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Les principales conditions au bonheur

Cependant, après avoir établi ces douze conceptions du bonheur, je m’étais rendu compte de deux choses: soit on pouvait élargir en multipliant encore par douze maisons (ce qui faisait cent quarante quatre!) soit on pouvait réduire à moins de douze en cernant l’essentiel de chaque concept. Car, en fait, quel était le dénominateur commun à ces douze conceptions du bonheur? La santé, la sécurité matérielle et l’amour.

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Les personnes âgés ont souvent ces mots, prononcés avec un soupçon de résignation: « Tant qu’on a la santé! » Et il est vrai que, lorsque le corps souffre, ni l’argent ni l’amour ne peuvent nous venir en aide. Tout au plus permettent-ils de réduire nos soucis, mais sans plus. La sécurité matérielle est également importante car elle nous évite de penser sans arrêt aux moyens de survivre. Lorsque l’esprit focalise sur les problèmes d’argent, s’angoisse ou désespère de trouver des solutions, il ne peut guère penser à autre chose. De plus, la précarité et la misère amènent souvent la maladie, qu’elle soit physique ou psychique.

Quant à l’amour, il est indispensable. Quand bien même le corps est en bonne santé et le portefeuille bien rempli, à quoi servent-ils si l’on a personne avec qui partager? Sans amour, la vie vaut-elle d’être vécue? Même si l’on a décidé de vivre seul, on se voit naturellement porté à rechercher la compagnie des autres afin de donner et de recevoir de l’amour. C’est le cas des infirmières, par exemple, et de tous ceux qui sont dans les métiers de service.

La quatrième condition

Le bonheur paraît donc réalisable si l’on est en bonne santé, à l’abri des soucis matériels et équilibré affectivement. Certainement, mais il manque une quatrième condition: celle de la santé spirituelle. Prenez le cas d’un homme qui partage sa vie avec une femme qui l’aime, qui est en bonne forme physique la plupart du temps et dont le métier lui permet d’être à l’abri des soucis matériels. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, n’est-ce pas ? Oui, mais… son métier est celui de marchand d’armes. Au début, comme les trois premières conditions au bonheur seront réunies, il sera globalement satisfait et même heureux. Mais, au fur et à mesure que les années passeront, sa santé psychique commencera à se dégrader, puis sa vie affective suivra et sa santé physique pourra même en être altérée. La quatrième condition au bonheur est donc d’être en accord avec soi-même, avec sa conscience, c’est à dire son âme.

La plupart des êtres qui ont vécu une vie spirituelle harmonieuse, même s’ils n’ont pas atteint l’éveil ou l’illumination, ont mis en exergue cette quatrième condition. D’après leur vécu et leur témoignage, elle permet même de se passer des trois autres, qu’elle semble transcender. Ainsi, un yogi peut de passer de la sécurité matérielle puisqu’il arrive à se dispenser des besoins élémentaires du corps physique. Un maître spirituel comme le Dalaï Lama peut se passer d’une compagne puisqu’il est passé à un autre degré de l’amour humain: la compassion. L’un et l’autre sont, la plupart du temps, à l’abri des maladies grâce à une vie équilibrée et une certaine autodiscipline. Quel est donc leur secret?

Ils ont sans doute réalisé trois choses:
– le bonheur est éphémère: il naît dans notre cœur ou notre esprit l’espace d’un instant, d’une heure (bonne heure!) ou d’une journée, mais jamais plus. L’astrologie nous le confirme puisque l’ascendant et toutes les maisons du thème changent de signe à peu près toutes les deux heures, que la Lune elle-même transite au cours de la même journée.
– le bonheur est subjectif: selon le vécu, les aspirations et la culture de l’individu, toute idée du bonheur est relative. Ainsi, un enfant des rues de Calcutta parachuté dans un HLM de banlieue parisienne y trouvera son bonheur. Un cadre d’entreprise rongé par le stress nagera dans le bonheur lorsqu’il prendra une semaine de vacances aux portes du désert. Pour un chrétien, la seule pensée du Christ en lui suffit à le rendre heureux alors que pour un bouddhiste, une méditation sur la nature de Bouddha peut être une vraie bénédiction.

Ces deux considérations nous mènent naturellement à la troisième:
– le bonheur est à l’intérieur. Nous avons trop tendance à croire, surtout en occident, que le bonheur est extérieur à nous-même. On cherche fortune dans le pétrole, la bourse ou le loto sans s’occuper des besoins de notre âme. On se maintient en bonne santé en avalant des produits pharmaceutiques alors que la racine de nos problèmes psychologiques est ignorée. On est en quête du « grand amour » alors qu’on ne s’aime même pas soi-même. Comment voulez-vous que ça marche?

A partir du moment où l’on réalise qu’on est l’artisan de notre malheur autant que de notre bonheur, on commence à prendre conscience du chemin à suivre: celui de la santé de l’esprit. Oui, le bonheur existe et il est à l’intérieur de nous. Dans l’absolu on peut même dire qu’il est « notre nature fondamentale », comme le disent les bouddhistes. C’est pourquoi on peut rencontrer des gens réellement heureux. Ils ne sont pas forcément riches, ni amoureux, ni en pleine forme physique, mais à l’intérieur ils sont profondément heureux. Pourquoi? Parce qu’ils ont trouvé LEUR richesse intérieure, LEUR équilibre affectif et LEUR façon de conserver une bonne santé. Le bonheur que l’on trouve à l’extérieur est bien entendu valable, mais il est souvent illusoire et extrêmement limité. Si vous projetez de partir pour le voyage de vos rêves, par exemple, vous serez heureux à trois étapes essentielles: à l’idée de ce projet, à la réalisation effective de ce projet et le jour de votre départ. Une fois sur place, tout deviendra relatif. C’est pour cela qu’il est essentiel de savoir s’adapter, de lâcher prise si ce que l’on avait projeté ne correspond pas tout à fait à la réalité. Car le bonheur naît le plus souvent d’un CONTENTEMENT, au plus profond de soi-même. Un simple contentement qui réchauffe à la fois le cœur, l’esprit et l’âme…

La quête du bonheur

Au fil des pages de ce livre, vous allez suivre mon propre cheminement dans cette quête du bonheur. Du simple astrologue que j’étais au thérapeute holistique que je suis devenu, en passant par la pratique de la clairaudience et de l’énergétique, vous partagerez ce parcours d’un homme passionné par l’être humain et son devenir, passionné par les formidables capacités de l’esprit et l’immensité de l’univers (visible et invisible) qui nous entoure. Je dois avouer que, parfois, cela fut difficile de parler de moi. Mais j’ai essayé, autant que possible, de passer le contenu de ce livre au tamis de ma conscience. J’espère avoir remué suffisamment le tamis!

Avant de passer au premier chapitre de ce livre, je voudrais ajouter une chose: il n’y a pas de recette miracle. Le bonheur ne s’achète pas, ne s’apprend dans aucune école ni aucune secte. Il est, tout comme l’amour, insaisissable. Mais lorsqu’il nous fait la grâce de nous habiter, ne serait-ce qu’un instant, alors il nous appartient d’en jouir pleinement.

L’auteur Patrick Giani- www.giani.fr

Lire un autre extrait

Du développement personnel au développement essentiel

 

Quatre-vingt dix-neuf pour cent de notre personne
est invisible et non tangible.

Buckminster Füller

Etapes de la croissance d'une marguerite, fond ciel

Définir ses objectifs

Il existe deux formes de développement : un développement essentiel et un développement personnel.

Le développement essentiel consiste à s’aimer très fort, et le développement personnel à savoir exactement ce que l’on veut.
Quand on définît ses objectifs, on sort de la souffrance. Sans objectifs, notre vie ondulera comme une vague, sans aucune direction, de manière anarchique, dirigée par les seuls stimuli extérieurs.

Le manque d’objectifs est en relation étroite avec la souffrance. Or l’intention d’un véritable travail interne est de séparer l’individu de l’idée même de souffrance ; toute la difficulté est d’arriver à définir ce que l’on veut.

Développement essentiel et développement personnel vont de pair.

Être entièrement responsable de sa vie

La vie est très simple : définir ses objectifs, et c’est terminé.
Quand on est très clair avec ses objectifs, tout devient plus facile, aisé.

Mais pour cela, il faut être extrêmement déterminé ! Prendre sa vie en main et en être totalement responsable ; qu’on ne puisse pas dire : « Ah ! Mon passé a été comme ceci ou comme cela : c’est le destin ! » Non ! Au contraire : « Je ne crois plus à cette sorte de destin mais à mon destin ».

