour manger en hauteur - alors que l’auteur de L’évolution des espèces n’y voyait que le fruit d’un hasard écologiquement favorable…

Là où Darwin continue d’avoir brillamment raison, c’est quand il dit que les espèces disparaissent par leur point fort. Les élans du Canada réussissaient à se protéger, grâce à leurs formidables bois, lourds et tranchants, qui éventraient les loups d’un simple geste de la tête. Mais les bois sont devenus de plus en plus lourds, à tel point que les grands mâles ne sont même plus parvenus à se redresser… et les loups en ont profité pour apprendre à les égorger ! Le point fort de l’humanité, par lequel nous sommes clairement menacés de disparaître, c’est notre intelligence technologique, désormais si puissante qu’elle modifie la biosphère…

N. C. : Ce qui, si l’on fait preuve d’empathie, nous plonge dans la déprime. N’est-ce pas pour cela, par sentiment d’impuissance, que tant de gens prennent des antidépresseurs ? À ce propos, pourquoi selon vous les Français en consomment-ils tant ?

B. C. : Actuellement, le plus grand consommateur est l’Iran. Mais il faut se méfier de ces comparaisons, culturellement biaisées, car chaque pays gère la dépression à sa manière. Les gens se suicident, somatisent, consomment de la fausse médecine, passent de faux examens, parce que le problème n’est pas posé. Il est clair que l’on compense par la chimie une défaillance culturelle. On prend des molécules pour se sentir moins mal, alors que normalement, c’est la relation humaine qui devrait jouer ce rôle. Relation familiale, amicale, villageoise, professionnelle, confessionnelle, politique, artistique… peu importe. Si nous vivions comme jadis dans des structures affectives, nous n’aurions que rarement besoin de psychotropes et d’antidépresseurs. Mais notre culture a détruit ça.

Pour bien se porter, il faut participer à la vie sociale. Je suis convaincu que c’est fondamental. Ici, dans le Var, il y a beaucoup de retraités espagnols, ex-réfugiés, républicains comme franquistes. Ils prennent des antidépresseurs, comme tout le monde. Mais dès qu’ils vont voir leurs familles en Espagne, ils arrêtent d’en prendre. Pourquoi ? Parce qu’il y a là-bas une vie sociale beaucoup plus intense que chez nous, avec notamment des fêtes incessantes. Quand vous êtes tout le temps en cuisine, en train de vous maquiller ou de vous entraîner pour le lâcher de taureaux, vous vous couchez à trois heures du matin, et vous n’avez plus besoin de psychotropes. Mais dès qu’ils reviennent ici, hop ! ils reprennent des psychotropes.

N. C. : Pourquoi certains pays, la France en particulier, ont-ils une vitalité locale si molle ?

B. C. : Norman Sartorius, l’un des directeurs de l’OMS avec qui j’ai travaillé, a dirigé un énorme travail sur ce thème dans plusieurs pays. Sa conclusion est tragique : plus la solidarité est administrative (sécurité sociale, RMI, indemnités de chômage, etc),moins elle est affective et moins elle joue son rôle de tranquillisant naturel, qui est la base du sentiment de sécurité. « Je te connais ; quand je suis avec toi, on se raconte des histoires qui nous sécurisent ; tu as de l’expérience, je te fais confiance ; tu auras des solutions, parce que je t’attribue un pouvoir. » C’est incontestable : plus la solidarité est administrative, plus le désert affectif se développe. 

Si nous ajoutons à ça le fait que l’amélioration de la technologie s’accompagne partout d’une augmentation de l’isolement, de l’angoisse et des dépressions, nous nous retrouvons avec un joli casse-tête. Parce que, bien sûr, il n’est pas question d’arrêter le progrès technologique, ni celui des systèmes sociaux de solidarité. C’est donc à chacun de savoir augmenter la communication affective dans sa vie – prendre le temps de cuisiner lentement, de recevoir des amis, de rire en faisant les andouilles… Il faut multiplier les rituels de rencontres, les fêtes de quartiers, les retrouvailles de toutes sortes, les chorales, les associations de pétanque, les tables d’hôte… Dès que vous rencontrez des gens et que vous buvez un verre avec eux, vos fantasmes agressifs baissent. Ça ne règle pas tout, mais vous mettez en place un rituel d’interactions affectives qui a un grand effet tranquillisant. C’est juste vital pour l’humanité.

A lire

De chair et d’âme, Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob.
- La fabuleuse aventure des hommes et des animaux, Boris Cyrulnik, Karine lou Matigon. éd. Le Chêne.
- Les nourritures affectives, Boris Cyrulnik. éd. Odile Jacob.
Le murmure des fantômes, Boris cyrulnik. éd. Odile Jacob.

Pourquoi ressent-on le besoin d’être approuvés

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L’on doit se rappeler que le besoin d’être approuvé et reconnu est la question de tout le monde. Toute la structure de notre vie est telle que l’on nous apprend qu’à moins d’être reconnu, nous ne sommes personne, nous sommes sans valeur.

Le travail n’est pas important, la reconnaissance l’est et cela met des choses à l’envers, le travail devrait être important… une joie en soi. Vous devriez travailler, non pour être reconnu, mais parce que vous aimez être créateur, parce que vous aimez le travail pour lui-même. 

Il y a eu très peu de personnes, comme Vincent Van Gogh, qui ont été capables de s’échapper du piège dans lequel la société vous met. Il a continué à peindre, affamé, sans maison, sans vêtements, sans médicaments, malade, mais il a continué à peindre. Pas une seule toile n’était vendue, il n’y avait aucune reconnaissance, de nulle part, mais la chose étrange était que dans ces conditions il était néanmoins heureux. heureux parce que ce qu’il a voulu peindre, il a été à même de le peindre. Reconnaissance ou pas reconnaissance, son travail a une valeur intrinsèque. 

Il s’est suicidé à l’âge de trente-trois, pas à cause d’une misère quelconque, d’une angoisse, non, mais simplement parce qu’il avait peint sa dernière toile, une toile sur laquelle il avait travaillé pendant presque un an; un coucher du soleil. Il a essayé des douzaines de fois, mais parce qu’il n’atteignait pas le niveau qu’il souhaitait, il la détruisait. Finalement il a réussi à peindre le coucher du soleil tel qu’il l’avait tant désiré. Avant de se suicider, il a écrit une lettre à son frère: « Je ne me suicide pas par désespoir, je me suicide parce que maintenant ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue; mon travail est terminé. Qui plus est, il a été difficile de trouver des moyens pour gagner ma vie. Mais cela allait, parce que j’avais un travail à réaliser, un potentiel en moi avait besoin de se réaliser. Il a fleuri, aussi maintenant il est injustifié de vivre comme un mendiant. usqu’ici je n’y avais pas même pensé, je ne l’avais pas même envisagé, mais maintenant c’est la seule chose à faire. J’ai fleuri jusqu’à ma limite, je suis contenté et maintenant, me prolonger, trouver des gagne-pain, semble être tout simplement stupide. Pour quoi ? Ce n’est donc pas un suicide selon moi, mais simplement parce que je suis arrivé à un accomplissement, à un terminus et je quitte le monde joyeusement. J’ai vécu joyeusement; joyeusement je quitte le monde. «  

Maintenant, presque un siècle après, chacune de ses peintures vaut des millions de dollars, il y a seulement deux cents toiles disponibles. Il doit en avoir peint des milliers, mais elles ont été détruites; personne n’y a fait attention. À l’heure actuelle, avoir un Van Gogh veut dire que vous avez un sens esthétique, sa peinture vous donne une identité. Le monde n’a jamais donné aucune reconnaissance à son travail, mais il ne s’en est jamais soucié. Et cela devrait être la façon de regarder les choses. 