Comprenons bien ! Beaucoup de gens croient au fameux hasard, aux bonnes choses qui tombent ou aux mauvaises, telle la tuile sur la tête. Tout cela ne présente plus aucun intérêt pour nous.
Nous ne nous rendons pas compte que toute notre vie – passé, présent, futur – est exactement ce que l’on a pensé ; que le futur n’est pas un futur qui dépend des circonstances extérieures, des événements, mais de notre propre imagination.
Toutes les erreurs faites précédemment, c’est nous qui les avons créées. Tout ce que l’on fait, c’est nous qui le faisons. Notre passé, nous l’avons construit, et le futur, par conséquent, c’est nous qui le décidons. De ce fait nous devenons entièrement responsable de notre vie.

Dans ce type de travail, il y a toujours la porte ouverte à la liberté de l’individu. «C’est moi qui développe ma vie, et vis la vie que je décide de vivre. »

Le plus remarquable dans cette démarche est que « c’est moi qui décide, c’est moi qui fais, et, par conséquent, c’est moi qui suis responsable ; pas seulement pour les décisions que je prends mais également pour leurs conséquences. Pour cette raison, je suis libre ».

Créer son propre destin

L’objectif final de ce travail est d’arriver à : un, créer son propre destin ; deux, atteindre un bien-être qui ne dépend plus de rien.
Apprendre à se remplir soi-même. Là est la clé.
L’auto-validation est le moyen donné au départ pour pouvoir y parvenir. Nous ne pourrons pas atteindre l’état de bonheur si nous n’arrivons déjà pas un peu à nous aimer nous-même, c’est impossible.

Et ensuite apprendre à savoir exactement ce que l’on veut.
Quand on sait ce que l’on désire, les problèmes disparaissent. Parce que les problèmes n’existent pas ; en réalité, il n’y a que des solutions. Toute l’histoire est d’arriver à démontrer que les problèmes n’existent pas, car habituellement, nous pensons que nous avons énormément de problèmes.

Malheureusement, découvrir que nos problèmes ne sont qu’illusion est assez douloureux. Eh oui ! C’est le paradoxe ! Se rendre compte que les problèmes n’existent pas n’est pas chose facile à admettre.

En fait, il s’agit simplement d’une remise en place. Cela peut paraître provocateur, mais dans le véritable sens : éveiller quelque chose chez l’autre.

Thymus et énergie

Pour développer l’énergie il n’y a qu’une seule chose à faire : aimer. Et une seule chose pour ne pas en avoir : haïr.

Quand une personne aime, on peut être sûr qu’elle est en train de « s’élever ». Mais si une personne nous hait, ça ne peut être notre problème : elle est en pleine « chute». Si celle-ci a une attitude négative envers nous, comprenons que nous n’avons rien à perdre, observons simplement l’état dans lequel elle se trouve : nous verrons que c’est une chute. C’est aussi simple que cela. Aussi, pourquoi se battre, puisque cette personne n’est pas gagnante.

Plus une personne donne de l’amour, plus elle grandit ; plus elle hait, plus elle décline.

Il n’y a rien d’autre à faire, même plus à méditer, il y a vivre, vivre l’amour pleinement. Parce que l’amour, au sens où nous l’entendons, est une énergie physique, matérielle, et non pas quelque chose de transcendant, de très vague ; non !

Une personne amoureuse, prenons cette image, se sent des ailes, c’est un ange, elle sent que tout est possible ; elle peut marcher des kilomètres sans se fatiguer pour rejoindre la personne aimée. Par contre, quand on n’est pas amoureux, faire deux mètres est extrêmement épuisant. La seule chose à faire, dans ce cas-là, est de rencontrer quelqu’un dont on puisse tomber amoureux ; parce qu’on sent bien que quelque chose ne va pas dans sa vie. C’est un exemple très simple, pour montrer que quand on aime ça nous porte. L’amour porte.

Bien entendu, ce dont nous voulons parler c’est de l’amour créé par soi-même.

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Quand on parle aux gens d’amour – et bien qu’ils vous répondent : « de quoi me parlez-vous là ? », on s’aperçoit pourtant, quand on les regarde vivre, que la seule chose qu’ils cherchent c’est de tomber amoureux. Pourquoi ? Ils ne peuvent pas l’expliquer mais, en réalité, c’est parce qu’ils sentent cette énergie. Aussi nous pouvons voir que cette énergie est des plus fantastiques, puisqu’elle pousse les êtres humains à se rencontrer.

L’amour domine le monde.

Certes, cela peut prendre des formes tout à fait polluées, comme dans notre monde moderne, où toutes les publicités, quel que soit l’article vanté, offrent symboliquement en prime la superbe créature qui sourit ; ou les films dits érotiques, qui font recette, etc. Parce qu’il y a déviation. Mais, dans l’inconscient, il s’agit toujours de la même chose : nous sommes en manque d’amour. Et on cherche à tout prix, par n’importe quel moyen, à combler ce manque. L’histoire est très simple ; nous pouvons constater que tout fonctionne comme cela.

C’est l’histoire de l’humanité.

Nous donnons ces exemples pour essayer de montrer que, quand nous parlons d’amour, ce n’est pas quelque chose d’abstrait, de fumeux, dans les cieux, non, mais que cela existe vraiment. Toutes les relations humaines tournent autour de cette chose-là ; même si l’on est entouré d’or comme certains peuvent l’être, si l’on n’est pas amoureux, on se sentira comme mort.

On va s’apercevoir, de façon concrète, que ce qui fait tourner les planètes et bouger les êtres humains, même si ceux-ci n’en ont aucune conscience, c’est l’amour. Et dans tous leurs actes nous pourrons voir, que ce soit de manière positive ou négative, peu importe, que c’est cela qui est constamment à l’œuvre.
Nous devons comprendre que si cette chose-là est absente de notre vie nous serons tels des cadavres, malgré toutes les données scientifiques, mathématiques, ou autres, que nous pourrons posséder.

La matière première pour développer l’énergie est l’amour, il n’y en aura pas d’autre.

La glande appelée thymus, sous-développée chez les gens dits matures, et qui se trouve être pleinement développée chez un petit enfant, est la clé de voûte de notre potentiel énergétique.

Il existe deux façons de la développer : la première est une approximation psychologique, et la seconde un travail d’une autre nature, au moyen de substances alchimiques, travail qui ne peut être facilement abordé – car les alchimistes travaillent pour eux-mêmes et pour leurs pairs.
On ne peut atteindre un plus grand état d’énergie si l’émotionnel ne fonctionne pas.

Notre éducation ne se préoccupe que de deux secteurs : celui de l’intellect et celui du physique. Nous pouvons le voir au niveau scolaire. Mais il existe une autre forme d’éducation, rarement abordée : l’éducation de l’émotion. Par conséquent, il y a en nous deux parties qui fonctionnent et une troisième restée en sommeil.

Tout le problème est là. Il n’existe aucune éducation émotionnelle dans les institutions scolaires. Seules les institutions religieuses, disons monastiques, sont basées sur un travail spécifique de l’émotionnel.

Nous pensons donc qu’en ce qui concerne l’éducation émotionnelle dans nos sociétés, seuls les parents, malheureusement, peuvent la donner, et non pas les institutions classiques, laïques.

A l’enfant, nous avons appris à avoir peur de l’amour, peur de donner ; à se méfier, à faire attention à ceci, à cela. Et l’enfant s’est fermé, de plus en plus : son thymus s’est, au fur et à mesure des années, atrophié, jusqu’à devenir inexistant.
De quoi un enfant a-t-il besoin ? D’amour. L’éducation d’un enfant ne consiste pas à lui enseigner les mathématiques mais à lui donner de l’amour.

Lorsque l’enfant reçoit beaucoup d’amour, il acquiert de l’énergie pour le restant de ses jours ! S’il possède cette énergie, bien des coups du sort lui seront épargnés. Certes, cela ne le fera pas triompher systématiquement dans tous les domaines – il serait mauvais, du reste, qu’il en soit ainsi – mais bien des buts qui auraient pu lui sembler inaccessibles pourront être atteints.

La véritable éducation est l’éducation émotionnelle.

La conscience de soi

La Conscience de Soi est un état de conscience qui n’est pas naturellement présent en nous. Il doit être créé par nous-mêmes. Il provient d’un développement spécifique et intentionnel de la fonction émotive.

Ceci ne demande ni travail difficile ni souffrance. En fait, la souffrance est une barrière et un obstacle ; plus l’on aura conscience de soi, moins l’on souffrira et vice-versa.

D’un autre côté, il doit être noté que de bons et intenses sentiments, expérimentés mécaniquement, peuvent nous surpasser et produire en cela de la détresse et un comportement indéniablement altéré. En conséquence, ne pas essayer d’obtenir des extases, mais plutôt suivre un processus graduel par petites doses que nous pouvons intégrer de manière confortable.

Ici, les clefs sont l’intention et la régulation, assemblées en une claire compréhension de nos buts et opposées aux événements mécaniques.

Réconciliation avec soi-même

Le Développement Personnel aide et complète l’expérience essentielle dans la mesure où il demande la participation d’autres aspects ou fonctions de notre forme psychologique : il redirige et réorganise en quelque sorte notre personnalité tout entière.
L’ignorance, la confusion et les contradictions créent l’instabilité, la peur et la souffrance ; de telles conditions compromettent nos meilleurs efforts de développement.

Une compréhension claire des manières avec lesquelles notre personnalité se confronte à la vie quotidienne peut nous amener à rompre les cycles répétitifs qui nous emprisonnent et à aligner nos forces créatives en accord avec des desseins et buts définis.

De plus, le Développement Personnel est une expérience de Réconciliation avec soi-même, au fur et à mesure qu’il réduit la distance entre « être » et « vivre » : mettant ainsi fin à la condition courante de division interne, rarement ou indistinctement perçue.

L’homme est quelque chose qui doit être dépassé.
Friedrich Nietzsche

Par Charles Antoni

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Charles Antoni dirige la maison d’Editions Charles Antoni-L’Originel. Il a effectué de multiples voyages et séjours en Inde, en Asie Centrale, en Chine, au Mexique etc. Il est l’auteur de nombreux ouvrages philosophiques, tels que L’Intangible, U.G., Pertinences Impertinentes, Vis ta vie ou Verticalité. Il est le Président de l’Association Française des Amis de Ferna ndo Pessoa. www.loriginel.com

Dans le futur, certaines choses vont disparaître

 

 

Vous avez dit hier que le ZEN était le magnifique résultat du mélange du TAO et du Bouddhisme, et que le Soufisme était la fleur qui était apparue par la rencontre de l’Hindouisme et de l’Islam. Est-ce que votre enseignement est la super fleur, le croisement du Zen et du Soufisme ?

Ce n’est pas une fleur, c’est juste le mélange de deux parfums. Le Zen est une super fleur, et le Soufisme aussi. On ne peut rien leur ajouter ; ils sont parfaits. En ce qui concerne les fleurs, ils ont atteint la perfection, on ne peut rien leur ajouter, ils ont fleuri. Ce que j’essaie de faire est de fusionner leurs parfums. Une rose a fleuri, et un lotus a fleuri aussi. Ils répandent tous les deux leur fragrance, qui est un phénomène très subtil. La fleur est de la matière, la fragrance est subtile. La fleur est visible, son parfum est invisible. Une fleur est matérielle, son parfum est spirituel.

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Ce que je fais ici c’est d’essayer de mettre ensemble toutes les fleurs du Tantra, du Yoga, du Tao, du Soufisme, du Zen, de l’Hassidisme, des Juifs, des Musulmans, des Hindous, des Bouddhistes, des Jaïns. J’essaie de réunir tous les parfums qui ont été répandus au cours des siècles. C’est une grande expérience qui n’a jamais été tentée avant.

Bouddha n’est concerné que par le chemin qui lui a permis d’atteindre l’éveil. La même chose est vrai pour Mahâvîra, ou pour Jésus.

Mais cette expérience n’a jamais encore été tentée sur la terre.
Vous êtes bénis, vous avez de la chance. Peut-être n’en avez-vous pas encore conscience – personne ne réalise les choses au moment où elles se passent ! Y avez-vous jamais réfléchi ? Est-ce que les disciples de Jésus étaient conscients de ce qui se passait au moment où cela avait lieu ? Se doutaient-ils que quelque chose d’une grande importance se produisait, quelque chose qui allait décider du destin de l’humanité pour les siècles à venir ? Non, ils n’en étaient pas conscients. Est-ce que les disciples de Bouddha étaient conscients que quelque chose d’une grande importance se produisait ? Vous non plus, vous n’en êtes pas conscients. Quelque chose d’une grande importance est en train de se passer, quelque chose qui n’est encore jamais arrivé, et qui va être déterminant, car les vieilles religions ne peuvent pas survivre dans le futur ; leurs jours sont comptés.

Dans le futur, certaines choses vont disparaître. Les nations devront disparaître parce que la terre est devenue un petit village, et leur existence n’a plus aucun sens. Inde et Pakistan et Chine et Canada et Angleterre et Allemagne… ça n’a plus aucun sens !

La terre est devenue une.

Le jour où l’homme a réussi à dépasser la gravitation (les avions), la terre est devenue indivisible. Le premier homme qui a été dans l’espace s’est mis à pleurer quand il a vu la terre dans sa globalité. Personne n’avait jamais vu la terre comme cela. En regardant la terre, il ne put pas comprendre qu’il puisse y avoir la moindre division… Amérique, Russie, Chine… et ceci et cela ! Il ne pouvait plus se voir ni en Américain, ni en Russe.

Il ne pouvait plus se considérer que comme un habitant de la terre. Et il ne put voir aucune division sur la terre, parce que les divisions n’existent seulement que sur les cartes ; la terre reste indivise. Le jour où l’homme a franchi la barrière de la gravitation, qu’il est devenu libre de la gravitation, la terre est devenue une. Maintenant ce n’est plus qu’une question de temps… les nations vont devoir disparaître, et avec les nations vont disparaître le monde des politiciens, et le monde de la politique. Un grand cauchemar va disparaître de la terre.

Et la seconde chose qui va disparaître avec les nations c’est l’Hindouisme, l’Islam, le Catholicisme, le Judaïsme… Tout comme la politique a divisé la carte de la terre, les religions ont divisé la conscience de l’homme. Et la division des religions est certainement pire encore que la division politique, parce que la politique ne peut que diviser la terre, les religions ont divisé la conscience de l’homme.

On n’a pas permis à l’homme d’accéder à son être. On doit être uniquement Musulman – quelque chose de très limité. On doit être uniquement Hindou, quelque chose de très limité. Pourquoi ? Quand vous pouvez avoir tout l’héritage ? Quand tout le passé vous appartient, et tout le futur aussi, pourquoi devriez-vous diviser ? Pourquoi dois-je me dire Hindou, ou Musulman, ou Catholique ? On doit revendiquer l’ensemble. En revendiquant l’ensemble vous devenez le tout : vous perdez toutes ces divisions étroites, ces distinctions, vous devenez total, vous devenez sacré. Cela va arriver, c’est obligé d’arriver. Cela DOIT arriver. Autrement l’homme ne sera pas capable de grandir davantage.

C’est tout à fait crucial que l’homme laisse tomber toutes les barrières mises entre les nations, les religions, les églises. C’est ce que je fais ici : réunir toutes les fragrances émises au fil des siècles par différentes floraisons de la conscience humaine. Lao Tsu est une fleur, Bouddha aussi, Jésus aussi, Mahomet aussi, mais nous devons maintenant réunir tous ces parfums en un seul – un parfum universel.

Alors, pour la première fois, l’homme sera capable d’être spirituel (vraiment religieux) sans être divisé. L’église vous appartient, la mosquée aussi, et le temple également. La Gîta vous appartient, le Coran aussi, les Védas et la Bible aussi – tout vous appartient. Vous devenez vaste.

Non, je n’essaie pas de créer une nouvelle fleur – les fleurs sont déjà apparues. J’essaie de créer un nouveau parfum à partir de ces fleurs. C’est plus subtil, plus invisible ; seuls ceux qui ont des yeux seront capables de le voir.

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OSHOTAO : The pathless path, vol 1

Pour en savoir plus sur Osho

La naissance du Zen

 

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Bokuju répondit :
on s’habille, on mange.

Le questionneur dit :
je ne comprends pas.

Bokuju répondit :
si vous ne comprenez pas,
habillez-vous et mangez votre repas.