Vous travaillez si vous aimez cela, ne demandez pas de reconnaissance. Si elle vient, prenez la naturellement; si elle ne vient pas, n’y pensez pas.

Votre accomplissement devrait être dans le travail lui-même et si chacun apprend cet art simple d’aimer son travail, quel qu’il soit, de l’aimer sans demander aucune sorte de reconnaissance, nous aurons un monde plus beau, plus festif.

Tel qu’il est, le monde vous a pris au piège dans un modèle de comportement pitoyable. Ce que vous faites n’est pas bon parce que vous l’aimez, parce que vous le faites parfaitement, mais parce que le monde le reconnaît, le récompense, vous donne des médailles d’or, des prix Nobel. 

La société a retiré la valeur intrinsèque de la créativité et a détruit des millions des gens parce que vous ne pouvez pas donner à des millions de gens des prix Nobel. Et vous avez créé en chacun le désir d’être reconnu, ainsi personne ne peut travailler paisiblement, silencieusement, en aimant ce qu’il fait. Et la vie consiste en de petites choses. Pour ces petites choses il n’y a pas de récompense, pas des titres donnés par les gouvernements, pas des titres honorifiques donnés par les universités.

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Un des grands poètes de ce siècle, Rabindranath Tagore, a vécu au Bengale, en Inde. Il avait publié sa poésie, ses romans en langue bengali, mais il n’a pas été reconnu. Puis il a traduit en anglais un petit livre, Gitanjali,  »Offrande lyrique ». Il était conscient que l’original a une beauté que la traduction n’a pas et ne peut pas avoir, parce que ces deux langues, le bengali et l’anglais, ont des structures différentes, des modes différents d’expression. Le bengali est très doux; même si vous vous querellez, il sonne comme si vous étiez engagé dans une agréable conversation, il est très musical; chaque mot est musical. Cette qualité ne se retrouve pas dans l’anglais et ne peut y être apportée; l’anglais a des qualités différentes. Il a pourtant réussi à le traduire et la traduction, qui est pauvre comparée à l’original, a reçu un prix Nobel. Alors soudain toute l’Inde a pris conscience. Le livre était disponible en bengali, dans d’autres langues indiennes, depuis des années mais personne n’y avait prêté attention. 
Chaque université a voulu lui donner un doctorat en littérature. Calcutta, la ville où il a vécu, a été, d’évidence, la première université à vouloir lui offrir un titre honorifique. Il a refusé en disant: « Vous ne me donnez pas un doctorat; vous ne donnez pas une reconnaissance à mon travail, vous donnez une reconnaissance au prix Nobel, parce que le livre était disponible ici d’une façon beaucoup plus belle et personne ne s’est même donné la peine d’en écrire la critique. » 
Il a refusé d’accepter tout doctorat en littérature. Il disait: « c’est une insulte qui m’est faite. » 

Jean-Paul Sartre, grand romancier et homme de grande compréhension en psychologie humaine, a refusé le prix Nobel. Il a dit: « j’ai été assez récompensé alors que je créais mon travail, un prix Nobel ne peut rien y ajouter; au contraire, il me démolit. C’est bon pour les amateurs qui sont à la recherche de reconnaissance; je suis assez vieux, j’ai eu assez de plaisir. J’ai aimé tout ce que j’ai fait, cela avait sa propre récompense et je ne veux pas d’autre récompense, parce que rien ne peut être meilleur que ce que j’ai déjà reçu. » 

Et il avait raison, mais les gens intègres sont si peu de part le monde et le monde est plein de fausses gens vivant dans des leurres. 

Pourquoi devriez-vous être concerné par la reconnaissance ? Être concerné par la reconnaissance n’a de signification que si vous n’aimez pas votre travail; alors cela à du sens, alors cette reconnaissance semble être un substitut. Vous détestez le travail, vous ne l’aimez pas, mais vous le faites parce qu’il y aura une reconnaissance; vous serez apprécié, accepté. Plutôt que penser à une reconnaissance, reconsidérez votre travail. L’aimez-vous ? …alors c’est bien ainsi. Si vous ne l’aimez pas, alors changez-en !

Les parents, les enseignants ont toujours insisté sur le fait que vous devriez être reconnu, que vous devriez être accepté. C’est une stratégie très rusée pour maintenir les gens sous contrôle.

L’on m’a dit à maintes reprises dans mon université: « Vous devriez arrêter de faire ces choses… sans cesse, vous posez des questions dont vous savez pertinemment qu’elles n’ont pas de réponses et cela met le professeur dans une situation embarrassante. Vous devez arrêter cela, autrement ces gens prendront leur revanche. Ils ont le pouvoir, ils peuvent vous faire échouer aux examens. » 

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J’ai dit: « Cela m’est égal, j’aime poser à l’instant ces questions et les faire se sentir ignorants. Ils ne sont pas assez courageux pour dire simplement: « je ne sais pas. » Il n’y aurait alors aucun embarras, mais ils veulent feindre de tout savoir. J’adore faire cela; mon intelligence s’aiguise. Qui se soucie des examens ? Ils peuvent seulement me faire échouer aux examens lorsque je m’y présenterai; qui va se présenter ? S’ils ont cette idée qu’ils peuvent me faire échouer aux examens, je ne me présenterai pas aux examens et je resterai dans la même classe. Ils devront me faire passer simplement par crainte que, de nouveau, pendant un an ils auront à me faire face ! » 

Et j’ai été reçu aux examens, ils m’ont tous aidé à passer, parce qu’ils ont voulu se débarrasser de moi. À leurs yeux je détruisais aussi les autres étudiants, parce que les autres étudiants ont commencé à mettre en doute les choses qui avaient été acceptées depuis des siècles sans aucune question. La même chose est arrivée, sous un angle différent, pendant que j’enseignais à l’université. 