 

ZEN

 

Qu’est-ce que le Zen ?
Le Zen est une croissance très extraordinaire. C’est rare qu’une telle possibilité se réalise parce que de nombreux risques y sont impliqués. Cette possibilité avait déjà existé bien des fois : un certain happening spirituel aurait pu grandir et devenir comme le Zen, mais cela ne s’est jamais complètement réalisé. Une seule fois dans l’histoire de la conscience humaine quelque chose comme le Zen a réussi à naître : prendre naissance, se développer, se concrétiser. C’est très rare.

Je voudrais d’abord que vous compreniez ce qu’est le Zen, parce que sans cela, ces anecdotes ne seront pas d’une grande aide. Il est nécessaire de connaître tout son contexte. Avec ce regard, et resituées dans ce contexte, ces anecdotes deviennent lumineuses – vous parvenez soudain à leur sens, à leur signification, autrement elles ne sont que des éléments séparés. Vous pouvez vous en réjouir ; parfois vous pouvez en sourire ; elles sont très poétiques ; elles sont très belles par elles-mêmes, des pièces d’art uniques, mais en voyant juste ces anecdotes vous ne serez pas capables de pénétrer la portée profonde du Zen.

Essayez donc de me suivre doucement tout au long de la croissance du Zen – comment cela s’est produit. Le Zen est né en Inde, a grandi en Chine, et a fleuri au Japon. Toute la situation est exceptionnelle. Pourquoi est-ce qu’il naquit en Inde , mais ne put pas y grandir et dût chercher un sol différent ? Il devint un grand arbre en Chine, mais ne put pas y fleurir, il dut à nouveau chercher un nouveau climat, un climat différent – et au Japon il a fleuri comme un cerisier, en milliers de fleurs. Ce n’est pas fortuit, ce n’est pas accidentel, il y a une raison profonde à cela. J’aimerais vous la faire découvrir.

L’Inde est un pays introverti, le Japon est extraverti, et la Chine est juste au milieu de ces deux extrêmes. L’Inde et le Japon sont absolument opposés. Alors comment une graine qui est née en Inde en vint à fleurir au Japon ? Ce sont des opposés ; ils n’ont rien de similaire ; il sont contradictoires. Et pourquoi la Chine est venue juste entre les deux, pour lui donner une terre fertile ?

Une graine est une introversion. Essayez de comprendre le phénomène qu’est une graine, ce qu’est une graine. Une graine est un phénomène introverti – elle est centripète : l’énergie se replie à l’intérieur. C’est ce qu’est une graine, recouverte, et complètement fermée au monde extérieur. En fait une graine est la chose la plus solitaire, la plus isolée du monde. Elle n’a aucune racine dans le sol, aucune branche dans le ciel ; elle n’a aucune connexion ni avec la terre, ni avec le ciel. Elle n’a aucun relationnel. Une graine est complètement une île, isolée, repliée sur elle-même. Elle n’a pas de partages. Elle est entourée d’une enveloppe dure, il n’y a aucune fenêtre, pas de portes ; elle ne peut pas sortir et rien ne peut entrer.

La graine est naturelle pour l’Inde. Le génie de l’Inde peut produire des graines d’une immense potentialité, mais l’Inde ne peut pas leur donner la bonne terre. L’Inde est une conscience introvertie. L’Inde dit que l’extérieur n’existe pas et que même s’il existe, il est de même nature que les rêves. Tout le génie de l’Inde a été d’essayer de découvrir comment s’échapper de l’extérieur, comment se rendre dans la caverne intérieure du cœur, comment être centré en soi-même, et comment en venir à réaliser que le monde entier, qui existe à l’extérieur de votre conscience, n’est juste qu’un rêve – au mieux magnifique, au pire un cauchemar ; mais beau ou laid, en réalité, c’est un rêve, et on ne doit pas en faire grand cas. On doit se réveiller, et oublier tout ce rêve qu’est le monde extérieur.

Tout l’effort de Bouddha, de Mahâvîra, de Tilopa, de Gorakh, de Kabîr, tout leur effort à travers les siècles a été de s’échapper de la roue de la vie et de la mort : comment s’isoler en soi-même, comment vous couper complètement de toute relation, comment couper les liens, se détacher, comment entrer à l’intérieur et oublier l’extérieur. C’est pourquoi le Zen est né en Inde.

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Zen veut dire DHYANA (méditation). Le mot Zen est un changement du mot DHYANA. DHYANA est tout l’effort de la conscience Indienne. DHYANA veut dire être tellement seul, tellement dans son propre être, que pas une seule pensée n’existe. En fait, il n’existe pas réellement de mot pour le traduire en anglais.
‘Contemplation’ n’est pas le bon mot. La contemplation veut dire penser, la réflexion. Même ‘méditation’ n’est pas le bon mot, parce que la méditation implique un objet, de ‘méditer sur’ ; cela veut dire qu’il y a quelque chose. Vous pouvez méditer sur le Christ, ou pouvez méditer sur la croix. Mais DHYANA veut dire d’être tellement seul, qu’il n’y a rien sur quoi méditer. Pas d’objet, il existe juste une simple subjectivité – une conscience sans nuages, un ciel pur.
Quand le mot a atteint la Chine il est devenu CH’AN. Quand ch’an a atteint le Japon , il devint Zen. Ce mot vient de le même racine sanskrite, DHYANA.

L’Inde a pu donner naissance à DHYANA. Pendant des milliers d’années toute la conscience Indienne a progressé sur le chemin de DHYANA – comment abandonner toute pensée, et comment être enraciné dans une conscience pure.
Avec Bouddha, la graine est née. De nombreuses fois avant cela, avant Gautam Bouddha, la graine était apparue, mais elle ne put pas trouver la bonne terre, et elle disparut. Et si la graine est donnée à la conscience Indienne elle disparaîtra, car la conscience Indienne se dirige de plus en plus vers l’intérieur, et la graine va devenir de plus en plus petite, de plus en plus, jusqu’au moment où elle deviendra invisible. Une force centripète rend les choses de plus en plus petites – atomiques – jusqu’à ce que soudain elles disparaissent. De nombreuses fois avant Gautam Bouddha la graine est née, car Gautam Bouddha ne fut pas le premier à méditer et à devenir un DHYANI, un grand méditant. En fait, il est l’un des derniers d’une longue série. Il a lui-même rappelé les vingt-quatre Bouddhas qui l’ont précédé. Et puis il y eut les Jainas, vingt-quatre Teerthankaras, ils étaient tous des méditants. Ils ne faisaient rien d’autre, ils ne faisaient que méditer, méditer, et méditer, et ils parvinrent à un point où il ne restait plus qu’eux, et où tout le reste disparut, s’évapora.

La graine naquit aussi avec Parasnath, avec Mahâvîra, Neminath et d’autres, et puis elle resta avec la conscience Indienne. La conscience Indienne peut donner naissance à une graine, mais ne peut pas devenir le bon sol pour elle. Elle continue à évoluer dans la même direction et la graine devient de plus en plus petite, moléculaire, atomique, et puis elle disparaît. C’est comme cela que ça s’est passé avec les Upanishads, avec les Vedas, avec Mahâvîra et tous les autres.

Avec Bouddha, c’est aussi ce qui allait se passer. Bodhidharma l’a sauvée. Si la graine avait été laissée à la conscience Indienne, elle se serait dissoute. Elle n’aurait jamais poussé, parce qu’une différente sorte de terre est nécessaire pour la germination – un sol très équilibré. L’introversion est un profond déséquilibre, c’est un extrême.

Bodhidharma s’échappa en Chine avec la graine. Il fit une des plus grandes choses de l’histoire de la conscience : il trouva la bonne terre pour la graine que Bouddha avait donnée au monde. On rapporte que Bouddha aurait dit : ‘ma religion n’existera pas plus de cinq cents ans, et elle disparaîtra[1]‘. Il était conscient que ça se passe toujours de cette façon. La conscience Indienne ne cesse de polir la graine et la rend de plus en plus petite, et un moment arrive où elle devient si petite qu’elle devient invisible. Elle ne fait plus partie de ce monde, elle disparaît dans le ciel.
L’expérience de Bodhidharma fut magnifique. Il regarda partout et chercha avec soin l’endroit où la graine pourrait pousser.

La Chine est un pays très équilibré, pas comme l’Inde, pas comme le Japon. Là-bas le juste milieu est le chemin. L’idéologie Confucéenne est de rester toujours au milieu : n’être ni extraverti, ni introverti ; ni penser trop à ce monde-ci, ni penser trop à ce monde-là – rester juste au milieu. La Chine n’a pas donné naissance à une religion, seulement à une morale. Aucune religion n’y est née ; la conscience Chinoise ne peut pas donner naissance à une religion. Elle ne peut pas en créer la graine. Toutes les religions qui existent en Chine ont été importées, elles sont venues de l’extérieur ; Bouddhisme, Hindouisme, Islam, Catholicisme – elles viennent toutes de l’extérieur. La Chine est une bonne terre, mais elle ne peut pas être à l’origine d’une religion, parce que pour donner naissance à une religion, on doit aller au plus profond du monde intérieur. Pour donner naissance à une religion on doit être comme un corps féminin, une matrice.

La conscience féminine est extrêmement introvertie. Une femme vit en elle-même ; elle n’a qu’un monde réduit autour d’elle, le plus minime possible. C’est pourquoi vous ne pouvez pas intéresser une femme à des choses d’une grande envergure. Non. Vous ne pouvez pas lui parler du Vietnam, ça ne l’intéresse pas. Le Vietnam est trop loin, trop éloigné d’elle. Elle est concernée pas sa famille, son mari, l’enfant, le chien, le mobilier, la radio, la télé. Il y autour d’elle un tout petit monde, juste le minimum. Comme elle n’a pas un monde très vaste autour d’elle, c’est très difficile pour l’homme et la femme de parler intelligemment – ils vivent dans des mondes différents. Une femme n’est belle que quand elle se tait ; au moment où elle se met à parler des choses stupides sortent d’elle… Elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle peut aimer, mais elle ne peut pas parler avec intelligence. Elle ne peut pas être très philosophe, non, ce n’est pas possible. Ces choses sont trop éloignées, ça ne la concerne pas. Elle vit dans le tout petit cercle de son propre monde, et elle en est le centre. Et si quelque chose a du sens pour elle, cela a du sens seulement en rapport avec elle – autrement ça n’a pas de sens. Elle ne peut pas concevoir pourquoi vous vous souciez du Vietnam. Y a-t-il un problème avec vous ? Vous n’avez aucune relation avec les Vietnamiens. Q’une guerre se produise ou pas, n’est pas votre affaire. L’enfant est malade et vous vous souciez du Vietnam ! Elle n’arrive pas à croire que vous puissiez lire le journal, alors qu’elle est là, près de vous. Les femmes vivent dans un monde différent. Une femme est centripète, introvertie. Toutes les femmes sont Indiennes – qu’elles le soient réellement ou pas n’a pas d’importance. L’homme est centrifuge, il va dehors. Dès qu’il peut trouver une excuse, il quitte la maison. Il ne vient à la maison que quand il ne peut aller nulle part ailleurs ; quand les clubs et les pubs sont fermés, alors que faire ? Il rentre chez lui. Nulle part où aller, il rentre.

Une femme est toujours centrée sur la maison, basée sur le foyer. Elle ne sort que quand c’est absolument nécessaire, quand elle ne peut pas faire autrement. Quand c’est devenu d’une absolue nécessité, elle sort. Autrement le foyer est sa base.

L’homme est un vagabond, un nomade. La totalité de la vie de famille est créée par les femmes, pas par les hommes. En fait les civilisations sont l’œuvre des femmes, pas des hommes. Si on le lui permettait l’homme serait un nomade, un vagabond – pas de foyer, pas de civilisation. L’homme est tourné vers l’extérieur, la femme est tournée vers l’intérieur ; l’homme est extraverti, la femme est introvertie. L’homme est toujours intéressé par quelque chose d’autre que lui, c’est pourquoi il semble être en meilleure santé. Quand vous êtes trop concerné par vous-même, vous tombez malade. L’homme semble être mieux dans sa peau.

Vous trouverez toujours les femmes tristes et trop concernées par elles-mêmes. Un petit mal de tête, et elles s’inquiètent beaucoup, parce qu’elles vivent à l’intérieur d’elles-mêmes – le mal de tête devient quelque chose d’énorme, hors de proportion. Mais un homme peut oublier le mal de tête, il a trop d’autres maux de tête ! Il crée de si nombreuses prises de tête autour de lui qu’il lui est impossible de prendre en considération son propre mal de tête. C’est trop peu de chose, il peut s’en désintéresser. Une femme est toujours inquiète – quelque chose à la jambe, quelque chose à la main, quelque chose au dos, à l’estomac… toujours quelque chose – parce que sa propre conscience est focalisée sur l’intérieur. Un homme est moins tourné vers les pathologies, en meilleure santé, plus tourné vers l’extérieur, plus concerné par ce qui arrive aux autres.
C’est pourquoi dans toutes les religions, vous constaterez que s’il y a cinq personnes présentes, quatre sont des femmes, et une seule, un homme. Et cet homme n’est peut-être là seulement qu’à cause d’une femme – sa femme va au temple et il doit donc l’accompagner. Ou bien, elle est venue pour une causerie sur la religion, et il est venu avec elle. C’est la proportion dans toutes les églises, les temples, où que vous alliez. Même avec Bouddha, c’était la même proportion, avec Mahâvîra pareil. Il y avait cinquante mille sannyasins avec Bouddha – quarante mille femmes, et dix mille hommes. Pourquoi ?

L’homme peut être en meilleure santé physiquement, la femme peut être en meilleure santé spirituellement, parce que leurs préoccupations sont différentes. Quand vous êtes intéressé par les autres, vous pouvez oublier votre corps, vous pouvez plus facilement être en bonne santé, mais en ce qui concerne la dimension religieuse vous ne pouvez pas grandir aussi facilement. La croissance religieuse nécessite une préoccupation intérieure. Une femme peut grandir très, très facilement en religion, le chemin est facile pour elle, mais grandir en politique est difficile. Et pour un homme, grandir en religion est difficile.

L’introversion a ses avantages, l’extraversion a les siens – et les deux ont leurs dangers.

L’Inde est introvertie, une contrée féminine ; elle est comme une matrice, très réceptive. Mais si un enfant reste pour toujours dans la matrice, la matrice deviendra sa tombe. L’enfant doit se sortir de la matrice de la mère, autrement la mère va tuer l’enfant qui est en elle. Il doit fuir, trouver le monde extérieur, un monde plus vaste. La matrice peut certainement être très confortable – elle l’est ! Les scientifiques disent que nous n’avons pas encore été capables de créer quelque chose de plus confortable que la matrice. Avec de tels progrès scientifiques, on n’a rien pu fabriquer d’aussi confortable ! La matrice est juste un paradis. Cependant, l’enfant doit quitter ce paradis et sortir de la mère. Au-delà d’une certaine durée, la mère peut devenir très dangereuse. La matrice peut tuer, car elle deviendra un emprisonnement – elle est parfaite pour un moment, quand la graine croît, mais après, la graine doit être transplantée dans le monde extérieur.

Cool

Bodhidharma regarda partout, il observa le monde entier et trouva que la Chine avait la meilleure terre ; c’était un juste milieu, pas extrême. Le climat n’était pas extrême, ainsi l’arbre pourrait pousser facilement. Et la Chine avait des habitants très équilibrés. L’équilibre est la bonne terre pour faire pousser quelque chose : trop froid, c’est mauvais, trop chaud c’est mauvais. Dans un climat équilibré, ni trop froid, ni trop chaud, l’arbre peut pousser.

Bodhidharma s’enfuit avec la graine, il partit avec tout ce que l’Inde avait produit. Personne n’était conscient de ce qu’il faisait, mais il réalisa une grande expérience. Et cela se révéla juste. En Chine, l’arbre poussa et atteint une grande dimension. Mais bien que l’arbre devint de plus en plus grand, aucune fleur ne poussa. Les fleurs n’apparurent pas parce qu’il leur fallait une contrée extravertie. De même qu’une graine est introvertie, une fleur est extravertie. La graine est tournée vers l’intérieur, la fleur vers l’extérieur. La graine est comme la conscience féminine, la fleur est comme la conscience masculine. La fleur s’ouvre au monde extérieur et répand son parfum. Et puis le parfum est emporté par les ailes du vent jusqu’aux coins les plus reculés du monde. La fleur libère les énergies contenues dans la graine, dans toutes les directions. Elle est une porte. Les fleurs voudraient devenir papillons et s’échapper de l’arbre. En fait, c’est ce qu’elles font, d’une manière très subtile. Elles libèrent l’essence de l’arbre, le sens même, la signification de l’arbre pour le monde. Ce sont de grandes partageuses. Une graine est une grande avare, enfermée en elle-même, et une fleur est une grande dépensière.