Maintenant je posais aux étudiants des questions afin d’attirer leur attention sur le fait que tout le savoir qu’ils ont accumulé est emprunté et qu’ils ne savent rien. Je leur ai dit que je ne me souciais pas de leurs titres, je me souciais de leur expérience authentique et ils n’en ont aucune. Ils répètent simplement des livres qui sont démodés, qui ont été prouvés faux depuis longtemps. Les autorités de l’université me menaçaient maintenant: « Si vous continuez de cette façon, à harceler les étudiants, vous serez expulsé de l’université. » 

J’ai dit: « C’est étrange, lorsque j’étais étudiant, je ne pouvais pas poser de questions aux professeurs; maintenant je suis un professeur et je ne peux pas poser de questions aux étudiants ! Quelle fonction cette université accomplit-elle ? Cela devrait être un lieu où l’on pose des questions, où la quête commence. Les réponses doivent être trouvées non dans les livres, mais dans la vie et dans l’existence. » J’ai ajouté: « Vous pouvez m’expulser de l’université, mais vous souvenez-vous, ces mêmes étudiants, à cause de qui vous m’expulsez de l’université, brûleront complètement toute l’université. » J’ai dit au vice-président: « Vous devriez venir voir ma classe. » Il ne pouvait pas le croire, dans ma classe il y avait au moins deux cents étudiants… et il n’y avait pas assez de place, aussi ils s’asseyaient n’importe où, là où ils pouvaient en trouver, sur le rebord des fenêtres, par terre. Le vice-président a dit: « Que se passe t’il, parce que vous avez seulement dix étudiants inscrits ? » 
J’ai dit: « Ces gens viennent pour écouter, ils ont laissé tomber leurs classes; ils aiment être ici. Cette classe est un dialogue, je ne suis pas supérieur à eux et je ne peux pas refuser à quiconque de venir à mon cours. Qu’il soit mon étudiant ou pas, cela importe peu; s’il vient pour m’écouter, il est mon étudiant. En fait vous devriez me permettre d’utiliser l’amphithéâtre. Ces salles de classe sont trop petites pour moi. » 
« L’amphithéâtre ? Vous voulez dire que toute l’université se rassemblera dans l’amphithéâtre ? Que feront alors les autres professeurs ? » 

« C’est à eux d’y réfléchir sérieusement, ils peuvent aller se faire pendre ! Ils devraient l’avoir fait depuis longtemps, le fait que leurs étudiants ne venaient pas les écouter était assez explicite. » 

Les professeurs étaient fâchés, les autorités étaient fâchées, finalement ils ont dû me donner l’amphithéâtre… mais très à contrecoeur, seulement parce que les étudiants les forçaient. Mais ils ont dit: « C’est étrange, les étudiants qui n’ont rien à faire avec la philosophie, la religion ou la psychologie, pourquoi devraient-ils aller là ? » 

De nombreux étudiants ont dit au vice-président: « Nous aimons cela, nous ne savions pas que la philosophie, la religion, la psychologie puissent être si intéressante, si intrigante; autrement nous nous serions inscrits. Nous pensions que c’étaient des sujets arides; que seuls ceux qui aiment potasser pouvaient s’intéresser à ces sujets. Nous n’avons jamais vu de gens enthousiasmants s’intéresser à ces sujets. Mais cet homme a rendu ces matières si pleines de sens, qu’il semble que même si nous échouons dans nos propres matières, cela importe peu. Ce que nous faisons est si juste en lui-même et nous sommes si certains de cela, qu’il n’ait aucunement question de changer. » 

Envers toute reconnaissance, envers toute acceptation, envers tous titres… mais finalement j’ai dû quitter l’université, non pas à cause de leurs menaces, mais parce que j’ai reconnu que si je peux aider des milliers d’étudiants, c’est du gaspillage; je peux aider des millions des gens à l’extérieur, dans le monde, pourquoi devrais-je continuer à rester attaché à une petite université ? Le monde entier peut être mon université. 
Et vous pouvez le constater, j’ai été condamné. 
C’est la seule reconnaissance que j’ai reçue. 
J’ai été dénaturé de toutes les façons possibles. Tout ce qui peut être dit contre un homme a été dit contre moi; tout qui peut être fait contre un homme a été fait contre moi. Pensez-vous que c’est de la reconnaissance ? Mais j’aime mon travail, je l’aime tellement que je ne l’appelle même pas du travail; je l’appelle simplement ma joie. Et tous ceux qui était d’une certaine façon mes aînés, bien établis, m’ont dit: « Ce que vous faites ne vous donnera aucune sorte de respectabilité dans le monde. » Ce à quoi j’ai répondu: « Je ne l’aie jamais demandé et je ne vois pas ce que je ferai avec la respectabilité, je ne peux pas la manger, je ne peux pas la boire. » 

Apprenez une chose fondamentale: Faites que vous voulez faire, ce que vous aimez faire et ne demandez jamais de reconnaissance, c’est de la mendicité. Pourquoi devrait on demander une reconnaissance ? Pourquoi devrait on aspirer à être accepté ? 

Regardez profondément en vous. Peut-être n’aimez-vous pas ce que vous faites, peut-être avez-vous peur d’être sur une fausse piste ? La reconnaissance vous aidera à estimer que vous avez raison. La reconnaissance vous fera estimer que vous allez vers le véritable but. 

C’est une question de vos propres sentiments intérieurs; cela n’a aucun rapport avec le monde extérieur. Et pourquoi dépendre des autres ? Toutes ces choses dépendent des autres, vous-même devenez dépendant. Je n’accepterai aucun prix Nobel. Toute cette condamnation, de toutes les nations de par le monde entier, de toutes les religions, a plus de valeur pour moi. Accepter le prix Nobel signifie que je deviens dépendant; alors je ne serai pas fier de moi, mais fier du prix Nobel. À l’instant, je ne peux qu’être fier de moi; il n’y a rien d’autre dont je puisse être fier. De cette façon vous devenez un individu. Et d’être un individu vivant dans une totale liberté, sur ses propres pieds, buvant à ses propres sources, est ce qui fait un homme vraiment centré, enraciné. C’est le début de sa floraison suprême. 
Ces gens prétendument reconnus, ces gens honorés, sont plein d’ordures et rien d’autre. Mais ils sont pleins des ordures que la société veut qu’ils soient remplis de… et la société les indemnise en leur donnant des récompenses.

Tout homme qui à un tant soit peu le sens de sa propre individualité, vit de son propre amour, de son propre travail, sans se soucier du tout de ce que les autres en pensent.

Plus votre travail a de la valeur, moins grande est la possibilité d’obtenir une quelconque respectabilité pour cela. Et si votre travail est celui d’un génie, alors vous n’aurez aucun respect dans votre vie, vous serez condamné dans votre vie… Puis, après deux ou trois siècles, l’on fera des statues à votre image, vos livres seront respectés; parce que cela prend presque deux ou trois siècles à l’humanité pour acquérir autant d’intelligence qu’en a un génie aujourd’hui, l’écart est énorme. 

En étant respecté par des idiots vous devez vous comporter selon leurs critères, leurs attentes. Pour être respecté par cette humanité malade vous devez être plus malades qu’elle. Alors elle vous respectera. Mais quel profit en tirerez-vous ? Vous perdrez votre âme et vous ne gagnerez rien.

Osho, Extrait de: Beyond Psychology

Se libérer des systèmes de croyances

Transcender la croyance : une voie de libération

Michael Misita est un acteur et un conférencier américain réputé, qui propose également des séminaires sur le thème de la transformation personnelle. Il a animé pendant 11 ans une émission de télévision, diffusée en Californie, sur l’exploration du potentiel humain.

les croyances

- L’idée qu’il faille changer de système de croyances est devenue très populaire ces dernières années : on est supposé remplacer ses croyances négatives par des positives. Dans votre livre, vous proposez plutôt de se libérer de tout système de croyances. Pourquoi ?

Michael Misita : Il ne s’agit pas de choisir entre deux alternatives, comme on pourrait le croire. Les deux approches ont leur pertinence. S’efforcer de penser de façon plus positive est une première étape dans le développement de sa conscience, c’est un processus d’entraînement rigoureux destiné à éliminer l’indécision. La mentalité ordinaire ne peut pas concevoir de renoncer à une idée sans la remplacer par une autre, car elle craint le vide. Voilà pourquoi celui qui veut commencer à changer de système de croyances doit débuter au niveau de conscience où il se trouve. On lui dit donc de remplacer des croyances perçues comme négatives par d’autres, jugées positives. Cette réalisation est d’ordinaire la première étape qu’un individu puisse accomplir et qui ait un sens pour lui. Une fois ce premier pas effectué, dans l’éveil de sa conscience, le mental se sent menacé et se met à résister, ce qui rend extrêmement difficile tout progrès ultérieur. Cette phase est le  » champ de bataille  » de la conscience : sans persévérance, vous n’allez pas plus loin.

Imaginez à quel point il est difficile de renoncer à ses croyances, lorsqu’on n’a pas encore pris conscience qu’une pensée plus positive crée une vie plus heureuse et plus intense, et qu’on n’a pas encore fait le moindre effort pour modifier les fondements de sa façon de penser. S’efforcer de penser de façon positive aide à devenir conscient de la manière dont fonctionne le mental. L’individu finit par comprendre que  » positif  » et  » négatif  » sont des qualificatifs relatifs qui changent constamment, et il réalise combien il est limitatif de juger une expérience en termes de  » bon  » ou de  » mauvais « . Mais il y a un monde de différence entre s’entendre dire par quelqu’un que ces termes sont relatifs, et en faire soi-même l’expérience directe.

La plupart des gens auxquels j’ai parlé pensent que c’est une bonne chose de se libérer des pensées soi-disant mauvaises que l’on peut avoir ; mais lorsque je leur suggère de se libérer aussi de leurs  » bonnes  » idées, ils se sentent très mal à l’aise. S’ils commencent par passer d’un point de vue négatif à un plus positif, en développant un état de conscience qui leur fait percevoir la vie plus positivement pendant un temps, ils peuvent ensuite être prêts pour l’étape suivante qui consiste à se libérer du positif, puis à atteindre une liberté de croyances encore plus grande.

Les deux raisons principales pour lesquelles j’insiste tant sur la libération des systèmes de croyances sont les suivantes : premièrement, lorsqu’on a une idée de ce qu’est la réalité, on ne peut pas percevoir véritablement ce qu’elle est ; deuxièmement, l’énergie dépensée à être intensément attentif vous empêche d’observer de façon impartiale. Donc, lorsque je vous dis de vous libérer de vos systèmes de croyances, ou de voir la réalité telle qu’elle est, je vous incite à prendre conscience que votre mental, vos croyances, vous induisent en erreur. Les croyances ne vous permettent pas d’être ici et maintenant, elles vous privent de toute spontanéité, or la spontanéité est l’état de conscience dans lequel réside la joie. Vous ne pouvez pas penser positivement à quelque chose, lorsque toute votre énergie s’épuise à y penser négativement. De manière analogue, vous ne pouvez pas être un observateur impartial, si vous regardez à travers le voile d’idées préconçues, qu’elles soient positives ou négatives.

- Peut-on considérer la croyance comme un moyen primitif de se protéger de la peur : peur de l’inconnu, peur du tonnerre, des tempêtes, de la mort, etc., que les hommes primitifs ne pouvaient expliquer ? En d’autres termes, est-ce la croyance n’est pas une façon de masquer ses peurs fondamentales ?

M.M. : Nous essayons toujours de donner un sens au monde qui nous entoure, de façon intellectuelle. Mais cela n’est plus nécessaire lorsqu’on a moins peur et que l’on n’a plus besoin que les choses aient un sens. L’observation toute simple et la remise en question de pourquoi nous croyons ce que nous croyons, nous montrent que la croyance nous coupe de la réalité. L’observation indique que, dans les circonstances appropriées ou avec une motivation adéquate, presque n’importe qui peut croire n’importe quoi, y compris des mensonges, par besoin que telle chose soit vraie, ou de peur qu’elle soit vraie. Mon livre dérange beaucoup de gens, surtout ceux qui n’en ont lu que le titre . Ils ont peur à l’idée de jeter un regard sobre sur la façon dont ils se définissent eux-mêmes.

- Karl Popper dit que  » Toute connaissance est hypothétique « , ce qui veut dire que nos connaissances ne sont que l’état actuel de nos croyances, croyances que de nouveaux faits ou découvertes changeront demain, y compris dans les sciences dures. Il semble donc difficile de se passer entièrement de croyances : ne peut-on pas plutôt apprendre à jouer avec diverses croyances et hypothèses, rester conscient que nos croyances sont des croyances (et non des faits), c’est-à-dire des façons de voir le monde et de lui donner sens, et conserver ainsi la capacité de les changer, de les adapter ?

M.M. : Votre question est très proche de ce que je me suis efforcé de transmettre au lecteur dans mon livre. L’objectif du livre n’est pas de n’avoir aucune croyance. Il est d’encourager ceux qui se sentent prêts à passer à un niveau de conscience supérieur, où les croyances sont reconnues comme des croyances, et non des faits.
Pour bien percevoir la différence qui les sépare, il faut considérer le fait d’être conscient que les croyances sont des croyances, et celui de ne pas avoir du tout de croyances, comme deux niveaux différents. Il est impossible de relater ce que signifie n’avoir pas de croyances, parce que ce n’est pas un concept qui doit être compris ; il faut le vivre. Les mots sont inaptes à parler de cet état. Le mental est trop plein d’argumentations, et ce serait, pour moi, une perte de temps. J’ai cessé d’essayer de vouloir communiquer cette notion lorsque j’écris ou que je m’adresse à des gens.