Le Japon était nécessaire. Le Japon est une contrée extravertie. Le style même de la vie et la conscience y sont extravertis. Observez-le : en Inde, personne ne s’intéresse vraiment au monde extérieur, au sujet des vêtements par exemple, des maisons, de la façon dont chacun vit. Personne n’y fait attention. C’est pourquoi l’Inde est restée si pauvre. Si vous n’êtes pas soucieux du monde extérieur, comment pourriez-vous devenir riche ? Si l’amélioration de vos conditions de vie ne vous concerne pas, vous resterez pauvre. L’Indien est toujours très sérieux, toujours prêt à s’échapper de la vie, avec des Bouddhas qui parlent de comment devenir de parfaits marginaux de l’existence elle-même – pas seulement de la société, des marginaux ultimes ! des marginaux par rapport à l’existence elle-même. L’existence est trop ennuyeuse. Pour l’œil Indien, la vie est juste grise – rien d’intéressant en elle, tout y est ennuyeux, un fardeau. On doit le porter de toute façon, à cause des karmas. Même si un Indien tombe amoureux, il dit que c’est à cause des karmas du passé, on doit le traverser. Même l’amour est comme un fardeau que l’on doit traîner.

L’Inde semble plus tourné vers la mort que vers la vie. Un introverti doit se tourner vers la mort. C’est pourquoi l’Inde a développé toutes ces techniques pour bien mourir : pour mourir si parfaitement que vous n’ayez plus à renaître. Le but c’est la mort, pas la vie. La vie est pour les imbéciles, la mort pour ceux qui sont sages. Aussi beau que puisse être un Bouddha, un Mahâvîra, vous les trouverez fermés ; il existe autour d’eux une grande aura d’indifférence. Quoi qu’il se passe, ça ne les concerne pas du tout. Que telle chose se produise, ou son opposé, ne fait pas de différence : que le monde vive ou meure cela ne fait pas de différence… il y a une très grande indifférence. Dans cette indifférence, la floraison n’est pas possible ; dans cette état intérieur confiné, la floraison est impossible. Le Japon est complètement différent. Avec la conscience Japonaise, c’est comme si l’intérieur n’existait pas, seul l’extérieur est intéressant. Regardez les vêtements Japonais. Toutes les couleurs des fleurs et des arcs-en-ciel – comme si l’extérieur était important. Regardez un Indien quand il mange, et regardez un Japonais. Regardez un Indien quand il prend son thé, et regardez un Japonais.

Un Japonais fait d’une chose simple une célébration. Prendre le thé, il en fait une célébration. Cela devient un art. L’extérieur est très important ; les vêtements sont très importants, les relations sont très importantes. Dans le monde entier, vous ne pouvez pas trouver de gens plus extravertis que les Japonais – toujours en train de sourire et paraissant heureux. Pour des Indiens ils paraîtront superficiels ; ils ne paraîtront pas sérieux. Les Indiens sont les gens introvertis, et les Japonais les extravertis : ils sont opposés. Un Japonais fait toujours partie de la société. Toute la culture Japonaise est intéressée par la manière dr créer une belle société, comment créer de belles relations – en tout, dans les choses les plus minuscules – comment leur donner plus d’importance. Leurs maisons sont si belles ! Même la maison d’un pauvre a une beauté par elle-même ; elle est artistique, elle a quelque chose d’unique.

Elle peut ne pas être très riche, mais cependant, dans un sens, elle est riche – par la beauté, les aménagements, l’attention apportée au moindre détail : où doivent être les fenêtres, quelle sorte de rideau doit y être installée, comment la lune doit apparaître par la fenêtre, sous quel angle. Des petites choses, mais chaque détail est important.

Pour l’Indien, rien n’a d’importance. Si vous allez dans un temple Indien, il n’y a pas de fenêtres ; il n’y a rien, aucune hygiène, aucune aération, pas de ventilation – rien. Même les temples sont laids. Et tout est à l’avenant : saleté, poussière, personne ne s’en soucie. Juste en face du temple vous trouverez les vaches couchées, des chiens qui se battent, et des gens qui prient. Personne n’y fait attention. Aucun sens de l’entretien extérieur, ils ne sont pas du tout concernés par cela.

Le Japon est très concerné par l’extérieur – ils sont juste à l’autre extrême.
Le Japon était le bon pays. Et l’arbre entier du Zen fut transplanté au Japon, et là, il s’est épanoui, il a fleuri en milliers de couleurs.
Et c’est ce qui doit se produire à nouveau. Je parle à nouveau du Zen. Il doit repasser par l’Inde parce que l’arbre a fleuri, et les fleurs sont tombées, et le Japon ne peut pas créer la graine.
Le Japon ne peut pas créer la graine : il n’est pas un pays introverti. Du coup, tout n’est plus qu’un rituel vide maintenant. Au Japon le Zen est mort. Il y a fleuri dans le passé, mais maintenant, si après avoir lu des livres de D.T. Suzuki ou d’autres auteurs, vous vous rendez au Japon à la découverte du Zen, vous en reviendrez les mains vides. Maintenant le Zen est ici ; au Japon il a disparu. Le pays l’a aidé à fleurir, mais à présent les fleurs ont disparu, elles sont tombées par terre, et il n’en reste plus rien. Il y a des rituels – les Japonais sont très ritualistes – donc il y a des rituels… Dans les monastères Zen tout continue de la même façon ; comme si l’esprit intérieur était encore là, mais la châsse intérieure est vide, il n’y a plus rien dedans. Le maître des lieux est parti. Le Dieu n’est plus là – il ne reste juste qu’un rituel vide. Et ce sont des gens extravertis, ils vont poursuivre le rituel. Tous les matins, ils vont se lever à cinq heures – il y aura un coup de gong – ils vont se réunir à la salle où on prend le thé, et ils vont prendre leur thé ; puis ils vont aller à la salle de méditation, où ils vont s’asseoir et fermer les yeux. Tout va se poursuivre exactement comme si l’esprit en était encore là, mais il a disparu. Il y a des monastères, il y a des milliers de moines, mais l’arbre a fleuri et les graines ne peuvent pas être créées sur place.

C’est pourquoi je parle tellement du Zen ici – parce que c’est seulement l’Inde qui peut à nouveau créer la graine. Le monde entier existe dans une profonde unité, dans une harmonie – en Inde on peut à nouveau donner naissance à la graine. Mais beaucoup de choses ont changé dans le monde. Ce n’est plus possible en Chine aujourd’hui, parce qu’elle est elle-même devenue un pays extraverti. Elle est devenue communiste : maintenant la matière est devenue plus importante que l’esprit. Elle est fermée à de nouvelles vagues de conscience.

Pour moi, s’il y a un pays qui peut à nouveau devenir le bon sol pour la graine, dans le futur, c’est l’Angleterre.
Vous êtes sans doute surpris parce que vous auriez pensé à l’Amérique. Non. Maintenant, le pays le plus équilibré dans le monde est l’Angleterre, juste comme dans les jours anciens, c’était la Chine. La graine doit être emmenée en Angleterre et y être plantée. Elle n’y fleurira pas, mais elle deviendra un grand arbre. La conscience anglaise – conservatrice, suivant toujours la voie du milieu, le mental libéral, évitant les extrêmes, restant juste au milieu – va aider. C’est pourquoi j’autorise de plus en plus d’Anglais à se rapprocher de moi. Ce n’est pas seulement pour des raisons de visas ! Parce qu’une fois que la graine sera prête, je voudrais qu’ils l’emmènent en Angleterre. Et à partir de l’Angleterre, elle peut aller en Amérique, et elle fleurira là-bas, parce que l’Amérique est actuellement le pays le plus extraverti.

Je vous dis que le Zen est un phénomène rare, parce que c’est seulement si toutes ces circonstances sont réunies qu’une telle chose peut se produire.

À présent essayez de comprendre l’histoire. Ces petites anecdotes sont pleines de sens, parce que les gens du Zen disent que ce qui se passe au plus profond de votre être ne peut pas être dit, mais cela peut être montré. On peut créer une situation qui laisse percer quelque chose, les mots peuvent être incapables d’en dire quelque chose, mais une anecdote vivante le peut. C’est pourquoi il y a autant d’anecdotes dans le Zen. Le Zen vit dans les paraboles, il montre par des paraboles, et personne d’autre n’a été capable de créer d’aussi belles paraboles. Il y a des histoires Soufies, des histoires Hassides, et plein d’autres, mais rien de comparable au Zen. Le Zen a simplement trouvé le truc pour toucher exactement au bon endroit et pour indiquer ce qui ne peut pas l’être autrement. Et il le fait d’une façon tellement simple que vous pouvez passer à côté : vous devrez vous donner la peine de chercher un peu, vous devrez tâtonner, parce que l’anecdote par elle-même est si simple que vous pouvez la rater. Ce n’est pas très compliqué ; en fait, le mental n’est pas nécessaire. Il y faut plutôt un cœur ouvert, afin de pouvoir comprendre.