- Dans certaines traditions chamaniques, on fait tout d’abord croire des histoires effrayantes aux enfants, jusqu’à l’âge de 7 ans, âge auquel un rituel initiatique les fait confronter brutalement leurs peurs et se libérer des illusions de la croyance. Vous aussi, vous mentionnez dans votre livre une expérience cathartique puissante, qui vous a conduit à une expérience très forte de ce que signifie être libre de toute croyance. Que peuvent faire les gens pour vivre une telle expérience, pour connaître une telle percée de conscience dans leur façon de penser et de croire ? Comment aller au-delà de la pratique de certains exercices et de la simple remise en question de ses croyances ?

M.M. :  » Voyez simplement les choses clairement  » : tel serait ma réponse à cette question. Mais, bien sûr, on ne peut pas voir clairement lorsque l’esprit est obscurci par des croyances à propos de ce que l’on voit. D’où la nécessité d’une remise en question de ses croyances fondamentales. Si l’on remet en question ce que l’on croit pendant un certain temps, on n’a pas besoin de faire d’exercices particuliers. Observer ses croyances et les remettre en question à mesure qu’elles surgissent n’exige qu’un minimum d’effort ; on peut faire cela n’importe où, n’importe quand. Je ne considère pas cela comme un exercice. Parfois on vit certaines expériences fortes, parfois pas. Le danger qu’il y a à rechercher et à souhaiter vivre ces expériences, ces percées de conscience, est que si notre désir est trop fort, il va créer l’expérience voulue, mais celle-ci ne sera pas réelle : elle ne sera que l’illusion d’une expérience réelle, spontanée.

- A la lecture de votre livre, j’ai eu le sentiment que votre expérience s’est affaiblie au cours des semaines et mois qui l’ont suivie ; il semble que vous ayez vécu un temps fort, puis que vous soyez revenu à un état d’être plus normal (vous en parlez d’ailleurs à l’imparfait). Comment décririez-vous votre état actuel, votre attitude à l’égard de la vie ? Quelles sont les différences entre avant et après cette expérience de libération des croyances ?

misitasM.M. : En réalité, l’expérience ne s’est pas affaiblie au fil du temps. Je me suis surtout familiarisé avec ce nouvel état de conscience, à mesure qu’il me devenait plus naturel. L’usage de l’imparfait se réfère au point le plus fort de l’expérience, qui résulte du fait d’avoir été propulsé à un nouveau niveau de réalité que je ne connaissais pas avant. La réalité semble très intense lorsqu’on voit clairement pour la première fois. Pour ma part, je serais incapable de fonctionner au quotidien si je me trouvais en permanence dans la forme la plus intense de cet état, ou de n’importe quel autre état dont j’aie fait l’expérience ces dernières années, bien que tous aient été formidables au moment où je les ai vécus. Malgré tout, je me rappelle du moindre détail de ces expériences.

Avant d’avoir vécu l’expérience que je décris dans le livre, ma libération subite de la croyance, je me rendais parfaitement compte que j’affectais inconsciemment tout ce qui arrivait dans mon univers proche, et je ressentais le poids de cette responsabilité. J’ai donc appris à réorganiser consciemment mon univers pour le rendre conforme à la réalité que je souhaitais vivre. Je ressentais aussi une vive impulsion en moi de partager avec chacun ce que j’avais vécu, en écrivant et en enseignant.

Aujourd’hui, il y a en moi un calme général qui n’existait pas avant.
Je suis en permanence conscient d’une réalité en moi qui habite cette personnalité appelée  » Michael « . Cette réalité, que je ressens comme le  » vrai  » moi, observe davantage et n’interfère pas avec le monde. Je sais que j’ai le pouvoir d’intervenir dans les affaires d’autrui, mais j’en suis venu à comprendre que le pouvoir que l’on restreint est immensément puissant en lui-même. Je me sens plus sage dans cette retenue de mon pouvoir, car chaque pensée et chaque acte ont leurs conséquences qui doivent être soigneusement pesées.

Je n’essaie plus d’atteindre quoi que ce soit, ni d’accomplir de grandes choses, pas plus que je n’ai le besoin de convaincre quiconque de quoi que ce soit. Je vis plus que jamais dans la réalité présente et j’accepte le monde tel qu’il est. Je suis très conscient que le passé, le présent et le futur sont contenus dans chaque instant présent, raison pour laquelle le temps a peu de signification pour moi. Il n’y a rien à chercher, aucun but à atteindre, et cependant je mène une vie très active, très riche et gratifiante. Je suis aussi extrêmement sensible au mouvement de l’énergie vitale en moi et autour de moi, et j’accepte la mort comme une donnée simple et nécessaire de la vie ; je vois la valeur de l’obscurité comme celle de la lumière. Et surtout, la vie n’a besoin d’aucune raison pour exister. Sa raison d’être est sans importance, et je trouve que sa seule existence est miraculeuse.

- L’  » absence de croyances  » peut apparaître à certains comme une forme de nihilisme. Beaucoup associent  » croire  » à la joie, la foi, la motivation (mais aussi au fanatisme, à l’intolérance…), alors que  » ne pas croire  » est associé au scepticisme, au pessimisme, à un réalisme glacial. Pouvez-vous expliquer comment l’absence de croyances peut être une expérience libératrice et non une triste résignation à la réalité ?

L’absence de croyances vous donne une profonde appréciation de la vie telle qu’elle est. Les croyances sont des constructions mentales ; la foi est une qualité d’être. Beaucoup de disputes et de confusions se produisent, faute de comprendre cette différence. La croyance obstrue l’esprit, et là où il y a obstruction il ne peut y avoir de clarté. La simplicité est la liberté. Ce que les gens cherchent se trouve dans les fleurs et les rivières, dans la lune et le regard d’autrui. On le trouve partout. Si vous ne parvenez pas à trouver ce que vous cherchez dans les personnes et les expériences vivantes, vous ne le trouverez pas non plus dans les soucoupes volantes, ni dans les civilisations perdues, ni dans les écrits ou les dires de quiconque d’humain ou de divin. Les gens s’agrippent à ces choses, faute d’être capables de trouver ce qu’ils cherchent ici et maintenant. Nous ne pouvons trouver ce que nous cherchons que dans la vie. Mais il vous faut tout d’abord vous défaire de tout le fardeau éducatif, religieux et culturel que la société vous a légué, effacer l’ardoise, redevenir sauvage, redevenir innocent.

D’après mon expérience, il y a déjà abondance de joie et d’enthousiasme dans ce monde, tant dans mes relations avec autrui que dans celle que j’ai avec le monde qui m’entoure. Il y a aussi de l’intolérance et du fanatisme, mais mon monde est un monde complet. Je n’essaie pas de le rendre seulement bon et joli. Mon acceptation du monde et de moi-même, tels que nous sommes, me libère. Je peux vivre une vie ordinaire et extraordinaire : ordinaire dans mes affaires et mes échanges quotidiens, et extraordinaire, j’imagine, dans la perception que j’ai de sa perfection.

De l’extérieur, je suis simplement Michael, une personne avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines ; mais à l’intérieur nul ne peut connaître la joie réelle que j’ai à vivre cette vie. J’ai des croyances, mais je suis conscient qu’elles sont ce que produit mon mental par moments. Je suis conscient de ne pas être mon mental, et je suis conscient des raisons de mes croyances. Je ne me discipline pas. Je permets à la réalité de qui je suis de remonter à la surface, avec toujours plus d’acceptation, et c’est très libérateur. Ce n’est certainement pas une triste résignation. Ce genre de résignation n’est qu’une phase par laquelle passe celui qui a l’habitude de penser d’après ce mode-là. L’abandon est quelque chose de merveilleux ; c’est une rencontre joyeuse et cependant effrayante, car lorsque vous vous abandonnez à la vie, vous êtes amoureux de la vie, et en aimant la vie, vous développez un profond respect et une grande confiance en elle.

Les croyances exigent énormément d’énergie pour se maintenir. La réalité, elle, est, simplement. C’est pourquoi toute l’énergie qui se libère quand on cesse de croire devient disponible pour explorer ; et l’exploration est toujours stimulante, parce qu’elle est toujours nouvelle.

Propos recueillis et traduits par Olivier Clerc

 » Se libérer des systèmes de croyances :
vers la plénitude de l’être  »
M. Misita, Ed. Jouvence.

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Voici un livre  » post-New Age  » qui montre comment aller au-delà des ses croyances, qui sont toujours limitées, plutôt que de remplacer les négatives par des positives, ou de troquer un paradigme pour un autre. Dans un esprit proche de Krishnamurti, Michael Misita propose de transcender la croyance pour accéder à la plénitude de l’être, sans idées préconçues, en étant ouvert, disponible, totalement présent dans l’instant.

Interview de Michael Misita sur le blog de Francesca http://livreblogdujeudutao.unblog.fr/

 

Liberté spirituelle ou les misères d’un chercheur

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A propos de la liberté spirituelle, même si j’ai tout lu sur le sujet, tout appris par cœur, tout compris depuis longtemps, il me semble qu’il reste quelque chose… La méditation et les différentes pratiques de développement
spirituel m’ont conduit à m’interroger et me laisse aujourd’hui sans voie.
Et un peu perdu.

Qu’est-ce que la liberté, la liberté individuelle, la liberté spirituelle ?

Je réponds tout d’abord : la liberté c’est de se sentir libre de faire et de dire ce que je veux. Mais on m’objectera que cela peut nuire à la liberté de l’autre, voire même, de tous les autres. Liberté d’un peuple contre le désir d’un autre de faire et dire ce qu’il veut… par exemple. Alors, la liberté, c’est lorsque tout le monde se sent libre, en même temps. De toute évidence, c’est une utopie. Par conséquent, la liberté parfaite ne peut se concevoir que sur le plan intérieur, et non social. D’où l’idée de
liberté spirituelle.

Bien. La liberté spirituelle est intérieure. Individuelle.
La liberté spirituelle est une recherche de perfection intérieure, personnelle, à défaut d’être une recherche de perfection sociale, collective. Le développement personnel, avec toutes ses pratiques et théories, m’amène à réaliser que je suis en chemin, et plutôt loin d’être arrivé. Point de liberté pour l’instant, donc, mais avec un peu de chance… 

La même chance que nos grands-mères nous proposaient d’attendre concernant le paradis. Pour plus tard, après bonnes actions, vision globale, acharnement thérapeutique etc. La liberté spirituelle, c’est pour plus tard.
Et l’éveil aussi. (Avec un peu de chance…)

Ma déception (forcément) vient du fait que j’aurais bien aimé être libre, maintenant, mais au fait, de quoi ? Qu’est-ce qui m’empêche d’être libre ? Le manque d’argent ? Rien à faire de ce côté-là. J’ai peur d’être inadapté. Trop de possessions ? Tout le monde ne sera pas pauvre. Donc, impossible d’ être libres pour ceux qui restent riches.
Le manque de capacité à aimer ? Ca va être dur de changer ça (j’ai bien compris que si je n’ai pas trouvé l’amour, c’est de ma faute. Mais ça ne change rien.). Seuls les hommes heureux en ménage seront libres. (Ca ne fera pas grand monde.)
Le manque de foi, le manque de Dieu, le manque d’amis, le manque de punch, le manque de connaissance spirituelle, le manque d’humour… Ou : bien trop d’idées, trop de pensées, trop d’attachements, trop de peurs, trop de lubies…

Celui-là dans sa grotte en Inde, dit qu’il est libre, et pourtant, il se met tout le temps en colère. J’ai un ami qui le dit aussi mais il n’a fait partie d’aucune école spirituelle. Après vingt ans de développement  personnel, de yoga, de méditation, je me suis acharné à traquer mes travers et je vois beaucoup de choses, chez moi, chez les autres : j’ai vaincu ma timidité, et j’ai amélioré ma santé, mais : je ne me sens toujours pas libre. Ou bien j’ai manqué ma chance, ou bien il manque vraiment quelque chose. Peut-être aurais-je du étudier les mathématiques ou la cuisine…

Et puis flûte ! Foin de jérémiades ! Assez de crier misère, de se réclamer tour à tour victime et bourreau, de jouer de cela pour qu’on m’aime et de cacher que je demeure condamné, frustré, idiot ! J’ai passé ma vie à essayer d’être différent et, non seulement je ne suis pas différent ni meilleur mais, en plus, j’ai oublié d’en rire ! Je suis fatigué de courir les stages sous de faux prétextes, d’essayer de faire plus jeune que mon âge, de prendre des mines confites d’éveillé. J’en ai assez de croire que je trouverai demain ce qu’aujourd’hui je me refuse : la simplicité ! J’ai vu qui j’étais, j’ai regardé qui je fuyais. J’ai compris que je ne saurais rien. Je ne condamnerai pas Dieu aujourd’hui pour m’avoir mis au monde. 
Et si c’était cela, la liberté spirituelle ?


TEMOIGNAGE DE Soline est un membre du Groupe Présence, lequel propose un travail de conscience sur les obstacles que nous créons à la révélation de notre véritable nature. Elle est artiste-peintre et auteur de deux livres aux éditions La Parole Vivante.