Voyez vous-même… cette petite anecdote dit tout le signifiant du Zen :

Quelqu’un demanda à Maître Bokuju :
nous devons nous habiller et manger tous les jours,
comment se libérer de tout cela ?

Il aurait demandé la même chose à Bouddha, la réponse n’aurait pas été la même. La réponse aurait émergé de la graine-mental. Bouddha aurait dit : Tout est illusoire – manger, s’habiller, tout est illusoire. Devenez davantage alerte. Voyez-en l’illusoire, et le rêve. Tout est MAYA. Devenez plus vigilant et n’essayez pas de trouver comment en sortir, parce que comment peut-on sortir d’un rêve ? On devient simplement conscient, et on en est sorti ! Avez-vous jamais vu quelqu’un sortir d’un rêve ? Un rêve est irréel, comment pourrait-on en sortir ? Le miracle… c’est que vous ayez réussi à y entrer ! – parce qu’il n’existe pas et vous entrez dedans ! Et maintenant vous rendez les choses encore plus impossibles en demandant comment en sortir ? De la même façon que vous y êtes entré, sortez-en ! Comment êtes-vous entré dans le rêve ? En croyant qu’il était réel. C’est de cette manière qu’on entre dans un rêve – en croyant que c’est quelque chose de réel. Alors laissez tomber cette croyance – voyez que ce n’est pas la réalité, et vous êtes hors du rêve !

Il n’y a aucune démarche à faire, aucune technique pour en sortir, aucune méthode. Bouddha aurait dit : Regardez… votre vie entière est un rêve ! Alors vous en auriez été libéré.

OSHO

Extrait de – The Grass Grows by Itself – # 1 – 21 février 1975
– © Osho International Foundation

Pour en savoir plus sur Osho 

Qui veut réellement se transformer

 

Il est assez communément établi que l’Orient est simplement inondé de spiritualité authentique et transformatrice alors que l’Occident, de par le passé et aujourd’hui avec le « New Age », n’est doté que de diverses formes de spiritualités horizontales, translatives, purement légitimes et donc forcément tièdes. Bien qu’il y ait une certaine vérité dans ces dires, la situation réelle est encore plus sombre et cela tout autant en Orient qu’en Occident.

Tout d’abord, alors qu’il est vrai que l’Orient à produit un plus grand nombre de maîtres authentiques, il n’en est pas moins vrai que le pourcentage de la population orientale qui est engagé dans une spiritualité authentiquement transformatrice demeure misérablement infime. J’ai posé la question à Katigiri Roshi, maître auprès de qui j’ai vécu ma première révélation (et non régression, espérons-le) : « Combien y a t il eu d’authentiques grands maîtres Ch’an ou Zen depuis le début des temps ? » Sans hésiter, il me répondit : « Peut-être un millier tout au plus. » J’ai demandé à un autre maître Zen combien de maîtres Zen Japonais éveillés – profondément éveillés – vivaient aujourd’hui, et il me répondit : « A peine une douzaine. »

E (2)

Prenons comme hypothèse que ces réponses reflètent approximativement la vérité. Regardons les chiffres. Même si nous disons qu’il y a eu, au cours de son histoire en Chine, un milliard d’individus (une estimation très faible), cela voudrait dire que seules mille personnes sur un milliard sont passées maîtres dans une spiritualité de transformation authentique. Pour ceux d’entre vous qui n’avez pas à disposition une calculatrice, cela représente : 0, 000 000 1 pour cent de la population totale. Et même si l’on porte le chiffre à, disons, un million plutôt qu’un millier, cela ne représente que 0,001% de la population, autant dire une goutte d’eau dans l’océan.

En conséquence, on peut affirmer sans risque de se tromper que le reste de la population était, et est toujours, engagé au mieux dans diverses formes de religion horizontale, translative, purement légitimiste. Ils se livrent à des pratiques magiques, des croyances mythiques, des prières de supplication égotiques, des rituels magiques, etc. – autrement dit, des méthodes translatives pour donner un sens au moi séparé, fonction translative qui était, comme nous le disions, le ciment social le plus important jusqu’à ce jour de la culture chinoise (comme de toutes les autres cultures).

Ainsi, sans en aucun cas dénigrer les contributions réellement époustouflantes des superbes traditions orientales, on ne peut que constater que la spiritualité transformatrice radicale est extrêmement rare, n’importe où sur la planète et dans l’Histoire. (Les chiffres pour l’Occident sont encore plus déprimants. Je n’insiste pas.)

Donc, bien qu’il soit peut être juste de se lamenter sur le très petit nombre d’individus qui aujourd’hui sont engagés dans une réalisation spirituelle authentique en Occident, ne nous leurrons pas en déclarant que les choses étaient radicalement différentes en des temps plus anciens ou dans des cultures différentes. La situation a été à l’occasion un peu meilleure que celle que nous vivons aujourd’hui en Occident, mais la vérité n’en demeure pas moins que la spiritualité authentique est un oiseau incroyablement rare, en tout temps et en tout lieu. Partons alors de ce constat indéniable que la spiritualité verticale, transformatrice et authentique est un des joyaux les plus précieux de toutes les traditions humaines et cela précisément parce que comme tout joyau, elle est extrêmement rare.

En second lieu, bien que nous soyons tous deux profondément persuadés que le rôle le plus important que nous puissions remplir est d’offrir au monde une authentique spiritualité transformatrice, en réalité, ce que nous devons faire, principalement, pour apporter dans ce monde une spiritualité décente, est de proposer des modes de translation plus bienfaisants, plus salutaires. En d’autres termes, si nous-mêmes pratiquons, ou offrons, une spiritualité transformatrice authentique, ce que nous devons faire néanmoins pour une large part dans un premier temps, c’est mettre à la disposition des autres une méthode plus adéquate de translation de leur condition. Nous devons commencer par des translations salutaires avant de pouvoir offrir de façon efficace des transformations authentiques.

La raison en est que si vous retirez de façon trop abrupte, rapide ou inepte la translation à un individu ou une culture, il en résultera, je le répète, une régression et non une révélation, une dépression plutôt qu’un soulagement.

Deux exemples : En débarquant aux Etats-Unis, Chögyam Trungma Rimpoche, grand (bien que controversé) maître tibétain, est devenu célèbre parce qu’il répondait toujours à la question : quel est le sens du Vajrayana ? par ces mots : « Tout est Ati. » En d’autres termes, il n’y a qu’esprit éveillé partout où vous posez les yeux. L’ego, le Samsara, le Maya et l’illusion – rien n’a besoin de disparaître car rien de tout cela n’existe en réalité. Il n’y a que l’Ati, il n’y a qu’Esprit, il n’y a que Dieu, il n’y a partout que Conscience non divisée.

Absolument personne n’a compris. Personne n’était prêt à entendre cette réalisation radicale et authentique d’une vérité qui existe déjà et toujours. Alors Trungpa a fini par introduire toute une série de pratiques « mineures » aboutissant à cette ultime et radicale « non-pratique ». Il a introduit les Neuf Yanas comme fondement de la pratique – autrement dit, il a proposé neuf étapes, ou niveaux de pratique, qui mènent à l’ultime « non-pratique » du déjà et toujours Ati.

Beaucoup de ces pratiques étaient de simples translations, d’autres étaient ce que l’on pourrait appeler des pratiques de « transformation mineure » : mini-transformations par lesquelles le corps/esprit devenait plus ouvert à l’éveil radical déjà-accompli. Ces pratiques – de translations mineures – étaient nées de la « pratique parfaite », de la non-pratique, c’est-à-dire de la prise de conscience radicale, instantanée et authentique que, depuis le commencement, il n’y a que l’Ati. Ainsi, bien que le but préalable et le fondement permanent étaient l’ultime transformation, Trungpa a éprouvé le besoin de proposer des pratiques de translation et de transformation mineures afin de préparer ses élèves à l’évidence de ce qui est.