Interview sur les prénoms


Cet interview de Patrice Cayrou sur les prénoms est très révélateur du pouvoir des prénoms et de l’influence qu’ils peuvent avoir dans nos vies. Le bouddhisme et de nombreux enseignants spirituels proposent à leurs disciples de changer de noms pour créer une coupure avec le passé et l’inconscient qui s’y rattache et symboliser ainsi une nouvelle naissance… Cette pratique a souvent été mal comprise par les familles ou les médias, c’est pourquoi nous avons trouvé intéressant de publier cet interview pour mieux comprendre.

Le choix du prénom d’un enfant est loin d’être neutre car la personne qui choisit projette un ensemble de caractéristiques de la personnalité du futur enfant avec ce prénom.

 

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Chantal Rialland est l’auteur du livre Cette famille qui vit en nous, aux Editions Robert Laffont (collection Réponses) :

Question — Vous avez expliqué votre démarche de psychothérapeute et d’auteur. Vous avez choisi cette fois de parler des prénoms qui sont un élément de base de la psychogénéalogie.

Réponse — En effet, il est important de connaître l’origine de nos prénoms. Qui a choisi ? Est-ce notre mère ? Notre père ? Les deux ensemble ? Est-ce des membres de notre famille ? Notre parrain ? Notre marraine ?

Car c’est la personne qui choisit qui projette un ensemble de caractéristiques de la personnalité du futur enfant avec ce prénom.

Question — Projeter, c’est-à-dire ?

Réponse — Nous ne donnons pas un prénom mais un ensemble de qualités que nous avons appréciées chez quelqu’un de notre histoire qui portait le même prénom. Nous souhaitons que notre enfant dispose des qualités que nous croyons attachées à ce prénom.

Par exemple, maman a eu une amie de classe qui était très jolie : Isabelle. Elle va nous appeler ainsi.

Le meilleur camarade de notre père s’appelait Paul… Papa va nous prénommer ainsi.

Il est important pour nous de savoir qui était ce Paul car pour être aimé de papa, pour répondre à son attente, il va falloir lui ressembler. Tout cela très inconsciemment.

Question — Vous voulez dire que si mon père avait dans ses connaissances un homme qui était riche et s’appelait Pierre, et que pour cette raison mon père me prénomme ainsi, cela implique que, pour plaire à papa et être aimé de lui, il faut que je devienne prospère ou lui donne, dès mon plus jeune âge, l’idée que je pourrai le devenir un jour.

Réponse — Tout à fait. J’ai connu quelqu’un dont les parents étaient de l’Assistance publique (donc abandonnés à la naissance) qui se sont rencontrés au cinéma lors de la projection d’un film de Gérard Philippe. Ils ont appelé leur premier garçon Gérard et l’autre Philippe.

Question — A votre avis, que voulaient-ils exprimer ?

Réponse — L’amour naissant de leur rencontre, eux qui en avaient tant manqué. Gérard et Philippe étaient dans une situation de jumeaux psychologiques. Ils ont eu beaucoup de mal à trouver leur identité.

Question — Avez-vous d’autres exemples ?

Réponse — J’ai connu le cas d’une personne qui s’appelait Régine. Sa maman était mère célibataire et n’avait pas attendu avec bonheur cette enfant. Elle lui a donné le nom de la sage-femme qui l’a accouchée.

Question — En quoi cela est-il signifiant ?

Réponse — Régine est aujourd’hui sage-femme. Inconsciemment, elle reproduit la profession qui est à l’origine de son prénom et de l’amour qui fut porté à sa mère dans des circonstances difficiles.

Parfois, nos prénoms ne sont pas en relation avec des personnes que nos parents ont aimées, mais avec des modèles de référence.

Question — Comme toutes les Marilyne ou Brigitte à certaines époques ?

Réponse — Et aujourd’hui, les petits Zinedine depuis la coupe du monde de football. Ce sont aussi parfois des héros de livre, de roman, de théâtre. J’ai connu une patiente qui a appelé son troisième enfant Solal à cause de « Belle du seigneur ». Mais, en général, nous avons des prénoms de la famille en deuxième ou troisième prénom, si ce n’est en premier.

Question — Est-ce un avantage ou un inconvénient ?

Réponse — Cela semble parfois être un avantage quand nous portons le prénom de notre grand-mère que notre père aimait ou du grand-père que notre mère aimait. Mais cela peut être lourd à porter car, pour être aimé — et le jeune enfant n’a pas d’autre souci que d’être aimé de ses parents — il faut reproduire la personnalité de cet aïeul.

Au contraire, c’est franchement un inconvénient lorsque nos parents nous ont donné les prénoms de l’un ou l’autre de nos grands-parents pour leur faire plaisir, surtout s’ils sont en conflit ouvert ou latent avec eux.

Question — Pouvez-vous préciser ?

Réponse — Par exemple : notre mère a eu un père très autoritaire et sévère qui s’appelait Alexandre. Pour lui faire plaisir, nous sommes l’aîné, maman nous appelle… Alexandre. Soit maman ne recevra pas plus d’amour de son père après cette « offrande ». Soit un conflit à l’homme de façon générale, donc à son mari et à nous-même, va naître. Soit encore nous devenons le chouchou du grand-père, mais maman risque de se sentir toujours évincée de l’amour qu’elle escomptait initialement.

Question — La transaction est-elle toujours insatisfaisante pour maman ?

Réponse — Oui, dans la durée. Nous ne guérissons pas de la relation avec notre père ou avec notre mère en donnant leur prénom à nos enfants. Il y a d’autres cas où porter le prénom de ses deux grands-pères ou deux grands-mères peut être source de tensions. C’est le cas lorsque ceux-ci sont totalement différents ou, s’il y a des conflits, surtout muets, entre les deux familles.

Par exemple : nous portons en deuxième prénom Alice (celui de notre grand-mère maternelle qui est considérée comme une sainte) et en troisième Eugénie (celui de notre grand-mère paternelle qui est considérée comme scandaleuse).

Ou encore notre deuxième prénom est Victor, comme le grand-père pauvre, et Michel en troisième prénom, comme le grand-père aristocrate. Cela peut être source de dissonances si les deux familles n’étaient pas d’accord sur ce mariage qu’elles considéraient comme une mésalliance.

Question — Même en deuxième et troisième prénoms que nous n’évoquons jamais ?

Réponse — Oui, car nous les portons et ils nous influencent, non pas en soi, mais dans les projections de nos parents car, petit, nous ferions n’importe quoi pour que nos parents nous aiment.

Question — Donc, les prénoms, même secondaires, sont importants parce qu’ils sont révélateurs des dispositions de nos parents et de leur propre histoire à notre égard…

Réponse — En psychogénéalogie, tout à fait.

Il y a d’autres cas où les prénoms sont très intéressants pour se comprendre. Quand nous portons un prénom masculin féminisé comme Michelle, Pierrette, Georgette, etc., il est probable que nos parents attendaient, souhaitaient davantage un garçon qu’une fille et c’est tout aussi valable pour nos parents et grands-parents qui portent ces mêmes prénoms.

J’ai vu des cas où l’aînée s’appelait Paulette et le second Paul ou la première Pierrette et le second Pierre.

Il en est de même pour les filles qui portent des prénoms androgynes comme Claude, Dominique, Camille, ou à l’inverse des garçons qui portent ces mêmes prénoms androgynes : ils ont été attendus comme fille.

Question — Donc pour vous, tous les prénoms identiques pour les filles et les garçons sont suspects.

Réponse — Non, je n’aime pas le mot suspect. Et de plus il ne faut jamais systématiser. Chaque être est unique et chaque histoire est particulière. La psychogénéalogie n’est jamais une certitude de réponses mais une invitation à se poser des questions. Il y a un seul cas où il existe une certitude.

Question — Lequel ?

Réponse — C’est, quand il y a eu un enfant mort et que l’on est conçu après ce drame, si nos parents nous donnent le prénom féminisé ou masculinisé de l’enfant décédé.

Question — Pouvez-vous préciser ?

Réponse — On a eu la douleur de perdre un petit Charles et l’enfant qui naît après va s’appeler Charlotte. Là, il faut travailler sur soi pour exister vraiment par soi-même et non par réparation.

Question — Exister par réparation, qu’est-ce, concrètement ?

Réponse — Cela peut donner un enfant qui constamment ne se sent pas à sa place, ne se sent pas aimé, ne se sent pas à la hauteur de l’enfant décédé, surtout s’il était de sexe opposé.

Question — Pourquoi surtout s’il était de sexe opposé ?

Réponse — Parce que l’inconscient de l’enfant perçoit tout, absolument tout. Si ses parents ont un fils alors qu’ils désiraient une fille, il sent inconsciemment, dès le départ, qu’il ne satisfait pas à l’attente de ses parents. L’enfant ressent donc un handicap majeur pour se faire aimer. C’est un peu ce qui fait aujourd’hui l’explosion des superwomen, qui, tout en étant femmes, veulent ressembler parfois au parfait fils rêvé des parents.

Question — Donc, le choix des prénoms n’est jamais neutre.

Réponse — C’est tout à fait vrai.

Autre exemple : les dynasties de prénoms. Dans la famille paternelle où l’aîné est supposé être un garçon, le premier enfant de sexe masculin s’appelle, de génération en génération, François, Jacques ou Pierre.

Dans ce cas, le poids de la demande, de l’attente familiale, sera d’autant plus lourde puisqu’on transfère à l’enfant à la fois le nom et le prénom.

Question — Que diriez-vous en conclusion ?

Réponse — Apprendre à connaître l’origine de ses prénoms, c’est connaître les attentes de nos parents. Il est important d’en prendre conscience, de choisir les qualités que nous avons envie d’intégrer et de nous libérer de ce qui ne nous convient pas et ne nous appartient pas.

(Texte original sur PhapViet.com)

Expérience TAO interview

tao forum

Comment un ancien moine devient-il « gardien » d’une montagne taoïste ?

Pour moi, le moine (monos) se définit par la recherche de l’unité intérieure. Cela fait longtemps que je n’appartiens plus à une institution monastique mais cela ne m’empêche pas de me sentir toujours moine, c’est-à-dire toujours habité par la quête de l’unité intérieure. Il n’y a donc rien d’étrange à ce que je me sente bien dans un lieu qui, depuis le VIe siècle de notre ère, a accueilli des ermites ou des maîtres taoïstes. Je n’en suis cependant pas devenu le gardien. Plus modestement, je suis maintenant cogérant de l’hôtellerie* que les Maîtres taoïstes ont construite près de leur Temple pour accueillir leurs confrères pèlerins. Avec mon ami Zhu Ping, nous y animons un centre de culture traditionnelle chinoise ouvert tant aux Asiatiques qu’aux Occidentaux. * www.ctcc2011.com  et www.qiyunshan.eu

 Peut-on, dans notre monde actuel, vivre en harmonie avec le Tao ?

Un Chinois se sent taoïste dès qu’il est dans la nature. Une colline, une cascade, un cours d’eau lui suffisent pour se sentir porté par le Tao qui entraîne dans son processus tout ce qui existe. Cela est moins évident lorsqu’on vit au cœur d’une mégapole comme Shanghai ! Et pourtant l’attitude taoïste qui consiste à être constamment attentif aux énergies qui nous habitent en devient d’autant plus nécessaire. D’où l’importance des monastères dans le monde contemporain, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent. Ils sont des espaces de respiration spirituelle, des lieux où l’on vient se ressourcer. C’est aussi la fonction d’une montagne comme Qiyunshan, « la montagne à hauteur des nuages », où les falaises trouées de petits temples troglodytes et gravées de devises taoïstes en caractères chinois apportent sérénité et intériorité pour mieux affronter ensuite la dispersion inhérente à la civilisation contemporaine.

Comment les Chinois vivent-ils aujourd’hui leur héritage taoïste ?

La société chinoise dans son ensemble avait accueilli Mao en libérateur. La politique antireligieuse qu’il a ensuite menée n’a pas recueilli la même unanimité et la Révolution culturelle, avec ses excès destructeurs, a traumatisé une partie de la population. Aujourd’hui, tout cela est révolu et les temples, qu’ils soient bouddhistes ou taoïstes, connaissent une nouvelle prospérité. Pour autant, il serait hasardeux d’affirmer que l’ensemble de la population chinoise est redevenue religieuse. Après des décennies de vaches maigres ayant entraîné des famines ravageuses, les Chinois semblent surtout soucieux de retrouver une aisance économique. Les classes moyennes grandissent jour après jour. En faire partie représente l’aspiration la plus largement partagée. Mais, en profondeur, les trois enseignements (taoïste, bouddhiste et confucianiste), souvent perçus comme « un seul enseignement », continuent à marquer les esprits.

A LIRE : À hauteur des nuages Chroniques de ma montagne taoïste Bernard Besret 252 pages, 16 €

Bernard Besret – Ancien moine cistercien, prieur de l’abbaye de Boquen dont la contestation puis la démission avaient défrayé la chronique dans les années 1960 et 1970, Bernard Besret, éternel pèlerin de l’absolu, a retrouvé à travers la sagesse chinoise la patrie spirituelle qu’il avait depuis toujours cherchée. Dans À hauteur des nuages. Chroniques de ma montagne taoïste, il mêle des récits sur le quotidien chinois d’aujourd’hui, sur son propre parcours, sur celui d’un ancêtre lointain qui fut évêque en Chine, et des méditations sur le sens du temps, du corps, du rapport au cosmos… Autant de thèmes qui, au fil d’une plume alerte, nous interpellent sur notre propre vie, et nous enrichissent de connaissances sur cette « étrangeté » qu’est la Chine.

Pour rejoindre le TAO sur le forum de Francesca : http://devantsoi.forumgratuit.org/

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