Il s’est passé exactement la même chose pour Adi Da, autre maître influent (et tout aussi controversé). Il s’agit cette fois-ci d’un américain. A l’origine il enseignait uniquement le « chemin de la compréhension » : non pas un chemin pour atteindre l’éveil, mais une investigation du pourquoi de ce désir d’éveil. Le désir d’éveil n’est en fait que la tendance avide de l’ego de tout saisir. Ainsi c’est la recherche même qui nous empêche de le vivre. La « pratique parfaite » ne consiste plus alors à chercher l’éveil mais à enquêter sur la motivation de la recherche elle-même. De toute évidence le but de cette quête est d’éviter le présent et seul le présent détient la réponse : rechercher toujours, c’est manquer la cible. Vous êtes toujours déjà esprit éveillé, et par conséquent chercher l’esprit équivaut à nier l’esprit. Vous ne pouvez pas plus réaliser l’esprit que vous ne pouvez réaliser vos pieds ou acquérir vos poumons.

Personne n’a compris. Alors Adi Da, tout comme Trungpa, a introduit une série de pratiques translatives et de pratiques de transformation mineures – sept étapes de pratiques, en fait – pour vous mener au point où vous pouvez vous dispenser de toute pratique et rester ouvert à la toujours/déjà vérité de votre condition éternelle et hors du temps qui était depuis le commencement absolument présente, mais ignoré de façon brutale par votre désir effréné de chercher.

Quoi que vous puissiez penser de ces deux maîtres, un fait demeure : ils sont les premiers à avoir sérieusement tenté d’introduire aux Etats-Unis la notion de « Tout est Ati » – Tout est Esprit – par conséquent toute recherche d’esprit est précisément ce qui en empêche la réalisation. Et tous deux ont découvert que même si l’on est profondément éveillé à l’Ati, éveillé à la vérité radicale et transformatrice du présent, les pratiques translatives et de transformation mineures sont néanmoins un préalable nécessaire à la transformation ultime.

Ma seconde conclusion serait donc, qu’en plus d’offrir une transformation radicale et authentique, nous devons toujours rester sensibles et attentifs aux nombreux modes de pratiques mineures et translatives qui sont eux aussi bénéfiques. Cette position plus généreuse en appelle à une « approche intégrale » de la transformation dans son ensemble, une approche qui honore et incorpore beaucoup de pratiques de transformation mineures et translatives qui recouvrent les aspects physiques, émotionnels, mentaux, culturels et communautaires de l’être humain. Cela en préparation et afin de devenir une expression de la transformation ultime vers l’état toujours/déjà présent.

Ainsi, même s’il est juste de critiquer la religion purement translative (et toutes les formes mineures de transformation), nous réalisons qu’une approche intégrale de la spiritualité est une combinaison du meilleur de l’horizontal et du vertical, de la translation et de la transformation, du légitime et de l’authentique. Concentrons alors nos efforts sur une vue d’ensemble saine et équilibrée de la situation humaine.


KENKen Wilber n’a guère besoin d’être présenté. Génie reconnu de son vivant, cet auteur prolifique est universellement loué pour sa synthèse visionnaire des philosophies orientales et occidentales. Il est salué comme l’un des esprits les plus lumineux du monde spirituel moderne. Les personnes qui adhèrent à ses idées dont l’influence est grandissante viennent d’horizons idéologiques extrêmement divers, alors que lui-même, bouddhiste pratiquant, demeure farouchement indépendant et ne s’aligne qu’à la force de sa propre recherche. Prenant sans crainte le risque de la controverse, il a été durement critiqué pour sa remise en question franche et courageuse de beaucoup des idées les plus chères et les plus fermement défendues par le statu quo culturel et spirituellement progressiste d’aujourd’hui. Pourtant, c’est cette qualité même, sa passion indéfectible pour un questionnement authentique, une qualité bien trop rare dans le monde spirituel moderne, que nous trouvons si réconfortante. Dans l’essai original qui suit, Ken Wilber lance un cri du coeur implorant chacun d’entre nous a relever le défi d’embrasser une « spiritualité qui transforme ».


Cet article est extrait de la revue «Qu’est-ce que l’Eveil ?» liée à l’enseignement d’Andrew Cohen sur le blog de Francesca http://livreblogdujeudutao.unblog.fr/

Vous n’avez à vous libérer de rien d’autre que de vos pensées !

 

pensée libre

 

Voici un texte très zen d’ Arnaud Desjardins où il ne va pas par quatre chemin pour nous dire ce qu’il nous reste à faire . Notre seul vrai problème est la pensée et pour grandir intérieurement, il faut juste s’en libérer…un texte à lire et à relire !

Et si j’essaie de ne plus penser? Juste d’être, mais d’une Conscience absolument pure, pure, qui ne contienne rien d’étranger, absolument libre. Inévitablement la pensée vient faire son commentaire et m’accompagne: « Et voici qu’un grand silence s’établit à l’intérieur de moi… » Je me passerais bien de ce commentaire-là. « Et voici qu’un calme nouveau apparaît dans mon cœur… » Je me passerais bien de cette pensée-là. « Et voici que je suis un peu fatigué, cela gêne ma méditation. » Encore un autre type de pensée !

Considérez la pensée comme une certaine manière de prendre conscience des phénomènes. La libération, (état de Conscience suprême, en fait, n’est pas incompatible avec les phénomènes. Vous pourriez être parfaitement, totalement libres même s’il y a encore des sensations de malaise, même s’il y a encore une pensée qui passe, même s’il y a encore tout ce qui vous fait dire que vous n’êtes pas libérés. C’est encore une pensée de constater: «Ah, ça y est, ce n’est pas pour aujourd’hui; ça y est, je ne me sens pas bien – donc, c’est contraire à la libération ! Ces pensées-là ne devraient pas venir si j’étais dans l’état suprême. » C’est cela qui vous empêche d’être libérés: de penser que ces pensées ne devraient pas venir, de penser que ces sensations ne devraient pas venir, de penser que ces émotions ne devraient pas venir, de penser quoi que ce soit au sujet de la libération. Si vous pouviez vous abstenir du moindre commentaire, si vous pouviez ne plus faire de différence entre libération et non-libération, vous seriez à l’instant même libérés. Et si cette différence ne revenait jamais plus, eh bien cette libération ne serait plus jamais voilée ou recouverte.

Considérez la libération comme un état – ou plutôt une absence d’état, ou un état au-delà de tous les états – qui est ou n’est pas recouvert. C’est tout. Comme le ciel bleu. Aujourd’hui nous ne voyons pas 1e ciel bleu, les ombres ne sont pas marquées, le soleil est entièrement caché par les nuages, pourtant nous savons bien que, derrière les nuages, le ciel bleu est là. Les nuages s’écartent un instant, nous voyons le ciel; les nuages reviennent, nous ne le voyons plus. Mais le ciel bleu est toujours là. Ce qu’on appelle communément un « état de conscience supérieur » ou même un des différents états de « samadhi» reconnus et classés par l’Inde, c’est un moment où les nuages se sont un peu dissipés et où nous avons découvert un peu de ciel bleu – et puis les nuages reviennent et le ciel bleu disparaît.

Ou bien les nuages reviennent mais le ciel bleu ne disparaît plus parce que nous sommes situés à dix mille mètres d’altitude c’est-à-dire que les nuages sont en dessous de nous, et non plus entre nous et le ciel bleu. Voilà la libération: être situé du côte du ciel et regarder passer les nuages qui ne vous voilent plus ni le ciel, ni la lumière du soleil. Et ces nuages, ce sont uniquement des pensées. Les souffrances sont des pensées, c’est-à-dire des formes de votre conscience. Revenez toujours à ceci. Ces nuages, ce sont uniquement des pensées.

Vous n’êtes prisonniers de rien d’autre que de vos pensées Vous n’avez à vous libérer de rien d’autre que de vos pensées. Voilà la vérité. Et vous n’avez pas d’autre problème que celui de vos pensées. Vous n’avez aucun problème, ni avec votre santé, ni avec votre métier, ni avec votre patron, ni avec vos enfants, ni avec votre femme, ni avec votre voisin, ni avec votre propriétaire, ni avec le maire de votre commune. Vous n’avez qu’un seul problème : un problème entre vous et vos pensées…

Ce texte est extrait de A la recherche du Soi , volume 4 : « Tu es cela », Ed. de La Table Ronde, Paris 1979 (p.294) par Arnaud Desjardins

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Le centre de Arnaud Desjardins – Hauteville – 07800 St Laurent du Pape – 04/75.62.29.29.

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